Retraite avec Maurice Zundel, 1er jour, 2ème rencontre.

« On ne pourra jamais faire de recherche plus fervente, plus passionnée, et plus libre des limites humaines, que dans cette pu­rification opérée par le dogme en nous. Mais cela suppose que nous n'y voyions pas une formule qui prétende représenter Dieu, mais que nous le prenions comme la confidence de Son Intimité à la nôtre. Quand on vient alors nous demander s'il s'agit d'un événement enre­gistré dans une histoire passée, nous interrogeons notre propre coeur pour nous apercevoir qu'en réalité il s'agit d'un événement qui se passe aujourd'hui, maintenant, et à tous les moments de no­tre vie. Il est essentiel que ces horizons s'ouvrent devant nous, ou plutôt au-dedans de nous : le dogme est une diction de Dieu, une Parole où Dieu Se dit Lui-même dans la lumière que nous avons à de­venir, il est essentiel que cela soit vraiment.

Si nous entrons dans cette perspective, alors nous sentirons en effet que Jésus a libéré notre esprit et que l'Eglise, lors­qu'elle définit, ne limite pas l'indéfini, mais elle ouvre un nou­vel horizon et nous engage dans une recherche inépuisable, elle nous fait plonger dans l'intimité de Dieu. En même temps qu'elle nous plonge dans l'intimité de Dieu, el­le restaure la nôtre et la purifie.

Nous découvrons dans ce dialo­gue de lumière où l'Eglise nous conduit, à la fois le secret de Dieu et le nôtre, et celui de tout l'Univers, comme une réalité qui ne peut jamais se limiter et n'a pas de frontière, et qui demande à notre esprit une quête et une recherche passionnées et sans terme que l'éternité ne fera que développer.

Comme le dit l'Ecriture : " Celui qui boira de l'eau de l'é­ternelle Sagesse n'aura jamais soif" (Jean 4, 14) mais, en même temps, celui qui en boira aura toujours soif parce que, comblé, il sentira mieux qu'il y a au-delà encore et toujours une autre perspective, et que jamais il n'arrivera au terme ni n'épuisera cet océan de lumière, de beauté et d'amour."

(Extrait de "Ton Visage, ma Lumière, pp. 316-317)

Ce beau texte est plein de sens, et nous prierons pour que le dogme opère en nous cette puri­fication de notre intelligence et de notre coeur, cette purification à laquelle, en un sens très vrai, il est ordonné. Nous aurons à prier le dogme pour que s'opère cette purification. Ce sera l'objet d'une recherche passionnée.

A une condition, c'est que nous n'y voyions pas, ou plus, une série de propositions offertes à notre esprit pour un enrichissement purement intellectuel, mais comme une confidence de l'intimité de Dieu à la nôtre, un peu comme ces confidences que la fiancée fait à son futur époux et qui, bien évidemment, ne sont pas faites à son esprit, mais à son coeur.

Le dogme veut purifier notre intelligence encombrée de toutes sortes de questions et problèmes absolument insolubles sans la lumière qu'il nous donne, pensons par exemple d'abord au problème du mal qui empêche d'innombrables hommes de reconnaître le vrai Dieu. Certes il ne proposera pas de solutions dans le genre de celles qu'on peut apporter à un problème mathématique, mais il donnera des direc­tions de penser qui feront que le problème ne se posera plus de la même façon et perdra son caractère d'obstacle à la reconnais­sance du vrai Dieu et à la foi chrétienne.

Un autre aspect tout à fait essentiel du dogme, et méconnu, c'est que tous les mystères qu'il nous dévoile doivent être reçus comme des événements actuels: non seulement Dieu nous parle en ce moment, mais ce dont Il nous parle s'accomplit en ce moment: c'est aujourd'hui, en ce moment même, que l'Ange "annonce" à Marie, que le Verbe se fait chair, que Jésus naît, que le Christ meurt et ressuscite, que l'Esprit est donné, ET cela se passe EN chacun de nous ici maintenant.

D'abord on croit rêver: cela n'a pas de sens! Mais ensuite, avec l'intériorisation progressive qui s'opère en nous, en et par Jésus, mais aussi parce que nous répondons à Son Amour, cela commence à avoir un sens, ou du moins on commence à sentir que, finalement, cela a un sens.

Et ce commencement qui lentement s'amorce, va se continuer et se continuera éternellement puisque notre soif de Dieu, à la fois sera parfaitement comblée et en même temps aspirera toujours à d'au­tres perspectives, et les atteindra sans jamais devoir s'arrêter à aucune d'entre elles pour y rester. La passion de Dieu, passion sans fin, a commencé de naître en nous.

Retenons ceci: que le dogme ne veut jamais nous parler de "cho­ses" ou d'événements passés - même si notre credo emploie fréquemment le passé composé - mais toujours d'événements actuels, en train de s'accomplir en et par Jésus et par les hommes d'aujourd'hui.

La suite de la retraite voudrait nous aider à pénétrer davantage cette nouvelle "mentalité" quant au dogme chrétien.

Pour l'instant nous avons à faire plus "suppliante" notre priè­re à l'Esprit "pour que grandisse en nous l'homme intérieur", prière "appréciée" de l'Esprit-Saint qui est pure intériorité en notre intériorité, Il ne peut donc qu'y répondre positivement.

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