Retraite avec Maurice ZUNDEL,

5ème jour, 4ème et dernière rencontre. Un texte magnifique.

« A l'avènement de Jésus, tout ce qui était passé redevient pré­sent, tout ce qui était non accompli peut s'accomplir, tout ce qui est avorté peut devenir vie éternelle.

« Nous voici unis pour la célébration eucharistique ... C'est le mystère de la rédemption qui vient à nous ce matin. Nous avons à le vivre à l'échelle de l'Univers, car la Rédemption, précisément, concerne toute l'histoire, toute l'humanité et tout l'Univers.

Bien que la vision de l'homme soit déjà biblique dès l'origine du monde, quand Jésus paraît, son avènement représente un événement cosmique, un événement universel et unique, un événement qui concerne toute l'histoire et toute l'humanité, tout l'Univers. Cela veut dire qu'à l'avènement de Jésus, tout ce qui était passé redevient présent, tout ce qui était non accompli peut s'accomplir, tout ce qui est avorté peut devenir vie éternelle.

Aux femmes qui ont interrompu leur maternité, quelle qu'en soit la raison, je dis : cet enfant qui n'est pas venu à terme et qui est inachevé, vous pouvez continuer à le porter et à l'enfanter à la vie éternelle, vous pouvez le baptiser dans votre amour, ce n'est jamais trop tard car, en Dieu, tout est récupérable.

Cette situation singulière d'une femme en face d'un enfant qui n'est pas venu à terme, c'est la nôtre en face de toute l'Histoire et de tout l'Univers, et cela implique des conséquences infinies puisque chacun de nous qui participe au Mystère de la Sainte Liturgie est appelé à devenir un rédempteur au sens même où Jésus l'est.

... Il n'y a pas un être dont la vie ait été un échec, qui ne puisse trouver aujourd'hui, dans cet événement de Jésus-Christ dans le Mystère de la Liturgie, son accomplissement.

Saint Paul décrit l'achèvement de la Création, son gémissement, son enfantement, son attente de la Révélation de la gloire des fils de Dieu (Rom., 8, 21-22), nous sommes ainsi mis à pied d'oeuvre aujourd'hui devant notre tâche véritable, illimitée et véritablement cosmique qui con­cerne toute la création qui est derrière nous, et toute la création qui est avec nous, et toute la création qui est devant nous.

Si Dieu est présent au centre du cercle tandis que le temps est représenté par la circonférence, Il rend toutes choses contemporai­nes, ce qui fait de tous les êtres un immense rassemblement dans le présent d'aujourd'hui.

Nous sommes évidemment, en raison de nos particularismes et du morcellement de notre existence dans le temps, généralement infini­ment éloignés de cette perspective, notre vie est grignotée par des intérêts très limités et il est tout à fait rare que nous envisagions tout l'ensemble de l'histoire comme la tâche que nous avons à accom­plir, mais c'est ce que nous allons entreprendre dès cette Messe : toutes les fois que ce Mystère est célébré, l'oeuvre de notre Rédemp­tion s'accomplit, càd. que tout l'Univers, toute l'Histoire, toute l'Humanité, toute la Création, sont remis entre nos mains. Il y a dans ces perspectives une immense espérance.

L'échec de l'histoire, l'échec des nations et des individus, et de toute la nature physique, toutes les catastrophes et tous les ratés de la Création, ne sont pas définitifs, ils sont tous ré­cupérables dans cette Présence d'Amour du Seigneur, qui veut se ré­aliser aujourd'hui en nous ! et, dans la mesure où elle se réalise­ra, dans la mesure où nous y apporterons un consentement plus pro­fond, elle pourra refaire ce qui n'a pas été fait et donner naissan­ce à ce qui a été avorté.

Si nous entrons dans le silence auquel nous sommes invités par la liturgie elle-même, si nous rencontrons en nous ce point d'origi­ne où notre vie prend racine en Dieu, nous serons aux origines de tout, nous rejoindrons le commencement du monde, le commencement de la vie, le commencement de l'humanité, et il n'y a pas un événe­ment de l'Histoire qui ne puisse, par cette voie, devenir présent.

En entrant dans ce secret de la Rédemption qui nous est confié, nous donnerons donc à notre vie sa véritable dimension et nous pour­rons ressentir au fond de nos coeurs cette certitude que, si le Christ est Rédempteur, nous le sommes avec Lui, que la Croix n'est pas simplement un événement de l'Histoire et du passé, mais un événement éternel, elle est l'origine de cette espérance qui n'a jamais de terme et qui nous permet d'attendre la récupération de toutes les créatures : la Croix finalement est la cicatrisation de toutes les blessures que Dieu n'a cessé d'endurer au cours de l'Histoire, puisque tous les maux qui ont affecté l'Univers, la vie et l'Humanité, tou­tes les catastrophes, ont été autant de blessures dans le Coeur de Dieu.

Il s'agit maintenant de panser ces blessures et, en détachant le Christ de la Croix et en Le laissant ressusciter en nous, de ressusciter aussi toute l'Histoire, toute l'Humanité et tout l'Uni­vers. C'est ce que nous essaierons de vivre à notre mesure, celle de notre générosité, en entrant dans ce silence qui est le silence d'éternité.

