Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°11)

On peut évoquer encore ce passage du credo du « Poème de la Sainte Liturgie » ( St Augustin et D.D.B.1954, p. 163) :

« Le christianisme réside essentiellement dans le Christ. Il est moins sa doctrine qu'il n'est sa Personne.. Ainsi les textes ne peuvent-ils se détacher de lui, sans perdre aussitôt leur sens et leur vie. Toute la sagacité des critiques, toute leur patience, toute leur loyauté, ont pu rendre, et ont rendu en effet d'éminents services dans l'étude matérielle des livres où l'Eglise primitive a résumé sa croyance ; elles n 'ont pu sans la foi les initier à la vie intérieure des textes, leur en faire saisir la continuité, le mouvement et le mystère, dans le rayonnement de la présence qui est leur âme. » Notons que Mauriac avait choisi ce beau texte en exergue de sa Vie de Jésus (Fayard, 1936).

On pourra alors mieux comprendre et accepter ce texte très fort confié par Zundel à ses amies carmélites du Caire en 1967 : « Je ne crois pas à l'action, je crois à la présence. C'est ainsi qu'en toutes circonstances, l'amour apparaîtra comme une Personne confiée à notre amour, c'est ainsi que la vie va se transfigurer, qu'elle va devenir sacrée et que la religion va devenir la respiration même de notre existence. Dès qu'on cesse de s'effacer dans la divine pauvreté, dès qu'on cesse de voir en Dieu l'amour qui se donne et ne peut que se donner, dès qu'on cesse de vivre de cet amour en se donnant soi-même, c'est fini ! Cette lumière s'efface, tout le dogme redevient une formule et se matérialise, tous les sacrements se changent en rites extérieurs , toute la hiérarchie devient une tyrannie, toute l'église devient une perte de temps et une absurdité, toute la Bible un tissu de mythes. »

On retrouve là toutes les exigences d'un amour où la vie-même du Christ nous est confiée à chaque instant, en particulier sur la croix, et où nous pouvons pour autant le décrucifier. En se faisant péché sur la croix, (Cf..Saint Paul), le Christ, par amour, s'identifie avec chacun d'entre nous en nous appelant à le suivre à notre tour dans cette même désappropriation radicale. On comprend alors comment Murillo a pu oser peindre Saint François appuyé le long de la croix en étreignant le Christ, dont le bras droit décroché enlace tendrement Saint François.. Il est difficile d'imaginer et d'oser représenter une telle preuve d'amour réciproque. Peu avant Murillo, son maître : Ribalta, avait lui aussi peint la même scène, mais avec Saint Bernard.

De tels exemples ne sont-ils pas plus efficaces que tant de discours qui n'ont rien changé ? Et c'est pourquoi je redis combien je souhaite que le lecteur de ce livre puisse auparavant avoir lu la biographie pour réaliser et restituer autant que possible le vécu mystique qui sous-tend l'ensemble de tous ces beaux textes de Zundel.. Marie France Chauvelot les a choisis avec intelligence et soin, parmi beaucoup d'autres choix possibles. Le thème général choisi est capital: mettre en avant les relations constitutives de nos vies à l'image, bien imparfaite, du mystère trinitaire ; c'est à dire des trois relations subsistantes, parfaitement unies dans un même Amour, entre Père, Fils, et Esprit. Tout y est donné, dans une éternelle communication de pur Amour. Zundel, par son humble et silencieuse présence s'offre à nous pour nous y conduire :

« Si nous sommes touchés au plus profond de nous-mêmes un jour de notre vie, si nous changeons de direction, si nous nous trouvons sur le seuil de la nouvelle naissance, si nous sommes vraiment en route vers un moi authentique, c 'est presque toujours parce qu' un être sur notre route nous aura donné le branle, parce qu' un être aura été pour nous par le rayonnement même de sa vie, un ferment pour notre libération. Et à travers l'espace illimité, à travers la lumière qui émanait de lui, à travers la transparence qui nous donnait de percevoir en lui notre origine, nous nous sommes mis en route dans cette contagion de clarté, dans cette sorte de circumincession des âmes, nous nous sommes mis en route précisément parce qu' une âme était devenue intérieure à la nôtre. C'est ainsi que la plupart du temps, nous passons du dehors au dedans, par l'action de présences libératrices où l'expérience humaine atteint son sommet. » (Cf. « L'actualité du Christ dans les racines de l'homme. » (Extrait d'une conférence inédite enregistrée à Lausanne en 1962. Elle m'a été donnée généreusement, en toute confiance, comme d'autres, par un grand ami, l'abbé Jules Bulliard, aumônier de clinique, décédé récemment, auteur de l'enregistrement. (Le titre est de moi.) à suivre..

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