Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°14 et fin)

Voici enfin pour terminer un très beau texte d'un grand philosophe personnaliste trop peu connu : Louis Lavelle, fondateur avec son ami René Le Senne de la collection « Philosophie de l'esprit » et nommé titulaire de la chaire de philosophie au Collège de France en 1941. Nous pouvons y retrouver parfaitement exprimée, en dehors de toute référence explicite à l'Evangile, cette désappropriation radicale du Christ à laquelle nous sommes conviés à chaque instant pour aimer véritablement, dans une relation aussi parfaite que possible :

«... Tout homme qui prétend encore garder quelque chose pour lui seul se forge à lui-même sa propre solitude. Mais il faut être détaché de tout, et par conséquent connaître cette extrémité de la pauvreté où l'on détourne le regard de soi afin de l'ouvrir sur la totalité du monde avec un cœur entièrement pur et des mains parfaitement libres, pour connaître cette extrémité de la richesse qui nous permet à chaque instant, en abolissant en nous toute arrière-pensée, d'entrer réellement en société avec tous les êtres que Dieu met sur notre chemin.

Le secret de chaque être empêche qu'il devienne jamais un objet ; mais l'univers tout entier n 'est qu'un secret immense, dans lequel notre secret propre nous fait entrer. Ainsi on pourrait dire que les hommes demeurent séparés dans la mesure même où, en se repliant sur eux-mêmes, ils ne trouvent de contact qu ' avec la partie individuelle de leur être propre, c 'est à dire avec les frissons de leur corps et de leur amour-propre...» Solitude et communion », bulletin mensuel de l'Association Fénelon, avril 1934, p.36. ») Zundel s'y retrouve pleinement ici pour sa propre désappropriation et avec l'un de ses thèmes favoris : « ensemble et seul ». D'ailleurs sa bibliothèque personnelle comportait deux livres de Lavelle très annotés :« De l'Acte »(1937), et « L'erreur de Narcisse »(1939).

Et Saint Augustin nous incite à conclure ainsi : «Je vais déposer ce livre, je vais partir et chacun d'entre vous rentrera chez soi. Il nous a été bon de communier dans la lumière, il nous a été bon de nous réjouir, il nous a été bon d'être dans l'allégresse. Mais en nous éloignant les uns des autres, ne nous éloignons pas de Lui. »

(Fin d'une homélie sur l'Evangile de Saint Jean.)

Bernard de Boissière s.j.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir