Retraite avec Maurice ZUNDEL, 1er jour, 3ème rencontre.

Deux textes à propos du péché originel et du sens de la création.

« Y a-t-il un péché originel? A-t-il eu lieu un certain jour historique? Faut-il vraiment admettre que l'homme ait péché? Ce n'est pas comme cela que la question se pose.

Pour aborder le dogme du péché originel, il faut se mettre d'abord en face de l'intimité de Dieu, il faut écouter à travers cette intimité ce cri de l'innocence de Dieu qui dit: "Ce n'est pas moi qui ai inventé la mort, ni le mal, ni la douleur! Je la subis! davantage encore: J'en meurs!"

Car enfin ce premier jardin biblique (des origines) n'est en­core que l'image lointaine du second jardin qui est celui de l'Agonie où le péché originel prend enfin tout son sens dans la mort de Dieu.

Si jamais le cri de l'innocence de Dieu retentit jusqu'à nous percer le coeur, c'est bien à ce moment où Jésus se traîne dans son agonie en demandant que le calice s'éloigne! Jésus est là, si pau­vre, si délaissé, si effondré de douleur qu'il cherche auprès de ses apôtres une amitié qu'ils ne Lui donnent pas. C'est cela que veut dire le péché originel dans cette lecture intime que nous en faisons dans le Coeur même de Jésus-Christ.

Il veut dire que Dieu est innocent du mal, que Dieu n'a pas inventé la mort, ni la douleur, pas plus qu'il n'a inventé le péché: Il en est la victime, Il en meurt! Et ce n'est pas une chose qui s'est passée un jour lointain, c'est une chose qui se passe maintenant, tou­jours, tous les jours, parce que, dès qu'il y a une création, il y a une réciprocité."

(M. Zundel, "Ton Visage, ma Lumière", page 315)

2ème texte. L'Univers tout entier a été construit comme la demeure de l'Amour.

« Je reprends une image enfantine : je suppose que deux fiancés qui s'aiment d'abord d'un amour qui parait sérieux et profond, pro­jettent de construire ensemble la maison de leur amour, et qu'ils aient les moyens de la construire, et qu'ils la construisent effec­tivement.

Comment la construiront-ils ? Ils la construiront à l'image de leur amour, ils en ordonneront les pièces et l'ameublement, les lus­tres et les lumières, les papiers peints ou les tapisseries, ils ordonneront la maison entière dans sa structure architecturale comme dans sa structure intérieure, ils l'ordonneront à leur amour et cha­que pièce de la maison, comme sa disposition dans la maison, porte­ra un reflet de leur amour.

Supposons que la maison soit achevée et qu'ils cessent de s'aimer, ou que l'un trahisse l'autre au moment où tout est achevé: que restera-t-il de cette maison? Il en restera sa matérialité, oui, sa matérialité pure, mais elle ne signifiera plus rien au point de vue de l'amour, elle sera niée dans son essence puisqu'elle avait été construite pour être la maison de l'amour.

C'est cette image qui nous permet d'envisager que l'Univers tout entier a été construit comme la demeure de l'amour, mais que cette demeure de l'amour ne pouvait se construire que par l'amour! si l'amour a été infidèle, l'amour de l'homme, l'amour de la créature, quelle que soit la fidélité de Dieu qui, Lui, est toujours fidèle, qui ne cesse d'être OUI, qui ne cesse d'être toujours présent et de Se donner, quelle que soit la fidélité de Dieu, cette maison de l'amour ne peut se construire qu'à deux, entre Dieu et l'homme, entre Dieu et la créature intelligente, entre la liberté divine et la nô­tre et, du fait du refus de la liberté humaine, il ne reste plus qu'un univers matériel qui ne signifie plus rien, un univers tron­qué, comme une pyramide qui aurait perdu son sommet, un univers tronqué, défiguré, disloqué, blessé à mort.

ET c'est là justement ce que signifie finalement le récit du péché originel, il signifie que la création telle qu'elle est n'est pas la création de Dieu mais du péché, que cette Création a été bles­sée par le péché et défigurée par lui, et que son véritable sens ne peut être retrouvé et reconstruit que par l'amour.

Le dogme du péché originel jette donc une lumière infinie sur le sens de la Création et nous rappelle la dignité infinie de l'hom­me qui est celle d'être un créateur : la Création est une histoire à deux, elle ne peut pas résulter simplement d'une volonté divine car la volonté divine, c'est son Amour ! et cet Amour cherche l'amour, et cet Amour ne peut rien s'il ne rencontre pas l'amour, comme l'amour d'un mari ne peut rien s'il ne rencontre pas l'amour de sa femme, ou l'amour de la femme ne peut rien si elle ne rencontre pas l'amour de son mari.

Nous retrouvons donc dans le dogme du péché originel ce que nous avions pressenti en partant de notre propre pensée et de sa puis­sance créatrice, et nous retrouvons à travers le dogme du péché ori­ginel éclairé par l'Incarnation et la Passion de Jésus-Christ la révélation de cette réciprocité d'amour qui est au coeur de notre liberté. Car, si notre liberté signifie notre libération, si elle doit abou­tir à notre libération, c'est dans une relation d'amour, dans un rapport d'amour avec Ce Dieu caché au plus profond de nous-même et qui ne cesse de nous y attendre.

(M. Zundel, Carmel de Matarieh, semaine sainte 1969, pp. 42-43)

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