Retraite avec Maurice Zundel, 4ème jour, 4ème rencontre.

Un chef d'œuvre de la mystique chrétienne (déjà plusieurs fois « sité »).

« Il faut voir toute l'Histoire sous l'aspect d'une tragédie divine où le mal est d'abord le mal de Dieu, où Dieu souffre en toute ago­nie, en toute maladie, en tout désespoir, en toute solitude, en tou­te mort, où Il est le premier frappé parce que le mal finalement est d'abord une blessure faite à Son Amour.

C'est par là que toute l'histoire s'éclaire, c'est par là que s'affirme de la façon la plus profonde et la plus délicate la pater­nité de Dieu, le chef-d'oeuvre de la paternité en effet étant déjà dans les rapports humains le respect de l'autonomie.

Jamais un père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant et qu'il veut la laisser mûrir dans une entière liberté et qu'il ne l'appelle au Bien que par le rayonnement de sa présence aimante et droite : à l'infini Dieu est ce Père qui nous remet à l'arbitre de notre propre liberté et nous livre Sa Vie comme le trésor que nous avons à garder car le Bien, c'est précisément Sa Vie au coeur de la nôtre. Rien ne peut nous stimuler davantage que cette vision !

Il ne s'agit pas pour nous de nous assujettir à des commandements et de nous soumettre à une Loi mais bien plutôt de prendre soin de cette Vie Divine qui est confiée à notre amour, qui peut constamment s'affirmer à travers nous, et qui malheureusement aussi peut continuellement être défigurée par nos comportements. Mais la pensée qu'il s'agit de Quelqu'un, et que Dieu nous a fait ce crédit, ne peut que réveil­ler notre générosité et, lorsque nous prenons conscience qu'il en est ainsi, que c'est vraiment Dieu qui est remis entre nos mains et confié à notre amour, il est impossible que nous n'arrivions pas à resurgir dans un élan de véritable amour.

Tout cela d'ailleurs, nous le devons à Jésus-Christ : c'est dans la Vie de Jésus-Christ sinon dans Sa Parole, c'est dans la tragédie qu'il a vécue et qu'il vit depuis le commencement du monde jusqu'à sa fin, que nous apprenons finalement à reconnaître le vrai visage de Dieu.. »

Retraite au Mont des Cats, décembre 1971, début de la 5ème conférence.

Note. Notre "nouvelle" intelligence de l'Eucharistie confère à ce texte un sens et une profondeur nouveaux. " Rien ne peut nous stimuler davantage que cette vision!"

Le mal maintenant ne peut plus être ressenti comme un problème ou une question parfaitement insolubles, mais seulement comme une invitation permanente à la compassion : on souffre avec Dieu des blessures de l'homme que le mal peut tuer, et on souffre avec l'homme parce que Dieu est blessé et va jusqu'à mourir du mal, mais cette souffrance n'est plus un poids, bien au contraire, elle allège le poids de la vie et de la misère humaine pourtant plus sensiblement ressentie dans cette compassion.

- Relire ici la parabole du Père infiniment aimant en Luc, 15, 11-32.

Ce Père infiniment aimant qui a sinon livré sa vie, du moins remis à son fils qui le lui demande, son bien .... et celui-là le gas­pille ... Et ce gaspillage dans l'absence, l'éloignement et la dé­bauche va révéler l'infinité de l'amour du Père à tel point que lors­que l'absence aura pris fin à la suite d'une décision courageuse du prodigue, une nouvelle joie devra régner dans la maison du père, parfaite et partagée par tous.

Et l'infinie bonté du père va se révéler davantage encore dans son comportement avec le fils aîné qui se fâche, refuse même d'entrer dans la salie des réjouissances ! et son père le supplie d'entrer (15, 28). Aucun reproche devant cette dureté de coeur et cette jalousie qui l'ont mené jusqu'à la colère. Au contraire une parole merveilleuse : Pour toi, tout ce qui est à moi est à toi !

"Jamais père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant."

Ce père qu'on peut voir à genoux devant la conscience du cadet revenu à la vie, d'abord bourrelé de remords ("Père, j'ai péché contre Toi .. verset 18) mais ensuite couvert de baisers par son père qui se jette à son cou !

Peut-on imaginer comment ces deux fils ont vécu par la suite dans la maison de leur père ? Leur comportement que l'on peut supposer peut modeler le nôtre.

La tragédie divine que constitue toute l'histoire des hommes est racontée ici : l'humanité est à la fois ce fils perdu et retrouvé, mort et maintenant vivant ET ce fils aîné, fidèle mais au coeur dur qui refuse de reconnaître l'amour, et qui lui aussi hérite de la bonté du père de façon magnifique, et tout se termine dans la joie des retrouvailles. L'un et l'autre ont fait souffrir le père, infiniment si son amour est infini, et l'un et l'autre fina­lement se réjouissent ensemble avec le Père clans Sa maison.

On peut penser aussi que les pécheurs auxquels Jésus fait bon accueil, et les pharisiens qui Le rejettent, sont racontés dans cette parabole, ces pharisiens qui pourtant étaient d'honnêtes gens respectés de tous ! Ce sont pourtant eux, des hommes éminemment religieux, qui ont condamnés Jésus ! Une telle dérive ne reste-t-elle pas toujours possible à nous autres, hommes d'Eglise, respectés encore beaucoup dans le monde contemporain ?

Prière.

Père infiniment bon, tu te livres à l'arbitre de notre liber­té, apprends-nous comment garder et faire grandir en nous la Vie, Ta Vie, que Tu nous don­nes : qu'elle soit pour nous le trésor le plus précieux ! Que nous en prenions grand soin, elle est confiée à la nôtre ! Que notre conduite ne la défigure pas ! Que notre générosité lui permette de s'affirmer et affermir en nous !

Nous Te le demandons par Ton Fils Jésus-Christ qui vit et règne avec Toi dans l'Amour, dans l'Unité du Saint-Esprit.

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