Suite 3 de la 5ème conférence donnée à sainte Marie de la paix en mars 1961.

L'enfer se crée tout seul par le poids de notre extériorité (1). Il y a deux enfers, celui que nous créons, et celui que Dieu subit.

« Il est bien clair que, dans cette conception (voir « sitation » du 11/07/09), l'enfer prend un sens essentiellement nouveau. Impossible d'imaginer que Dieu l'ait inventé, il se crée tout seul, il se crée tout seul par le poids même de notre extériorité.

Est-ce que vous ne voyez pas que, dans un ménage, quand il n'y a plus d'amour, quand il n'y a plus de confiance, quand les âmes cessent de s'échanger, ce n'est pas la batterie de cuisine qui va faire l'unité ! Au contraire, plus l'ordre matériel demeure parfait, plus les discordes intimes, plus la séparation des âmes, plus l'aliénation des sensibilités l'une à l'autre devient sensible et intolérable.

On est contraint d'être ensemble, on n'a plus rien à se dire ! On est contraint d'être ensemble, on n'a plus rien à échanger ! et c'est cette contrainte d'une présence qui n'est plus un présent, qui n'est plus un don, qui n'est plus un cadeau, qui n'est plus une gratuité, qui n'est plus un pur élan de générosité, qui n'est plus une découverte toujours nouvelle et toujours plus libre, c'est cela l'enfer, l'enfer ! c'est-à-dire un univers qui a l'air humain et qui est en réalité devenu un univers de choses, un univers d'objets, un univers où pèsent toutes les servitudes de l'extériorité. Cet enfer-là, c'est nous qui le créons.

Il y en a un autre, c'est l'enfer de Dieu, celui qu'Il subit dans cette crucifixion que nous lui infligeons à l'intérieur de nous-même et c'est là justement qu'apparaît la justice de Dieu, la justice de la rnère qui est de prendre la place de son enfant coupable, de se faire cou­pable pour lui, de se faire coupable à sa place, de payer pour lui dans l'innocence absolue, car c'est la seule manière de lui ouvrir les yeux, c'est la seule manière de l'introduire dans l'ordre propre­ment existentiel puisque le bien, le bien est existentiel, c'est-à-dire que le bien, c'est pour nous la seule forme d'être, et ce bien, ce n'est pas quelque chose à faire, mais c'est Quelqu'un à aimer, Quelqu'un à aimer ! Quelqu'un qui est là, Quelqu'un qui se donne, Quelqu'un qui ne s'impose jamais tout en se proposant toujours.

C'est ce mal qu'il s'agit de guérir. C'est cette brèche qu'il s'agit de combler. Et c'est justement l'amour qui doit faire le pont entre les lèvres de cette plaie béante où l'être est déchiré : il n'y a que l'amour qui puisse être médiateur, il n'y a que l'amour qui puisse rétablir l'harmonie et l'unité.

La justice de la mère, c'est cela même, et il n'y en a pas d'autre qui soit digne d'une mère que de prendre sur soi toute la faute, d'en porter en elle-même toutes les conséquences pour que la brèche soit réparée, pour que la plaie se cicatrise, pour que l'existence atteigne enfin à cette dimension humaine, qu'elle devienne cette existence où "je est un autre", cette existence qui est un concert de relations, cette existence qui est un élan vers un autre, cette existence enfin en forme de don. » (à suivre)

(1) L'Evangile allie les ténèbres à l'extériorité.

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