2ème jour, 2ème rencontre.

« Le sacrifice de la Croix ne répond pas à une justice inflexible qui refuse de pardonner, mais à un Amour blessé dans sa générosité et sa tendresse parce qu'il ne peut plus se communiquer, c'est l'amour d'une mère exilée du coeur de son fils et qui meurt d'amour pour ce fils qui refuse de l'aimer. C'est cela, le sacrifice de la Croix.

Sur la Croix Jésus, c'est Dieu qui meurt, c'est Dieu désarmé, fragile et dans cet effro­yable exil que Lui infligent nos refus d'amour, c'est Dieu dans le OUI éternel d'une tendresse inlassable qui ne cessera jamais, quoi que nous fassions, de nous environner et de nous attendre.

La Croix, c'est Dieu qui meurt et qui est révélé dans l'immen­sité de Sa générosité.

Et, en même temps, ce Jésus qui est ici le sacrement de l'é­ternelle divinité et de l'éternelle passion d'amour de Dieu pour les hommes, ce Jésus, Dieu pour l'homme, est aussi le représentant de l'humanité entière qui peut, en se chargeant d'une catastrophe engendrée par tous nos égoïsmes, qui peut en même temps, en notre nom, au nom de toute l'humanité et de tout l'Univers, prononcer ce OUI qui ferme l'anneau d'or des fiançailles éternelles.

Désormais il y a au coeur de l'histoire un OUI parfait qui est le OUI de Jésus-Christ, le OUI prononcé au nom de toute créature, au nom de l'Univers, ce OUI qui retentit au plus intime de nous-même, et qui, en nous révélant la divine générosité, suscite la nôtre pour qu'à notre tour nous entrions dans ce jeu de la grâce et de la générosité, pour que nous portions le fardeau du monde et que nous rendions sensible à tous ceux qui nous entourent cette ten­dresse infinie du Dieu Père mais tout autant Mère.

Si l'on regarde ainsi la Croix dans la lumière de la foi au­thentique, il est impossible de se méprendre sur le caractère, les intentions et l'action de Dieu dans l'Univers.

Dieu est amour, Il n'est qu'amour, Il ne nous touche que par sa tendresse, Il ne veut pas nous soumettre, Il n'est ni un maître, ni un dicta­teur, ni un despote, ni un souverain, Il est l'Amour que nous ne pouvons atteindre que par notre amour dans cette réciprocité qui constitue le sens même de nos rapports avec Lui.

Dieu n'a pas le goût de la mendicité ! Il ne veut pas nous voir anéantis devant Lui ! Il veut nous communiquer Sa dignité, Sa libe­rté ! Il veut faire de chacun de nous ce qu'il est, un amour uni­versel, un accueil à toute réalité, un bien pour tout l'Univers.

Aussi devons-nous constamment combattre en nous cette idée idolâtrique d'un Dieu qui nous poursuit et nous menace, d'un Dieu em­busqué au tournant de la route pour nous surprendre, pour nous je­ter dans un piège et nous condamner.

Dieu n'est jamais pour nous un rival, ni une défense, ni une menace ou un interdit ! Il est toujours une générosité qui attend et attendra éternellement la nôtre.

Il est clair que, si nous nous situons devant ce Dieu désarmé et fragile, nous comprendrons le renversement des perspectives ac­compli par Jésus. Jusqu'à Jésus l'humanité, parce qu'elle ne se connaissait pas elle-même, ne pouvait pas connaître adéquatement le Vrai Visage de Dieu, elle se sentait sous la domination d'une puissance qu'il fallait fléchir par le sang des sacrifices, elle ne sa­vait pas que la fragilité de Dieu était remise entre nos mains, el­le croyait qu'elle devait se sauver contre Lui et contre la menace qu'il faisait peser sur elle, elle ne savait pas que le vrai Dieu est menacé par nous.

Nous n'attendons pas d'être sauvés d'un Dieu qui nous menace, c'est bien plutôt Lui qui attend que nous Le sauvions des limites où nous sommes constamment tentés de L'enfermer. ...

Combien de temps nous faudra-t-il encore pour nous défaire de cette idole qu'est la représentation de Dieu sous la forme d'une puissance qui nous domine et peut nous écraser ? Combien de temps nous faudra-t-il pour comprendre que Dieu est désarmé et fragile et que n'importe qui peut Le tuer, et que c'est nous qui Le cruci­fions sans cesse par nos refus d'amour, et qu'il ne cessera jamais pour autant de nous attendre et de nous aimer ? »

("Ton Visage, ma Lumière", passim, pp. 131-132)

Il se peut que nous ayons envie ... de nous révolter car enfin pourquoi les choses sont-elles ainsi ? C'aurait été si simple pour Dieu de faire en sorte que tout aille bien sur la terre comme au ciel ! C'est oublier que, si les choses sont ce qu'elles sont sur la terre, et sans doute aussi comme au ciel (?), si les choses y vont si mal, si tant de gens y sont malheureux, il est vraisemblable que Dieu, étant ce qu'Il est, ne pouvait pas faire ces choses autrement. Quand commencerons-nous à comprendre qu'en Dieu lui-même la béatitude éternelle est autant conquise qu'acquise ? Et c'est ce fait que Dieu meurt sur la Croix qui doit nous l'apprendre.

De Jésus ressuscité les apôtres ne remarquent que les marques de sa mort. De même au paradis nous continuerons de porter les marques de nos souffrances et de notre mort comme étant le support de notre résurrection et bonheur.

Jamais personne, hormis la Vierge Marie, n'a souffert autant sur la terre que Marthe Robin, mais aussi personne, hormis la Vierge Marie, n'y a souffert autant qu'elle. Hormis bien entendu d'abord Jésus-Christ, mais c'est lui, avec le Père en l'Esprit, c'est Lui qui, en Marthe Robin, se sent heureux en même temps qu'il y souffre.

Mais il faut que nous laissions ces choses pour regarder le crucifié, et reconnaître sa présence en tout homme qui souffre.

Les lectures de Zundel, particulièrement sur ce site, ne sont jamais à faire pour nous documenter d'une façon toujours nouvelle sur Dieu, mais toujours pour réveiller en nous le sens de sa présence réelle ici maintenant.

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