Effarant ce documentaire : les bouffeurs de fer (sur Arte mardi soir) ! quels en auraient été les commentaires de M. Zundel ? Ca se passe aujourd'hui, sur notre terre, en ce 21ème siècle ! Pourquoi ceux-là et pas nous ?

Seule sans doute la diffusion de la pensée mystique chrétienne, sa pénétration en profondeur dans le coeur du plus grand nombre, et sa pratique, pourra faire qu'un jour, lointain encore, on ne connaisse plus ces enfers sur la terre avec ces damnés.

En voici la présentation au début du numéro 2321 de Télé obs ciné.

« Ils viennent du large et piquent droit vers la côte, sans trembler. Ils ont sillonné toutes les mers du globe, affronté bien des tempêtes, cin­glé sous des ciels changeants vers la ligne tou­jours fuyante de l'horizon. Ce rivage de Chittagong qu'ils abordent de front marque pour eux la fin du voyage.

Dans cette ville côtière du sud du Bangladesh qui fut jadis un paradis, le dépeçage des géants des mers a fait basculer la région en enfer. La plage de sable blond d'autrefois n'est plus qu'un immense cloaque. Et partout, plan­tés dans la vase, les bateaux, ces colosses hauts comme des buildings sur lesquels s'activent des armées de fourmis inlassables : des hommes.
La plupart sont des paysans du nord du pays qui, chassés par la sé­cheresse ou les inonda­tions, fuient la famine en se faisant embau­cher sur les chantiers de démolition du golfe du Bengale. Originaire de Chittagong, Shaheen Dill-Riaz, le réalisateur de ce magnifique do­cumentaire, explique qu'il a « voulu savoir qui sont ces hommes qui viennent quelques mois dans le sud pour un salaire de misère ». Pour cela, il est allé filmer, dans leur village, la tristesse des femmes au mo­ment du départ, leurs yeux perdus, leur silence résigné. La douceur exquise de ces paysages de campagne accentue encore la brutalité du chan­tier qui tourne sans relâche, ces murailles d'acier d'où pleuvent des larmes de feu, jusque dans la nuit trouée par le crépitement des chalumeaux.

Il y a là de pauvres gamins venus pour payer les études de leurs petits frères. « Tu te sens capable de faire ce boulot ? », demande le contremaître à un gringalet apeuré. « Oui, je peux tout faire ... »
On retrouvera le presque enfant plus tard, ployant sous des charges hallucinantes, titubant dans la boue jusqu'aux mollets, ou progressant pieds nus dans la ferraille fraîchement découpée. On se dit qu'ils vont céder, s'écrouler, renoncer. Mais non, ils avancent, encore et toujours, ils ploient sous leur fardeau et les insultes des chefs : « Qu'est-ce qu'ils croient ? C'est pas des vacances ici, ils sont pas là pour s'amuser ! »

Vêtus de haillons, sales, livides, ces hommes minuscules dans les entrailles de ces mas­todontes échoués dans la vase creusent, scient, tirent, portent, frappent la ferraille comme des sourds, sous un soleil de plomb, dans les odeurs d'huile et de fuel, de métal en fusion et de gaz toxiques. Exsangues. Epuisés. « On travaille dur, on mange peu. Certains s'endorment même avant le repas ! » Parfois, une explosion fait quelques blessés, quelques morts, aussitôt rem­placés : la production n'attend pas. « Avant de manier le chalumeau, il faudrait recouvrir l'es­sence avec du sable ou de la boue, mais on n'a pas le temps. » Quand le propriétaire du chan­tier vient les visiter dans sa tenue immaculée, ces malheureux en guenilles se précipitent pour lui baiser les pieds. « Je suis heureux de n'avoir jamais connu de conflit du travail », ose cet homme avant de s'éloigner de l'enfer dans son 4x4 climatisé.

Lorsque les cultures, au nord, arrivent à maturité et qu'il faut ré­colter avant que la mous­son ne les détruise, ces paysans exilés deman­dent à être payés, pour partir. Ils implorent, ils menacent. En vain. « On bosse comme des force­nés mais chaque fois il faut qu'on mendie notre salaire. » Et quand bien même : le patron va refuser de les payer ! Face à ces hommes exténués oscillant entre désespoir et colère, dans son bureau tranquille il affiche un cy­nisme effarant : « Vous savez pourquoi je procède ainsi ? Si je les paie, ils rentreront chez eux, et ] je n'aurai plus personne pour faire le boulot ... » Celui-là a réussi à retourner dans son village. La campagne ensoleillée résonne du rire des enfants. Il est là, dans son paradis retrouvé, cet homme qui a trimé comme un possédé pendant quatre mois sans une plainte, et qui pleure soudain en retrouvant son fils. « Là-bas j'ai soulevé ciel et terre pour être payé. Mais je n'ai rien obtenu. Ces salauds, ils font venir des ouvriers mais ils gardent l'argent pour eux ... » Il fixe la caméra de ses yeux pleins de larmes : « Je ne retournerai jamais à Chittagong. C'est fini tout ça ... » Pourtant, « là-bas », le patron du chantier affirme, tranquille : « Ils sont tous partis pour les mois­sons. Quand elles seront terminées, ils revien­dront. » Il esquisse un sourire : « Croyez-moi, ils sont beaucoup plus malins que nous... » Sur les 32 chantiers existants, c'est celui de Chittagong qui offrirait les meilleures conditions de travail ... »

Extrait du Nouvel Obs. ciné, reportage donné le 5 mai au soir sur arte.


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