Suite 7 de la 4ème conférence de semaine sainte donnée à Sainte Marie de la paix en mars 1961

« La Trinité n'est pas une formule, la Trinité n'est pas un rébus ! La Trinité, c'est tout simplement la seule possibilité d'un Amour-source, d'un Amour qui va vers un autre, d'un Amour qui constitue la divinité comme telle et nous délivre du Mollah, du despote, du dieu-pharaon, et de toutes ces idoles qui lui font cortège.

C'est ce Dieu-là qu'il s'agit de rencontrer - il n'y en a pas d'autre - et quand nous hésitons, il ne s'agit pas de recourir à des arguments et de nous demander comment le monde a commencé, parce que le monde où nous trouvons Dieu ne commence qu'aujourd'hui, il ne commence qu'avec nous, il ne commence qu'avec cette décision d'une liberté qui éclot, d'un amour qui se découvre et qui se donne comme s'éveille l'amour dans un coeur humain, comme s'éveille le véritable amour dans une lumière imprévisible, insoupçonnable avant la rencontre puisque c'est dans le circuit d'une lumière intérieure que le visage découvre le Visage, et le cœur découvre le Coeur.

Il s'agit donc pour nous de savoir de quel esprit nous voulons être et si, sous ce nom de Dieu, nous entendons mettre nos privilèges en défendant nos possessions ou bien au contraire si être chrétien signifie pour nous, nous délivrer de toute possession, n'être plus esclave d'aucune biologie mais transformer toute cette réalité dans le concert d'une relation universelle, transformer tout cela en cet être nouveau qui passe par la nouvelle naissance dont Jésus parle à Nicodème et qui naît enfin à soi-même en naissant au Dieu vivant.

Il est bien clair, n'est-ce pas, que, si Dieu vu dans la lumière et vécu dans l'amour de Saint François était notre Dieu, il n'y aurait pas de problème, nous n'en serions pas où nous en sommes, il n'y aurait pas de problème ! Si Dieu avait été en nous cet accueil, cette ouver­ture, cette dignité, cette grandeur, cette générosité, il n'y aurait pas de problème !

Pourquoi le monde se serait-il défendu et contre quoi se serait-il défendu ? Il s'est défendu contre une idole, contre un Mollah, contre un pharaon, contre un immense despote, un immense propriétaire ! Il a bien fait : c'est un faux dieu ! Le malheur, c'est qu'il a cru qu'il n'y en avait pas d'autre.

C'est à nous, c'est à nous si nous y tenons, si nous y tenons vraiment, si nous y tenons passionnément de cette passion rectifiée et lumineuse qui est celle que François éprouve pour la divine pauvreté, si nous y tenons, alors commencera le vrai témoignage, le seul valable, alors s'inaugurera la seule catholicité qui ait un sens, la catholicité de l'amour, l'universalité du don dans la suppression de toutes les fron­tières de race, de classe et de confession.

Car le christianisme n'est pas une confession, il n'est pas un credo parmi tant d'autres, il est purement et simplement cette pauvreté divine déposée comme un ferment dans la Sainte Humanité de Jésus Christ pour fermenter en nous et faire lever la moisson des épis mûrs, cette moisson joyeuse, cette moisson infinie où tous les peuples pourront trouver leur pain parce que personne ne voudra plus acca­parer pour soi le bien des autres, parce que chacun sentira en chacun, du moins ce serait cela l'Evangile, la dignité de Dieu engagée, exposée et confiée à notre amour. » (à suivre)

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