Notre Dame du Valentin Lausanne Dimanche 30 décembre 1962

(suite n°2)

Avons-nous un rôle essentiel à jouer? Sans aucun doute! Et quel est ce rôle? Ce rôle, c'est de donner à la vie toute sa valeur, de manière à ce qu'elle apparaisse comme inviolable, qu'elle soit reconnue de tous, en étant révélée par nous, qu'elle soit reconnue de tous comme un trésor qui intéresse tout le monde, qui est si sacré en chacun que chacun en devienne absolument intangible.

Il est clair que, si nous continuons notre petit jeu, si nous restons confinés dans nos horizons limités, si nous poursuivons l'établissement et l'étalement de notre amour-propre, si nous entretenons nos rivalités et nos ambitions, pourquoi est-ce que cette vie dont nous ne faisons rien, pourquoi est-ce qu'elle serait épargnée? Qu'importe que l'humanité disparaisse si elle ne crée rien, si elle ne va jamais jusqu'au bout de sa chance, s'il ne surgit jamais de cette liberté possible en nous une création qui impose le respect et qui apparaisse évidemment à tous comme un bienfait qui concerne tous les hommes. ?

C'est là le problème avec lequel nous sommes confrontés au seuil de la nouvelle année: Qu'allons-nous faire de notre vie? Quel poids allons-nous lui donner? Par chance, nous avons échappé à la catastrophe. Il n'est pas du tout dit que nous y échapperons et d'ailleurs nous ne mériterons pas d'y échapper.

Devant toutes les inégalités humaines, devant les ressentiments sécu­laires enregistrés dans la mémoire des peuples, devant ce grouillement d'une biologie collective et individuelle, comment est-ce que la paix pourrait être nécessaire, apparaîtrait comme une exigence imprescriptible, si la vie ne prenait pas son vrai visage, si elle n'apparaissait pas dans toute sa dignité, dans toute sa grandeur et dans toute sa beauté?

Or c'est là justement notre travail, c'est notre vocation, notre voca­tion d'homme et c'est doublement notre vocation de chrétien de donner à la vie toute sa dignité et toute sa noblesse.

Un seul homme, Gandhi, a pu pendant 50 ans tenir dans sa main 500 millions d'hommes qui aspiraient à leur liberté, qui en avaient gros sur le coeur, qui étaient soumis à une force presque ridicule, quand on pense qu'il y avait peut-être 100000 ou 150 000 anglais seulement pour les tenir en respect, avec, il est vrai, l'aide d'une technique dont les indiens ne disposaient pas.

Gandhi a pu tenir pendant près de 50 ans ces 500 millions d'hommes dans sa main, leur interdire toute violence et leur imposer le respect de l'adver­saire simplement par le rayonnement de sa charité, de sa dignité et de sa générosité. Et c'est lui finalement, lui seul qui a fait reculer l'Empire Britannique, qui a amené l'Inde à sa maturité, qui l'a rendue digne d'une liberté qui devenait nécessaire précisément parce qu'elle trouvait son appui dans ce coeur immense, dans cette générosité incomparable d'une seul homme qui se donnait pour tous.

Voici donc un fait incontestable: il suffit d'un homme qui aille jusqu'au bout de lui-même pour imposer le respect de la vie, pour contenir ce déchaînement des passions, pour faire reculer la force, pour faire reculer un empire. Nous n'avons donc aucune espèce d'excuse si nous n'entre­prenons pas de faire de notre vie une chose grande et belle, si nous ne nous convertissons pas à l'humain, si nous n'entrons pas dans la catholicité de l'amour, si nous ne justifions pas notre nom qui est d'être universels.

Et nous n'aurons pas à nous plaindre si la guerre éclate parce que nous n'aurons rien fait pour la faire reculer, parce que nous n'aurons pas imposé le respect de la vie, parce qu'en nous elle n'aura pas tenu son vrai visage! (à suivre)

"Ta Parole comme une source" Anne Sigier, p90-94.

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