2ème jour. 1ère rencontre. Notes. (à reprendre ?)

Il faudrait lire et relire la page de Zundel « sitée » hier. Ces élévations sur le Dieu Trinité semblent n'avoir guère encore pénétré l'esprit et le cœur des chrétiens, et l'enseignement dans l'Eglise en parle très peu : « il faut que nous réformions complètement nos idées sur Dieu ». Ce n'est pas fait. Mais, si tout cela est profondément vrai, et peut de fait modifier beaucoup de choses dans la vie de l'Eglise, il faut nous en pénétrer sans cesse davantage ... et que cela modifie, sans même qu'on s'en rende compte, notre comportement, la façon de notre relation à l'autre. ...

Le mystère de la Sainte Trinité est un puits sans fond, aimait dire Zundel.

Ce n'est pas un hasard si Jésus a révélé des "cho­ses" sublimes au sujet de Dieu justement auprès d'un puits, celui de Samarie, et à une femme apparemment la moins bien choisie pour recevoir cette révé­lation, une femme de mauvaise vie qui a vécu l'amour à sa façon, tout à fait opposée à la façon de l'amour de Dieu ou de l'Amour en Dieu. La façon divine de l'amour en Dieu, par ce contraste, en ressort plus clairement.

Le puits de Samarie est unique en cette région de Samarie et, depuis des millénaires, les hommes sont venus puiser là l'eau nécessaire à leur vie, Abraham lui-même est venu s'y désaltérer, lui et ses troupeaux.

Dans le puits de Samarie (1) l'eau est très profonde, il faut donc seau et corde pour la puiser ... Mais ce qui est remar­quable aussi, c'est que, quelle que soit la quantité d'eau puisée, ce niveau ne baisse pas, c'est comme on n'y avait aucunement "tou­ché", et il peut sembler que personne ne puisse en sonder la pro­fondeur.

Nous avons une image là qui nous éclaire sur le mystère de la très sainte Trinité : tout le monde doit venir y puiser simple­ment pour vivre, mais ce qu'on en prend ou retire ne peut qu'à peine "entamer" sa profondeur insondable.

La longueur, la largeur et la profondeur de l'amour en Dieu, cet Amour qui constitue le mystère de la très sainte Trinité, dépas­se infiniment tout ce que l'homme peut penser ou imaginer, mais l'homme doit venir chercher là d'abord et plus qu'en tout autre mystère la lumière et l'eau vive de la vie éternelle.

"Dieu est Amour", nous l'avons entendu de saint Jean, il faut maintenant que nous entrions plus profondément, et nous devrons le faire constamment, dans ce mystère adorable de notre Dieu : le Dieu unique n'est pas un Dieu solitaire, c'est une famille. Beaucoup hésitent, à dire de Dieu qu'il est une famille. M. Zundel le dit et s'en explique.

Dans une famille l'enfant naît de la rnère, mais il procède du père et de la mère. En Dieu le Fils naît du Père, et l'Esprit procède du Père et du Fils.

Dans la famille humaine l'enfant donne au père d'être père et à la mère d'être mère puisque, sans l'enfant, ils restent homme et femme, ils ne deviennent véritablement époux et épouse que si leur rencontre est ordonnée à l'enfant.

En Dieu le Fils Unique naît du Père Unique. On ne dira pas que le Père naît du Fils mais on dira que c'est le Fils Unique qui donne éternellement au Père Unique d'être le Père. Et de même, si on ne peut pas dire que le Père et le Fils procèdent de l'Esprit, on peut dire que c'est l'Esprit, si on le voit comme l'éternel opérateur de l'engendrement du Fils par le Père, c'est l'Esprit qui donne au Père d'être le Père et au Fils d'être le Fils, tout en procédant de l'Un et de l'Autre.

Dans la famille humaine la rencontre de l'époux et de l'épouse ne doit pas être d'abord ordonnée à la jouissance mais au don de l'un et de l'autre pour la conception de l'enfant. Mais en Dieu, d'abord et éminemment, l'éternelle rencontre du Père et du Fils dans une unité parfaite, dans une étreinte amoureuse infiniment pure, n'est elle-même aucune­ment pour la jouissance de l'Un et de l'Autre, mais pour la "procession", pour le jaillissement de l'Esprit dans le don parfait que chacun fait à l'autre. La Rencon­tre est pour le don de l'Esprit.

Dieu crée selon ce qu'il est. La Création n'ajoute absolument rien à Dieu, mais elle est nécessairement en harmonie avec l'être-Amour de Dieu et doit le révéler.

Quand on contemple une planisphère, on voit facilement le dessin et le mouvement de la dérive des continents à partir d'un seul continent contenant toute la masse des terres. Il y a, si l'on peut parler aussi grossièrement, comme une masse première de la créa­tion qui commence à connaître une dérive semblable dès que la création se disloque sous l'effet du péché de l'origine : l'ensemble se frag­mente et se détache de son unité et de Dieu, mais on peut penser facilement que tout cela était primitivement parfaitement emboîté .. en Bien. Toute l'histoire de la rédemption de l'humanité va être celle du recouvrement, en infiniment mieux, de son unité primitive.

On peut remarquer aussi comment tout être, dans la création, se rétracte en quelque sorte sur lui-même dès qu'il est atteint par une dislocation de son être. C'est l'image de la dislocation entraî­née comme nécessaire par le péché originel.

La première "réalité" humaine touchée par cette dislocation de la création opérée par le péché de l'origine, est la famille : innom­brables sont les familles où s'est évanouie cette image de la trinité. Si chacun des conjoint aime l'autre pour soi, si le but de la rencon­tre n'est plus que la jouissance pour soi et aucunement le bien de l'autre, on ne pense plus à l'enfant dans cette rencontre que finalement pour l'empêcher d'en procéder.

On prendra ici l'entretien de Jésus avec la samaritaine au chapitre 4ème de l'Evangile de saint Jean. La première parole de Jésus est une demande de don : donne-moi à boire ! Jamais ailleurs dans l'Evangile on ne voit Jésus demander qu'on Lui donne quelque chose, du moins de façon aussi précise. La femrne s'étonne et refuse. Et cet étonnement qui équivaut à un refus provoque une des plus impor­tantes révélations sur Dieu, Dieu est don : "Si tu connaissais le don de Dieu et quel est Celui qui te demande à boire, c'est toi qui le lui aurait demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive !"

On peut traduire : "Si tu savais que Dieu est don, et que celui qui te demande à boire est l'incarnation de ce don qu'est Dieu, tu lui aurais demandé ce don de l'eau vive de la vie éternelle. Non plus l'eau de ce puits qui désaltère pour un moment, mais il faut revenir puiser pour se désaltérer de nouveau, mais cette eau vive dont tous ont à être assoiffés pour vivre éternellement.

(1) J'ai eu le bonheur, quelques jours après la fête de Pâques en 1951, de pouvoir, pratiquement seul, m'asseoir longuement sur la margelle de ce puits.

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