Retraite avec Maurice ZUNDEL,

5ème jour, 1ère rencontre.

Le scandale de Camus devant le mal est aussi le nôtre. Texte capital, malheureusement méconnu ! La pensée de Zundel a ébranlé celle de Camus. Les objections contre l'existence de Dieu venues du problème du mal perdent leur force.

Jésus nous révèle que nous ne pouvons nous réaliser qu'en étant les créateurs de nous-même et les créateurs d'un Univers en sursis qui n'est pas encore parce qu'il ne peut exister sans notre collaboration.

« Pour Albert Camus le grand problème était celui du mal qui se posait pour lui de cette façon : l'homme est associé d'une manière monstrueuse à une création et à un univers qui méconnaît et piétine toutes les valeurs humaines.

Ce scandale est aussi le nôtre : comment expliquer cette associ­ation monstrueuse entre un homme qui aspire â la liberté, à la gran­deur et à la dignité et qui, en même temps, est si dépendant d'un Univers capable de l'écraser ?

Camus ne voyait qu'une issue à cette situation, c'était la ré­volte implacable, continuellement soutenue, qui lui paraissait la seule manière d'affirmer la dignité humaine.

Dans les évangiles de la résurrection, dans le Christ ressuscité, nous voyons l'accomplissement du voeu de Camus car, dans le Christ ressuscité nous voyons une humanité qui ne dépend plus de l'Univers tout en gardant le pouvoir de s'y manifester. Il est entré dans le Cénacle portes closes, Il s'en va de même. Il apparaît et disparaît, manifestant de la façon la plus éclatante qu'il ne dépend plus de l'espace ni du temps et que désormais l'Univers n'est plus pour Lui la source d'une dépendance mais que c'est Lui au contraire qui dis­pose de l'Univers et peut en faire le théâtre de ses manifestations.

Cet état du Christ ressuscité nous émeut justement par cela même qu'il réalise une indépendance dont nous portons en nous le voeu le plus ardent.

Camus, sans le savoir, avait touché au péché originel parce que justement le péché originel affirme le caractère monstrueux de cette dépendance de l'homme à l'égard des énergies cosmiques dont il dé­pend et qui le dominent ! Jésus rétablit l'harmonie qui est éternel­lement dans la pensée de Dieu et Il affirme dans sa résurrection que Dieu n'a jamais voulu autre chose que cette indépendance et cet­te liberté d'un homme maître de l'Univers et capable, non pas de l'assujettir mais de le transfigurer et d'en faire une offrande d'a­mour.

Dieu n'a jamais voulu cette situation dans laquelle nous sommes puisque le Christ ressuscité, le Prince de la Vie (Actes.. 3, 15) affirme que l'état normal est justement cette indépendance de l'hom­me à l'égard de l'Univers, cette liberté de l'homme à l'égard de toutes ces énergies cosmiques qui devraient être à son service et ne jamais constituer pour lui une menace.

Dieu veut si peu cette situation que toute la Bible est le cri de l'innocence de Dieu : Dieu n'a pas voulu la mort, ni la maladie, ni les ruines et destructions qui viennent de l'homme ni les catas­trophes dont la nature est l'origine ! Dieu n'a pas voulu tout cela, Il en est totalement innocent, tellement innocent que, dans un corps à corps inexprimable avec la mort, Jésus s'est débattu dans le Jar­din de l'agonie pour vaincre notre mort par Sa mort, pour nous révé­ler le Visage d'un Dieu qui ne cesse jamais d'être avec nous, et qui ne cesse jamais en nous de vouloir l'harmonie, la beauté, la jeu­nesse et la joie.

Davantage : Jésus nous révèle un Dieu blessé à mort par la mort, par le mal, par tous les refus d'amour, un Dieu qui ne cesse de nous attendre et qui est en nous, précisément, la source de cette cons­cience du mal d'où Camus tirait sa noble révolte.

... Il n'y a aucun doute que la résurrection du Seigneur est l'affirmation la plus évidente, la plus profonde, la plus émouvante et la plus magnifique de cette volonté éternelle de Dieu que tout en nous soit vie, liberté, noblesse, grandeur et joie.

Aussi bien toute la morale évangélique, créatrice par excellence, comme le dogme lui-même qui est la source de cette morale, ne tend qu'a nous appeler à nous libérer de l'Univers, à ne plus dépendre des forces obscures qui sont à l'oeuvre dans la nature, à nous déga­ger des instincts de la brute, à devenir, de quelque chose que nous sommes, quelqu'un, afin qu'en nous la vie soit vraiment originelle, qu'en nous la vie jaillisse de source, que nous soyons les créateurs de nous-mêmes dans cette vie d'offrande à laquelle l'Evangile nous appelle.

Il y a dans le mystère de Jésus, particulièrement dans le mys­tère pascal qui couronne Sa carrière, une révélation des profon­deurs de l'homme, de sa vocation essentielle et de sa dignité infinie. Jésus ne nous apporte pas une morale toute faite et préfabriquée, une sorte de schéma auquel il faudrait nous conformer pour obéir à une volonté despotique qui nous impose son empire, non ! Jésus nous révèle que nous ne pouvons nous réaliser qu'en étant les créa­teurs de nous-mêmes et les créateurs d'un Univers en sursis qui n'est pas encore parce qu'il ne peut exister qu'avec notre collaboration. »

(Maurice Zundel, «Ton Visage, ma Lumière », pp. 275 ... 277, Lausanne 1960)

Prière :

Père infiniment bon ! Tu veux que tout en nous soit vie, liberté, noblesse, grandeur et joie ! Béni sois-Tu à jamais pour tant d'amour ! Apprends-nous à reconnaître en ton Fils ressuscité ce monde nouveau, déjà dégagé du mal qui l'a abîmé !

Apprends-nous la contemplation des plaies glorieuses de Ton Fils qui veulent le transfigurer. Fais-nous voir en elles les profondeurs de l'homme, notre vocation essentielle et notre dignité infinie !

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