Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°7)

Zundel disait souvent : Ne parlez pas trop de Dieu, vous allez l'abîmer. .Mieux vaut se taire et le contempler intérieurement comme tout lecteur éventuel doit s'efforcer de le faire. En tout cas voici des notes griffonnées à la hâte, et difficiles à déchiffrer, jetées sur plusieurs petites feuilles de papier brouillon que j'ai retrouvées miraculeusement. (le début manque) :

« Dieu est un secret qui ne s'entend que dans le silence du moi . Dieu et l'homme se joignent dans l'ineffable où la personne a son mystère.

Cet ineffable est le seul témoignage efficace, le seul qui ne fasse pas de Dieu une idole conforme à notre biologie qui n 'en est que la projection.

Ce témoignage se confond avec le rayonnement de la présence incarnée en l'homme, avec l'incarnation que l'homme est devenue. Voilà ce que j'ai retenu de mon premier contact avec Michel Ange dans la chapelle San Lorenzo, des Médicis, à Florence. Je suis parti d'une rencontre avec un chef d'œuvre...(Cf..le récit impressionnant dans : « Silence, Parole de Vie . » Anne Sigier, pp.235 sq.).

On peut aussi partir d'une découverte en laboratoire, d'une observation astronomique, d'une grande théorie mathématique comme la théorie des Groupes. Et bien sûr encore plus, quand des âmes s'échangent, quand l'amour fait qu 'un masque devienne visage.

La Personne, avec l'ineffable où elle a son secret, est engagée dans une situation temporelle, incorporée dans la biologie de son corps, de son groupe, de son époque, de sa civilisation, de son langage, de son hérédité physique, culturelle, religieuse, de son âge, de son sexe...

C'est à travers tout cela que le témoignage de la Personne doit se faire jour, et il est impossible qu 'il en soit autrement. En effet, même si elle a pour mission d'exprimer formellement ce témoignage, en donnant une voix à l'ineffable, elle ne pourra pas faire abstraction du conditionnement historique qui affecte tout être humain soit pour surmonter éventuellement, définitivement, ses propres déterminismes, soit inévitablement pour s'adapter aux déterminismes des autres quelle se propose de transformer, et qui ont besoin d'elle précisément en raison des liens dont ils n 'arriventpas d'eux-mêmes à se dégager.

Aussi libre de soi que puisse être le témoin, on voit bien dans le cas de l'abbé Pierre qu 'il devra assumer parfois, pour enraciner son témoignage, les plus lourdes servitudes matérielles : toute la détresse des sans logis... On peut même dire que c'est la règle : Le prophète ne peut conduire à la Présence qu 'en s'identifiant en quelque manière avec les hommes auxquels il entreprend de la révéler.

Cette identification n'est pas moins nécessaire à l'égard de la weltanschauung, de la représentation de l'homme et du monde, que professent les contemporains. Il faut parler leur langue pour en être compris, les accrocher dans leurs convictions vivantes, pour les aider à les dépasser. Cela est d'autant plus inévitable que sur le plan du discours explicatif, de la représentation de l'homme et du monde, il est à peine concevable qu 'un prophète vive entièrement en dehors et au delà de son temps.

Il semble donc qu 'un témoignage qui s'exprime soit nécessairement affecté de limites qui le trahissent, et qu'une révélation ne puisse se formuler sans renier l'ineffable qu'elle prétend communiquer... ».

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On voit ici comment Zundel, dans ce brouillon impressionnant, avait parfaitement conscience de la difficulté de communiquer une expérience mystique qu'il appelle justement l'ineffable. Difficulté très compréhensible, surtout quand il s'agit d'un choix inévitablement subjectif d'écrits en l'absence de Zundel, comme pour ce livre. Heureusement, ces textes choisis avec amour par France Marie Chauvelot sont dans l'ensemble individuellement très beaux. Ils pourront parler au coeur suivant les dispositions mystiques du lecteur renvoyé aux annotations des Exercices Spirituels de St Ignace.(voir plus haut.). L'important est la rencontre avec le Seigneur, où « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » ( Pascal, Br.277)). Il ne s'agit pas tellement de lire intellectuellement Zundel, mais de vivre d'amour. Et c'est essentiellement le but que se propose ce livre avant tout. Les anthologies antérieures gardent tout leur intérêt, mais ne disposaient pas encore de la nouvelle et récente biographie pour mieux nous aider à «vivre Dieu » pleinement. Signalons aussi le très précieux site sur internet de Paul Debains qui donne chaque jour un bel extrait de Zundel depuis février 2005. : www.elan-en-trinite.com. Au 11 novembre 2006, on y trouve la fin d'une magnifique conférence donnée aux franciscaines de Lons le Saunier à Ghazir (Liban) en juillet 1959) qui peut parfaitement s'insérer ici :

(à suivre)

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