Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°10)

« Au commencement est la relation »(Bachelard), et toute notre vie a la qualité de nos relations avec l'autre, de nos rapports entre le «je » et le « tu ».(Martin Buber), suivant qu'ils sont ou non authentiquement « mystiques. » Voici encore un beau texte de Zundel, très lumineux, extrait d'une conférence inédite, donnée au cénacle de Genève, le 14 janvier 1962, dont l'enregistrement m'a aussi été confié et que j'ai intitulé :

Changer de moi pour un Dieu d'amour

La nouveauté évangélique, c'est bien évidemment d'avoir introduit dans l'humanité un régime nuptial, un régime mystique.

La religion de Jésus est essentiellement une religion mystique, c 'est à dire une religion de dialogue : C'est une religion de la réciprocité,

Une religion où Dieu ne s'impose jamais tout en se proposant toujours.

Une religion qui est une histoire à deux où nous avons à devenir les collaborateurs de Dieu, où Dieu ne peut rien faire sans nous, comme nous ne pouvons rien faire sans lui.

...C'est un autre monde, et tant qu'on ne se situe pas au niveau de cette réciprocité, tout est faux, tout est radicalement faussé.

Qu'il s'agisse du dogme, de la morale, de la liturgie, de l'oraison, de la direction spirituelle, de la sociologie ou de la manière de concevoir la vérité, tout est radicalement faussé, si on n 'est pas situé sur ce plan nuptial, sur ce plan de réciprocité, sur ce plan de la personne.

Et il n'y a pas de remède à cette situation : ce n 'est pas un manque d'érudition ; vous avez des gens qui ont une érudition prodigieuse, qui peuvent d'ailleurs vous en apprendre beaucoup, et qui sont à ce titre extrêmement précieux, mais qui, avec toute leur sagesse et toutes leurs connaissances érudites, ne sont pas encore entrés dans l'essence même du christianisme, parce qu'ils n'ont pas vu qu'au plan de la personne tout est changé, comme lorsqu'on passe du régime de la servante au régime de l'épouse....(Cf.la petite vachère.)

Saint Paul, dans la lere épître aux Corinthiens, (au fameux chapitre 13), nous donne la confirmation éclatante de ce réalisme : « Quand bien même je parlerais la langue des anges et des hommes, quand j'aurais la foi jusqu 'à transporter les montagnes, quand je donnerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n 'ai pas la charité, je ne suis rien qu ' une cymbale qui résonne et un airain qui retentit. »

Il est donc parfaitement clair que pour Saint Paul l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont qu'un seul et même amour et constituent une réalité mystique.

« Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d' un ordre infiniment plus élevé. » ( Pascal et les trois ordres, Br.793).

Beaucoup de savants et parmi les plus grands sont sensibles à ce genre d'expérience, par exemple Einstein :

«La plus belle et la plus profonde émotion que nous puissions expérimenter est l'émotion mystique, c 'est la semence de toute science véritable.

Celui à qui cette émotion est étrangère, celui qui n 'a plus la possibilité de s'étonner et d'être frappé de respect, celui-là est comme s'il était mort !

Savoir que ce qui est impénétrable existe réellement et se manifeste à travers la plus haute sagesse, la plus rayonnante beauté, sagesse et beauté que nos faibles facultés peuvent comprendre seulement dans leur forme la plus primitive, cette connaissance, ce sentiment, est au centre de la vraie religion.

L'expérience religieuse cosmique est la raison des plus fortes et des plus nobles recherches scientifiques.

Ma religion consiste en une humble admiration envers l'Esprit supérieur et sans limites qui se révèle dans les plus minces détails que nous puissions percevoir avec nos esprits faibles et fragiles.

Cette profonde conviction de la présence d'une raison puissante et supérieure se révélant dans l'incompréhensible univers, voilà mon idée de Dieu. (« Einstein et l'univers », L.Barnett,Gallimard, pp.163-164).

« Le mystère n'est pas l'incompréhensible se dressant comme un mur contre notre intelligence, mais l'inexprimable et l'insondable qu'on n'épuisera jamais, l'insondable qui fait craquer les mots et les idées, mais qui comble l'esprit par son infinité, et qui l'illumine merveilleusement, bien que le regard de l'esprit ne puisse le fixer à cause de l'éblouissement qui en résulte dans notre condition présente. » (manuscrit inédit)..

« Les mystères de Dieu ne constituent pas un discours. Ils sont les confidences brûlantes du Seigneur et on ne peut les entendre que si on les vit. » (Lausanne 1974.) à suivre...

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir