Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°3)

Or France Marie et moi, nous nous serions certainement heurtés, à l'époque, au même genre de réticences de la part de Zundel contre une édition de ce livre. Les concepts en soi sont inévitablement réducteurs s'ils sont coupés de leur source. C'est la présence exceptionnelle de Zundel qui pouvait leur donner vraiment vie. Si France Marie a pu s'impliquer aussi passionnément pour rassembler cette grande collection de textes et les ordonner de façon aussi pertinente, c'est évidemment parce qu'auparavant elle s'était donnée pleinement à la rédaction de la biographie. On peut dire qu'elle est devenue imprégnée de la présence de Zundel qui la guida dans les choix à faire et dans leur présentation. Reste qu'évidemment d'autres textes non moins significatifs auraient pu être choisis à partir des centaines d'autres conférences inédites dont elle a pu disposer mais dont l'examen aurait alors exigé un temps et une attention très importantes, souhaitables dans l'avenir.

Ce livre ne se veut ni ne peut certainement pas être considéré comme une catéchèse d'ensemble au sens ordinaire, mais du moins peut-il en fournir des éléments importants, vivants, et même très novateurs, à condition d'y redécouvrir le vrai sens de l'Evangile et de vouloir en vivre. L'abondance des textes présente un réel danger dans la mesure où l'on tenterait de tous les assimiler; on risquerait d'en rester à la surface et même de s'y noyer. Par contre, avec ces importantes réserves, ce livre peut être extrêmement précieux pour notre époque si troublée.

Plus qu'un simple novateur, Zundel nous fait revenir vitalement aux sources plus ou moins oubliées, négligées ou même critiquées de la foi et par là de l'amour.

« Puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. »(Ap.3,16).

«Je ne conçois rien, n'ayant pas la moindre propension à construire un système. Je témoigne simplement de l'expérience que je vis, toutes les fois qu'il m'arrive d'échapper aux complicités passionnelles qui asservissent chacun à soi et nous rendent esclaves les uns des autres.» sur un manuscrit). Et l'expérience dont vit Zundel, c'est à l'évidence l'amour fou de Dieu sur la Croix, dans l'attente infiniment patiente de la réponse de l'homme, réponse de l'amour à l'Amour. «Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu 'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap.3,20). Et c'est au lavement des pieds, (J. 13,1-16), en y frappant à notre porte, que Jésus nous invite à nous mettre à notre tour au service de tout homme et spécialement des plus pauvres. En toute relation, on peut dire que Zundel était à genoux en union de coeur désapproprié avec le Christ, pur Amour.Un des plus beaux témoignages en est sans doute le suivant, du cardinal Martini (1997):

Théologien, poète, mystique, liturgiste, auteur de nombreux livres - parmi lesquels «l'Evangile intérieur», car il insistait continuellement sur la valeur de l'intériorité - Zundel fut en particulier un témoin lumineux de la charité chrétienne qui écoute tous les hommes, les comprend tous, les aide tous, les aime tous, leur pardonne à tous, les fait tous grandir, et un témoin de la pauvreté d'esprit, qui selon ses propres termes, «s'offre comme un vide que seul l'esprit peut combler.» Il avait le don de contempler le visage de Jésus dans le visage de chaque personne qu'il rencontrait, de tout homme et de toute femme. Il vivait véritablement de la gloire deDieu et pour la joie des autres; même s'il était un homme discret, réservé, profondément humble.

Mais alors comment dialoguer avec un ensemble considérable de textes si divers et apparemment très neufs, souvent paradoxaux, et abrupts ? Par exemple: La religion de Jésus, c'est l'homme, ou encore: Jésus nous délivre de Dieu... Sauver Dieu de nous-mêmes.. .Décrucifier Dieu... etc.. affirmations qui pour être comprises nécessitent non seulement une explication rationnelle, mais toute une évolution du comportement. Et cette évolution ne peut bien s'éclairer que dans une relation mystique avec Jésus. Nous pouvons donc vouloir le rejoindre dans sa personne même, particulièrement dans sa passion. On ne fait alors qu'atteindre Pascal dans son extraordinaire Mystère de Jésus, Vie de notre vie. Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble. Mais il n 'en reçoit point, car ses disciples dorment... Jésus sera en agonie

jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps là........ Je pensais à

toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de sang pour toi... mais :Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. »

Autant de retours au réalisme de l'Evangile qui nous invite à faire toujours plus nôtre ce suprême appel du Christ peu avant sa mort, (et sa résurrection !) « Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés ». J.15,12.)

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