Retraite avec Maurice ZUNDEL, 4ème jour, 2ème rencontre ...

« Saint Ignace d'Antioche, écrivant sur le chemin de son martyre à l'Eglise de Rome l'appelait l'Eglise qui préside à la charité, c'est sûrement la plus grande manière de désigner l'Eglise que de l'appeler la charité ... C'est ce martyr qui a trouvé cette appella­tion incomparable : l'Eglise, c'est l'Amour.

On donnait aussi ce nom au banquet de la communauté chrétienne qui se terminait par l'Eucharistie. Si on retrouve la même appellation pour l'Eglise et pour le banquet communautaire, c'est qu'il y a un rapport extrêmement étroit entre l'Eglise et l'Eucharistie, L'Eucharistie, c'est la présence communautaire de Jésus.

Il est extrêmement important de développer ce thème pour bien marquer la place de la présence réelle dans le mystère de l'Eglise.

Les catholiques se sont accrochés à la réalité de la Présence réelle de Notre Seigneur au Saint Sacrement et ils ont matérialisé cette présence contre les protestants qui l'ont réduite à quelque chose de symbolique. Des deux côtés on a perdu de vue la cause es­sentielle de la Présence réelle qui est d'être la présence communau­taire, ce qui veut dire que Notre-Seigneur ne pouvait être présent à l'humanité que sous forme d'une Eglise.

Il est le Second Adam en qui toute l'Histoire recommence et se récapitule, Il est au Centre de l'Univers, Il rallie en Sa Personne toute la création pour que l'univers entier ne soit qu'une seule personne en Sa Personne, et Il ne pouvait donc donner comme rendez-vous à l'humanité que cette Eglise qui répond aux exigences de la communauté.

Et cela est possible puisque le Christ est infiniment ouvert aux hommes comme Il est infiniment ouvert à Dieu, Ce Christ à la fois le Fils de Dieu et le Fils de l'Homme, ce qui veut dire qu'il est Homme, non pas un homme mais l'Homme dans un sens tout à fait unique. Il est Celui qui contient toute l'Humanité en sa Personne parce qu' en Lui l'Humanité n'a pas de frontières.

S'il est l'Homme avec cette puissance unique, c'est parce qu' Il est ouvert du côté de Dieu d'une manière unique, c'est parce que Son MOI est Dieu, Il est l'Homme universel qui porte dans Sa Vie toute l'humanité, qui récapitule dans son histoire toute l'Histoire et qui est le contrepoids d'amour qui équilibre toutes les fautes humaines.

A cause de cela Notre Seigneur ne peut que regarder l'humanité, toute l'humanité à la fois, et assumer tous les hommes dans cette humanité sans exclure personne, et, si nous voulons suivre Jésus-Christ et être ses disciples, nous devons entrer dans la catholicité de Jésus-Christ.

Jésus est catholique parce qu'il embrasse toute l'humanité, et, si nous devenons ses disciples et voulons être ce qu'il est, nous ne pouvons aller à Lui qu'en embrassant avec Lui toute l'humanité, toute l'histoire et tout l'Univers. Si nous voulons absorber Jésus-Christ et Le réduire aux rapports que nous avons avec Lui, Il de­vient une idole. Nous ne pouvons atteindre le vrai Christ, Celui qui est ouvert à toute l'humanité et porte toute l'Histoire, que si nous ouvrons notre coeur sans frontières et sans limites à toute l'humanité. Le rendez-vous que Jésus-Christ nous donne est donc d'abord un rendez-vous communautaire et c'est le sens de l'Eucharistie.

... De même que l'Incarnation ne signifie pas que Dieu est descen­du du ciel pour venir sur terre où Il n'était pas auparavant, Dieu était déjà dans le monde mais le monde ne Le (re)connaissait pas, de même que l'Incarnation signifie une Humanité devenue infiniment présente à Dieu qui, Lui, était toujours présent à l'Humanité, de même l'Eucharistie ne veut pas dire que Jésus-Christ devient pré­sent alors qu'il ne l'était pas, en réalité Il est toujours présent à l'humanité non seulement par Sa divinité, mais aussi par Son huma­nité.

Il faut dire plus encore: l'humanité de Notre Seigneur est toujours présente à chacun de nous (1), Il est la Lumière qui éclaire tout homme, cette humanité ne cesse donc jamais de nous être pré­sente, c'est nous qui ne sommes pas présents à l'humanité de Notre Seigneur.

Par conséquent, de même qu'en l'Incarnation de Jésus l'humanité est devenue présente à Dieu qui, Lui, était toujours présent, de même, au moment de la consécration, ce n'est pas l'Humanité de Jésus qui commence d'être présente sur la terre, c'est nous qui devenons pré­sents à cette humanité. Cela veut dire que, si l'humanité de Notre Seigneur nous accompagne toujours comme Il accompagnait les disciples d'Emmaüs sur le chemin, s'il est vrai aussi qu'il est toujours intérieur à nous-mêmes, il n'en est pas moins vrai que nous n'avons pas prise sur le Christ, que nos yeux sont fermés comme ceux des disciples d'Emmaü: Il est présent, c'est nous qui sommes absents.

Le mystère de l'Eucharistie, c'est de nous ouvrir à cette Pré­sence ET de la faire circuler en nous ... La consécration permet de "capter" cette Présence déjà donnée mais sur laquelle nous n'avions pas prise ... Nous n'avons prise sur Notre Seigneur qui est l'Amour universel que si notre coeur s'ouvre et devient un coeur sans fron­tières, comme le Coeur de Notre-Seigneur.

(On peut trouver le texte intégral de cette « sitation » dans "Avec Dieu dans le quotidien", pp. 111 ... 114)

(1) La présence de Jésus en chaque homme est réelle, Sa présence sacramentelle dans l'Eucharistie n'ajoute rien à la réalité de cette Présence. Elle oblige notre cœur à s'ouvrir à l'humanité entière parce que celui qui s'est fait notre nourriture est l'Amour universel.

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