Le Corps du Christ, qui va Se réaliser à travers la Consécration, ce Corps du Christ n'est pas seulement le Corps du Seigneur dans sa singularité, c'est le Corps immense de l'Eglise qui embrasse tou­te l'Humanité, toute l'Histoire et tout l'Univers, et c'est cet accent que nous allons mettre sur ces paroles éternelles : "Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang." Nous essaierons de les dire sur ce Mys­tère en demandant à Jésus d'inscrire dans notre coeur cette vocation de Rédempteur. ... »

(Lausanne 31 janvier 1971. Dans «Ton visage, ma lumière » aux pages 455 ... 457)

Note : Nous avons là un des plus beaux textes jamais parlé et écrit sur l'espéran­ce chrétienne, et la manière désormais de vivre chrétiennement en vivant selon cette espérance.

" Il n'y a pas un être dont la vie ait été un échec qui ne puis­se trouver aujourd'hui (aujourd'hui même, de cet aujourd'hui expri­mé par Jésus en Croix au malfaiteur repentant), qui ne puisse trouver aujourd'hui dans cet événement de Jésus-Christ dans le mystère de la sainte Liturgie (dans l'offrande du sacrifice d e la Croix à la Messe), il n'y a aucun être ("avorté") qui ne puisse trouver ici son accomplissement."

Il peut sembler cependant que, chez M. Zundel lui-même, et dans saint Paul, on trouve un enseignement contraire : combien de fois M. Zundel ne nous a-t-il pas rappelé qu'on ne triche pas avec Dieu ? ET saint Paul ne nous dit-il pas qu'on récolte ce qu'on a semé : qui sème dans la chair récoltera de la chair la corruption, qui sème dans l'Esprit, récoltera de l'Esprit la vie éternelle ? Et puis aussi bien ne constate-t-on pas à l'évidence que chacun vieillit et meurt comme il a vécu ?

Alors, n'y a-t-il pas dans ce cantique de l'espérance une pieuse exagération ?

Il faut sans doute remarquer ici que ce cantique de l'espérance ne peut pas avoir de sens pour celui qui sème uniquement dans la chair et n'a pas commencé à semer selon l'Esprit, et, en un sens très vrai, il ne vaut donc aucunement pour lui. Mais aussi il faut bien voir que pour celui qui a commencé à vivre selon l'Esprit, ce cantique prend tout son sens dans la vérité et la réalité. Et cette espérance va pouvoir toucher, en et par celui-là, même ceux-là qui vivent encore dans la chair uniquement.

Dans le chapitre 8ème de l'épître aux Romains que nous lirons en même temps que le texte zundelien, les deux aspects sont marqués " La chair aspire à la mort, l'esprit au contraire aspire à la vie et à la paix." (verset 7) Et encore : " Si vous vivez selon la chair, vous devez mourir, mais si, par l'Esprit, vous faites mourir les oeuvres de la chair, vous vivrez ! " (verset 13).

Mais il y a plus loin : "Nous savons que Dieu fait tout concou­rir au bien de ceux qui l'aiment." (verset 28}

Nous pourrons emporter avec nous, dans notre coeur et dans notre prière, ce chapitre 8ème de l'épître aux Romains, qui sera pour nous un des plus beaux passages de toute l'Ecriture parce que lui aussi chante la magnifique espérance chrétienne :

"Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais L'a livré pour nous tous, comment ne nous ferait-Il pas don de tout avec Lui ?" (versets 31-32)

" Dieu rend toutes choses contemporaines, ce qui fait de tous les êtres un immense rassemblement clans le présent d'aujourd' hui. " Cela toujours, et d'une façon unique, au moment où est offert le sacrifice de la Messe et en ceux qui y participent par la communion eucharistique.

" Mais nous sommes généralement infiniment éloignés de cette perspective ! .. Et il est tout à fait rare que nous envisagions tout l'ensemble de l'Histoire comme LA tâche que nous avons à accom­plir, mais c'est ce que nous allons entreprendre dès cette Messe."

Aucun raté de la Création n'est définitif, tout est récupérable. . En entrant dans ce secret de l 'espérance que nous dorme la Rédemption qui nous est confié, nous donnerons donc (enfin) à notre vie sa véritable dimension ..." "Si le Christ est Rédempteur, nous le sommes avec Lui ... la Croix finalement est la cicatrisation de tou­tes les blessures que Dieu n'a cessé d'endurer au cours de l'Histoi­re .. »

Prière. Père infiniment bon, Tu veux rendre toutes choses contemporaines et rassembler tous les êtres dans le présent d'au­jourd'hui, Tu veux que tout concoure au bien de ceux qui T'aiment ! dans ce sacrifice de la Messe, donne-nous de regarder l'Histoire comme notre tâche, comme cet­te tâche que nous avons à accomplir en sauvant avec Ton Fils et en Ton Fils l'humanité entière. Nous Te le demandons par ce même Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur qui vit en Toi, dans l'unité du Saint-Esprit en un éternel présent.

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