2ème jour, 1ère rencontre.

Il faut que nous entrions constamment dans ce mystère adorable de la sainte Trinité.

« ... Le Dieu unique n'est pas un Dieu solitaire, le Dieu unique, c'est une famille, c'est la première famille, c'est la famille incomparable, c'est la famille dans sa sincérité suprême où la vie est éternellement communiquée dans une génération spirituelle, dans une éternelle naissance et dans une éternelle respiration d'amour.

Il faut que nous entrions constamment dans ce mystère adora­ble, car c'est là notre Dieu ! Notre Dieu n'est pas autre chose que l'Amour. Notre Dieu n'est pas autre chose qu'une éternelle communication car, en Dieu, justement, la connaissance n'est pas un regard sur soi, c'est un regard vers l'Autre.

Et ici, nous pouvons nous rappeler cette expérience humaine qui est admirable, et illustrée, justement, par le mythe de Narcisse : nous ne nous connaissons nous-même, nous ne nous voyons nous-même que lorsque nous cessons de nous regarder.

Quand vous écoutez la musique, quand vous devenez musique, quand vous êtes devant un chef d'oeuvre, quand un paysage vous ravit, quand vous êtes suspendu dans l'émerveillement et dans l'admiration, alors vous vous sentez exister à plein, vous sentez que vous êtes là une présence totale, mais vous ne vous voyez qu'en cessant de vous regarder, quand votre présence, vous ne la voyez pas en vous repliant sur vous-même mais en vous offrant à cette beauté dont le visage est toujours inconnu et toujours reconnu.

Et c'est dans cette offrande de vous-même, dans cette oblation silencieuse de l'émerveillement et de l'amour, que vous réalisez votre présence et que vous devenez pleinement vous-même.

La connaissance de soi est toujours une connaissance dans l'autre et pour l'autre, selon ce que Rimbaud avait déjà deviné lorsqu'il disait : « Je est un autre. » Eh bien, en Dieu, par bonheur, en Dieu dans la source infinie, nous avons précisément cet altruisme, ce regard vers l'Autre.

Dieu ne se regarde pas, mais c'est le Père qui est un regard éternel vers le Fils, comme le Fils est un regard éternel vers le Père, et toute la lumière divine est constamment échangée, elle jaillit de cet échange comme la transparence limpide d'un don éternellement accompli.

Dieu ne se savoure pas Lui-même. En Dieu, la connaissance est un élan vers l'Autre, Il est un dépouillement, Il est un don, Il est une confidence éternelle où l'Un circule totalement dans l'Autre, et cet Amour ainsi totalement dépouillé ne peut pas davan­tage se replier sur soi, c'est un Amour tendu vers un Autre, un Amour qui aspire, qui sort de Soi, et d'où résulte éternellement cette respiration vivante qui est le Saint Esprit, qui procède du Père et du Fils, comme dans la famille l'enfant naît du père et de la mère.

Il y a en Dieu toute cette circulation prodigieuse de la lumière et de l'amour, il y a en Dieu toute cette éternelle communication, il y a en Dieu tout ce dépouillement, il y a en Dieu toute cette pau­vreté.

Et justement, et c'est là le centre du mystère, la divinité ne peut pas être possédée, pas plus que le bonheur dans une famille ne peut être possédé exclusivement par l'un au détriment des autres, comme dans la famille, le bonheur repose dans la communication.

Toute la joie de Dieu, c'est la joie du don. La divinité n'est à personne : elle n'est pas au Père qui n'est qu'une communication faite au Fils, elle n'est pas au Fils qui n'est qu'une restitution d'Amour faite au Père, elle n'est pas à l'Esprit Saint qui est une éternelle respiration d'Amour à l'aspiration du Père et du Fils.

Et c'est cela : le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ, c'est un Dieu qui n'a rien, un Dieu qui est Dieu parce qu'il n'a rien.

Il faut comprendre que, dans l'ordre de l'esprit, dans l'ordre suprême, justement, la possession est impossible, et que la grandeur consiste tout entière dans le don de soi-même. L'existence suprême est une relation, selon l'admirable parole de Bachelard : «Au commencement est la relation». Et c'est pourquoi il y a en Dieu une éternelle nouveauté.

La connaissance en Dieu est littéralement une naissan­ce, une naissance dans l'Esprit, une naissance dans la lumière, une naissance dans l'Amour et donc une inépuisable nouveauté.

Dieu n'est pas un Dieu qui vieillit parce que, justement, en Lui la vie est constamment alimentée par cette communication où le Père engendre son Verbe, où le Verbe naît dans le sein du Père dans le baiser de feu du Saint Esprit.

Il faut donc que nous réformions complètement nos idées sur Dieu. Dieu n'est pas un propriétaire, Dieu n'est pas un maître, Dieu n'est pas un pharaon, Dieu n'est pas un despote, Dieu ne tire pas les fils de l'histoire, d'une histoire dont nous serions les pantins ! Dieu est Amour et rien qu'Amour, Dieu se donne et Il ne peut rien faire d'autre.

Il n'est pas le fabricateur de l'Univers, Il est Celui qui nous en fait cadeau, attendant de nous cette réponse qui ferme l'anneau d'or des fiançailles éternelles, et qui donne à toute réalité son Visage de Lumière et d'Amour. Car Dieu ne peut rien faire sans nous, comme le père dans une famille ne peut rien faire sans la mère, ni les parents sans les enfants, ni les enfants sans les parents.

Dieu est Amour, Dieu est don, Dieu est générosité, Dieu ne s'impose jamais en se proposant toujours, Il est là, au-dedans de nous, comme un appel à une existence semblable à la Sienne qui est une existence de générosité car, pour Lui comme pour nous, exister au sens fort, c'est nous quitter nous-mêmes ! exister, pour nous comme pour Lui, c'est faire de tout notre être un pur élan de générosité.

Il ne faut donc pas que nous ayons jamais le sentiment de porter un joug et d'être les sujets de Dieu ! Nous ne sommes pas les sujets de Dieu, nous sommes Ses amis. C'est le mot même de Notre Seigneur : «Je ne vous appelle plus mes serviteurs, je vous appelle mes amis». (Jean 15, 15)

Et c'est la découverte éblouissante de Saint François d'Assise d'avoir précisément compris que Dieu est la Pauvreté, que Dieu est Dieu parce qu'il n'a rien, parce qu'il ne peut rien posséder, parce qu'il est l'anti-possession, parce qu'il est tout entier Le don, tout entier la générosité, tout entier L'Amour. Et toute l'exigence évangélique est là, c'est que nous devenions ce que Dieu est.

Dieu ne veut rien nous prendre. Dieu n'est pas jaloux de notre bonheur. Dieu n'est pas un rival avec lequel nous serions en compétition. Dieu nous appelle précisément à devenir ce qu'il est.

On pouvait, dans l'Ancien Testament, lorsqu'on n'avait pas encore reçu la Bonne Nouvelle qui est l'Evangile, lorsqu'on n'avait pas encore connu Dieu à travers le Visage de Jésus-Christ, on pouvait s'imaginer Dieu comme un maître et comme un pharaon, comme un despote qui domine l'homme et peut l'écraser, comme un rival à notre bonheur et à nos joies, c'est impossible depuis Jésus Christ, car justement, Dieu nous appelle à être ce qu'il est, à nous libérer de nos limites, à devenir un espace illimité, à faire jaillir de nous-même ce don parfait qui circule en toute réalité pour lui apporter le message de la grâce et de la joie.

« Ton visage, ma lumière » pp. 198-200. Pully 1961.

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