Suite 2 de la 5ème conférence de semaine sainte à sainte Marie de la paix en mars 1961.

Rencontrer Dieu, c'est échapper aux servitudes de l'extériorité ... Dieu est la source de tout amour maternel.

« Je vous rappelle cette mère qui s'est fait ôter un rein pour tenter une greffe afin de sauver la vie de son petit garçon menacée. Et ce n'est qu'une image, d'ailleurs splendide, de ce pouvoir de générosité qui permet à une vraie mère de s'identifier avec son enfant et de le vivre plus intensément qu'il ne le fait lui-même ! car il y a des épreuves qu'une mère peut vivre en son enfant, pour lui, en lui, plus que lui par ce pouvoir de générosité qui la solidarise avec la vie de son enfant au point qu'elle la préfère à la sienne.

Comment voudrait-on que Dieu fut moins mère que toutes les mères ?

Est-ce concevable ? D'où jaillit l'amour maternel ? Quelle en est la source quand il est vrai, quand il est héroïque, quand il va jusqu'au bout de ses exigences ? Quelle est la source de cet amour sinon Dieu Lui-même ? Et il n'y a pas à hésiter : l'amour de la Vierge elle-même, cet amour qui embrasse toute l'humanité, cet amour si vénérable et nous est si sacré, n'est qu'un écho lointain de cet Amour infiniment maternel qui est l'Amour de Dieu. Comment voudrait-on que Dieu fut moins maternel que la meilleure des mères ? Dieu est notre Mère autant qu'il est notre Père, c'est-à-dire qu'il l'est à un degré infini.

Or on sait ce que c'est que la jus­tice d'une mère, d'une vraie mère : la justice d'une vraie mère, ce n'est pas de se venger sur son enfant de l'abandon dont elle a pu être victime, mais c'est de tout sacrifier pour reconquérir le coeur de son enfant, c'est de s'immoler pour lui pour qu'il redevienne lui-même ! enfin, une vraie mère, elle comprend que le véritable drame qui se joue dans un fils qui s'éloigne, dans un fils qui se déshonore et la désho­nore avec lui, elle comprend que le vrai drame, c'est qu'il s'aliène à lui-même, qu'il devient étranger à soi, qu'il s'extériorise au lieu d'être une source et une origine et un créateur : il est simplement à la remorque de ses glandes et de ses nerfs et de ses instincts, en un mot de sa biologie passionnelle, c'est qu'il n'est plus qu'une chose au lieu d'être quelqu'un, et c'est cela qui la déchire ! c'est cette possibi­lité entrevue, cette possibilité qui ravit le coeur de tous les parents au berceau de leur tout petit enfant, c'est cela l'émerveillement de la maternité dans le premier sourire du petit enfant, ce sentiment d'une possibilité encore vierge et inépuisable qui pourra faire de cet enfant quelqu'un d'unique et d'irremplaçable.

Mais pour cela, il faut qu'il le veuille, il faut qu'il fasse la conquête de lui-même, il faut qu'il se déprenne de toutes ses servitudes biologiques, il faut qu'il devienne un créateur, il faut, selon les termes de Saint Augustin, qu'il passe du dehors au dedans. Et c'est quand il est devenu une intimité inviolable qu'il sera vraiment la source de ses actes, qu'il sera vraiment un centre de rayonnement et que la vie toute entière pourra devenir comme celle de Saint Fran­çois, pourra devenir à travers toute l'histoire un ferment de générosité et de libération.

Mais quelle mère sachant cela voudrait contraindre son enfant, tenterait de le contraindre, c'est-à-dire de l'amener par des voies extérieures à rejoindre et à découvrir son intimité ? C'est absolument impossible ! Comment voudrait-on que cela fut possible à Dieu puisque Saint Augus­tin reconnaît Dieu précisément à ceci que Dieu est toujours dedans et que nous sommes dehors, et que Le rencontrer, c'est au contraire échapper aux servitudes de l'extériorité, c'est entrer au coeur de notre intimité et là, dans un dialogue de lumière et d'amour, connaître enfin le sens et l'usage de sa liberté qui consiste non pas à choisir entre un chewing gum et une plaque de chocolat ! mais qui consiste à pouvoir faire de tout soi-même un don, et justement, au lieu d'accep­ter le donné, tout ce qui est préfabriqué, tout ce que nous avons à subir, de le transformer pour en faire une offrande, une oblation, enfin un don qui réponde à la générosité qui est Dieu, cette générosité toujours présente en nous et qui ne cesse jamais, et qui ne cessera jamais de nous attendre. » (à suivre)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir