Ascension du Seigneur.

Retraite avec Maurice ZUNDEL, 4ème jour, 1ère rencontre.

(On trouve le premier paragraphe de ce texte, majeur, à la page 7 du livre : « Un autre regard sur l'Eucharistie »)

Ce texte, repris maintes fois, est pour moi le plus impressionnant de tout ce qu'a jamais pu écrire ou « parler » Maurice Zundel.

« L'Eucharistie, c'est peut-être là que les chrétiens se sont le plus profondément mépris, là qu'ils ont cédé à la tentation si natu­relle de mettre le sacré en dehors d'eux-mêmes, de rebâtir un temple de pierres, de reconstruire un tabernacle de métal précieux et d'y enfermer Dieu comme un objet en s'inclinant devant cet objet devenu extérieur à eux-mêmes, en fermant la porte avec des grilles d'or et en retournant à leurs affaires en laissant la sainteté enfermée dans le temple. Oh! Que cette tentation est grave et comme nous y avons tous succombé! Nous n'avons pas vu que nous tournions le dos à l'Evangile et que ce n'est pas du tout cela que Jésus a voulu!

Qu'est-ce que Jésus a voulu à la table de la Cène dans ce ren­dez-vous qu'il nous donne à travers toute l'histoire?

Il a voulu exactement établir entre Lui et nous toute la distance de l'humanité à assumer pour parvenir à Lui, Il a voulu que nous accomplissions le commandement suprême, que nous découvrions le sanc­tuaire du Nouveau Testament qui est l'homme et, pour que nous ne man­quions pas d'édifier ce sanctuaire dans l'homme, Il a établi entre Lui et nous toute cette distance à franchir (1).

... Notre Seigneur ne peut pas rétablir en l'Eucharistie un nouveau foyer d'idolâtrie, un nouveau foyer de magie et de supersti­tion: l'Eucharistie, ce sera au contraire l'impossibilité d'aller à Lui autrement qu'ensemble, ensemble! et ensemble veut dire: vous ap­porterez toute l'humanité, toute l'histoire, toutes les douleurs, toutes les faiblesses, toutes les détresses, toutes les solitudes, tous les déchets, toutes les misères, toutes les culpabilités, vous totaliserez tout cela en vous ... Et c'est quand chacun de vous sera devenu tous les autres que vous vous approcherez de ma table et que vous serez enfin en prise sur Moi tel que Je suis, sur Moi donné à tous, sur Moi qui les vis tous, sur Moi qui suis intérieur à cha­cun, sur Moi qui me suis identifié avec celui qui a faim, qui a soif, qui est en prison, qui est malade et qui est nu, c'est quand vous aurez vous-même opéré cette identification que vous Me trouverez.

Jésus est toujours déjà là! c'est nous qui ne sommes pas là! Et l'Eucharistie a pour but précisément de nous rendre présents à Jésus, de nous ouvrir à Lui, de nous donner prise sur Lui. Il est toujours déjà là, au plus intime de nous-même, mais nous ne pouvons pas L'at­teindre, pas plus que les Apôtres qui L'avaient devant eux: Il était là, devant eux, mais ils ne Le voyaient pas! ils n'étaient donc pas en prise réelle et efficace sur Lui, la communication ne s'était pas établie, il fallait le baptême de feu de la Pentecôte, la nouvel­le naissance, pour qu'ils se transforment et s'ouvrent et s'élargissent, pour qu'ils s'universalisent et deviennent capables d'être en correspondance de lumière et d'amour avec Lui: c'est cela que l'Eu­charistie requiert, exige et suppose, c'est que nous venions tous ensemble, que nous constituions tous ensemble le Corps mystique de Jésus-Christ, c'est cela que suppose ce banquet auquel Jésus nous convie: que nous venions ensemble, comme étant tous et chacun Son Corps Mystique, car chacun des hommes Lui importe essentiellement, aucun ne doit être perdu, aucun n'est en dehors de Son Amour, tous sont appelés et aimés, tous sont contenus dans l'immensité de Son Coeur, et nous ne pouvons pas aller à Lui en en laissant un seul dehors.

Il s'agit donc de les rassembler, de nous unir et identifier avec toute l'humanité et toute l'histoire, et alors nous serons vrai­ment le pain vivant de l'humanité, et, dans cette universalité de présence et d'amour, nous serons en prise réelle et efficace sur notre Chef, sur notre Tête, sur Ce Christ sans frontières, présent à toute l'histoire, sur ce Christ qui est l'axe de tous les événe­ments depuis le commencement jusqu'à la fin, sur Ce Christ qui veut tota­liser à travers notre amour chacun des événements humains pour lui donner sa dimension infinie, pour l'engranger dans les moissons éter­nelles, pour que tout soit divinisé, en réalisant exactement le des­sein premier du geste créateur qui est de communiquer la Vie divine et d'enraciner notre intimité dans celle de Dieu.

