Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°12)

Avec les saints, notre vocation est de révéler le visage de Jésus

« ...Nous ne pouvons être émus finalement que par ce qui est vivant. Ce qui est mort ne nous touche pas et les plus beaux écrits sont souvent inertes et sans effet s'ils ne sont pas restitués par une vie qui les rend actuels.

C'est la vie qui appelle la vie et les plus grandes révélations nous viennent toujours à travers un visage humain.

Et cela est d'autant plus vrai s'il s'agit des choses divines, car les choses divines - et finalement les chefs d'œuvre - touchent aux choses divines ! Elles sont le rayonnement de l'intimité même de Dieu. Or une intimité, vous le savez bien, n'est connaissable que par une intimité. On peut prononcer le mot amour à vide, sans aimer, et ce mot est inerte. Mais il est évident qu'entre deux êtres qui s'aiment vraiment, le mot amour a une tout autre signification que celle du dictionnaire parce que dans leur vie le mot amour est une expérience essentielle qui atteint jusqu'aux racines de leur être.

Et il serait fou et blasphématoire de prétendre décrire du dehors une intimité avec laquelle on n'est pas accordé. Car Dieu est une intimité pure, il est un secret d'amour, il n'est qu'un cœur, il est absolument impossible de le connaître, à moins d'être en relation vivante avec lui.

On peut lire des textes, on peut enchaîner des raisonnements, on peut proposer des systèmes, mais tout cela est inerte, ne porte pas la vie, ne peut pas nous atteindre jusqu'à nous transformer. Il n'y a pas d' exemple d'un être qui se soit converti, sinon ébranlé par une vie qui lui rendait sensible d'une manière concrète la présence de Dieu. Car même si nous recourons à des textes, ces textes ne nous émeuvent que dans la mesure où nous sentons passer à travers eux le courant d'une vie qui les a conciliés, ou dont ils portent le reflet...

Même les textes de l'Evangile ! même les passages les plus émouvants de la Bible ne nous touchent qu 'à travers une parole, à travers un exemple, à travers une vie qui fait circuler au dedans de nous comme une nouvelle qui nous arrive aujourd'hui.

Toute la révélation dans l'Ecriture et dans l'Eglise est conditionnée par cette transmission vivante à travers le cœur des prophètes et des saints. Ce ne sont pas des gens qui ont écrit sur Dieu, qui ont enchaîné des raisonnements sur lui, qui ont construit des systèmes à son propos, mais ce sont des êtres qui ont été brûlés au feu de son amour. Et à travers des paroles parfois très imparfaites, cahotiques, maladroites, nous sentons surgir une puissance d'ébranlement irrésistible parce que ces mots viennent de la vie et sont portés par elle. C'est ainsi que les saints nous restituent à chaque siècle, à chaque époque, et selon des besoins toujours nouveaux, le visage éternel de Jésus.

Sans eux le message évangélique se serait perdu dans des systèmes, il serait devenu une scolastique pure et finalement un pharisaïsme durci dans la loi, et dans l'anathème.

Si l'Evangile conserve et perpétue toute sa nouveauté, c'est qu'à travers les mystiques, à travers les saints, à travers un Saint François ou un Saint Jean de la Croix, ou une Sainte Thérèse de l Enfant Jésus, ressurgit la Source infinie qui vient à nous avec un visage humain où nous pouvons nous identifier. Un visage fraternel qui nous émeut avec toute la puissance d'une vie partie comme la nôtre de la biologie, des difficultés de tempérament, des inclinations passionnelles., qui a triomphé et révélé finalement dans l'homme toute la grandeur et toute la beauté de Dieu.

La Révélation ne peut pas se faire autrement et jamais nous n'aurions connu le sens de la pauvreté évangélique si Saint François et si Saint Jean de la Croix ne nous avaient pas introduits dans cette poésie infinie, s'ils ne nous avaient pas conduits jusqu 'au dépouillement de la divinité en la Trinité sainte, si nous n 'avions pas appris d'eux que Dieu est au dedans de nous une « musique silencieuse » .

Le culte des saints répond justement à cette nécessité vivante, à cette pédagogie humaine, à cette impossibilité pour nous d'être ébranlés, sinon par une voix qui porte les battements d'un cœur humain.

Ce qu ' il y a de profond en nous, cette intimité que nous ne connaissons pas encore nous-même, cette intimité de lumière et de générosité, elle ne peut être atteinte que par une personne consumée par le feu, qui fait tomber en nous les obstacles et les résistances, qui nous amène à ce plan de générosité où la vie du prophète et du saint se situe, pour nous faire communier à travers lui à la Source éternelle... à suivre..

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