C'est cela que l'Eucharistie suppose, demande et exige, c'est comme la confirmation du commandement nouveau et comme la perpétua­tion du lavement des pieds, et comme l'accomplissement du Corps Mys­tique de Jésus.

Il est donc absolument impossible de concevoir l'Eucharistie en dehors de cette perspective écclésiale : être en face du très Saint Sacrement, c'est être en face du mystère de l'Eglise confié à notre sollicitude et à notre amour.

(Sainte Marie de la Paix, Garden City, Le Caire, semaine sainte, pp. 31..34)

Note (1) : « Assumer toute l'humanité! » Où en sommes-nous? Il est difficile de comprendre immédiatement le sens et la portée de cet enseignement, tellement inédit, (et inconnu de l'immense majorité des chrétiens, voire des prêtres) que M. Zundel a souvent repris : nous avons une grande distance à parcourir pour arriver jusqu'à Jésus, il s'agit d'assumer, pas à pas peut-être, toute l'humanité passée, présente et à venir, on ne peut pas atteindre le Christ sans cette prise en charge universel­le. En instituant l'Eucharistie Jésus établit cette distance entre Lui et nous en ce sens que cette prise en charge est nécessaire pour recevoir avec fruit la communion, le sacrement qui donne la vie éternelle. Nous avons à nous rendre présents non seulement à Jésus, mais à toute l'humanité, c'est-à-dire à Jésus universel, réellement présent en chaque homme, dans l'histoire humaine. Nous avons à nous offrir à Jésus et à cette humanité entière, pour Jésus et pour cette humanité entière.

On n'a, je crois, jamais exprimé aussi fortement et clairement la nécessité de la pratique du commandement nouveau: aimer chaque homme et toute l'humanité comme Jésus l'aime, c'est-à-dire d'un amour universel. L'Eucharistie a été instituée par le Seigneur pour nous donner de vivre cet amour universel qui se concrétisera par l'amour de nos prochains les plus proches.

Et le lavement des pieds, inséparable de l'Eucharistie et du nouveau commandement, nous signifie la façon de cette prise en charge dans le respect et l'agenouillement du plus humble service.

On oublie trop communément que l'amour de Jésus est universel, et qu'Il aime en fait chaque homme d'un amour unique comme si chaque homme était le fils unique du Père. Et, si Jésus nous demande d'aimer comme Il aime, notre amour doit donc être lui aussi, universel. Et si l'Eucharistie est instituée en même temps qu'est donné le commandement nouveau, c'est bien qu'elle est au service de la "pratique" de ce commandement nouveau et qu'elle ne prend de sens que dans la mesure de cette "pratique".

Il y a aussi, et d'abord, un grand "danger" de l'Eucharistie dont M. Zundel nous aide ici à prendre conscience, celui d'une exté­riorisation de Dieu, et d'un culte extérieur rendu à Dieu, d'un culte donc idolâtrique.

Le pain et le vin présentés à l'offertoire sont évi­demment encore extérieurs à l'homme qui les offre, la consécration a pour but d'en faire une nourriture et une boisson radicalement différente de toute autre nourriture et boisson, et l'une des constituantes de cette radicale différence est justement que désormais ils deviennent une nourriture purement intérieure, une nourriture qui donne l'Esprit et veut nourrir notre intériorité.

Mais aussi, et c'est capital, si l'Eucharistie a pour fin l'intériorisation réciproque de l'homme et de Jésus, elle a, en même temps et indissociablement, pour fin une intériorisation de chacun en chaque homme dans ce grand Corps mystique du Christ qu'est l'E­glise. On ne peut recevoir le Christ qu'ensemble, et cet ensemble veut comprendre l'innombrabilité de tous les hommes du présent, du passé et de l'avenir.

"C'est quand chacun de vous sera devenu tous les autres que vous vous approcherez de ma table et que vous serez enfin en prise sur Moi tel que Je suis, sur Moi donné à tous, sur Moi qui les vis tous, sur Moi qui suis intérieur à chacun et chez moi en l'intérieur de chacun, en prise sur Moi qui me suis identifié avec celui qui a faim, avec celui qui a soif ... C'est quand vous aurez opéré vous-même cette identification que vous Me trouverez."

Il n'y a, je crois, dans toute la littérature spirituelle, aucun texte qui insiste si fortement sur l'aspect communautaire de l'Eucharistie.

"Car tous sont appelés et aimés, tous sont contenus dans l'immensité de Son Coeur et nous ne pouvons aller à Lui si nous en lais­sons un seul dehors."

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