Suite 5 de la 4ème conférence donnée à Sainte Marie de la paix en mars 1961.

« La communion n'est jamais un acte solitaire, c'est toujours d'abord une communion humaine, une communion humaine qui est la condition formelle, absolue, indis­pensable de la communion avec Dieu.

Le réalisme chrétien va jusque là et Dieu me garde, bien sûr, de blâmer les architectes des grandes cathédrales et les sculpteurs des tabernacles précieux ! bien sûr que tout cela est admirable dans la mesure où, comme le suggérait un romancier anglais, on ne substitue pas à l'adoration de Dieu l'adora­tion de la cathédrale où un peuple vient s'admirer lui-même et rendre hommage à sa propre grandeur.

Oh, qu'importe la cathédrale ou la chaumière, la cabane de bambou ou l'autel dressé en plein vent ! Ce qui est essentiel, c'est ce rassemblement universel, c'est cette présence à toute l'Histoire et à toute l'humanité, c'est cette prise en charge de tout l'univers parce que toutes les cathédrales du monde ne sont que poussière si ne se cons­truit pas en nous le sanctuaire vivant de la divinité ! Et nous renierons le Christ si nous cantonnons et si nous enfermons le sacré dans un bâtiment extérieur à nous-mêmes pour laisser la vie désacralisée, profanée, parce que retirée à la lumière et à la Présence de Dieu.

Jésus a pris justement les éléments communs, le repas des plus humbles, non pas pour soustraire le repas à la vie quotidienne en le faisant entrer dans une zone faussement et magiquement sacrée, mais pour consacrer toute la vie, toute la vie ! pour la transsubstantier, pour lui donner un sens éternel, pour que chaque geste devienne un geste créateur, que chaque rencontre soit éternelle, que toutes les tendresses s'immensifient en laissant circuler en elles la Présence Divine, pour que justement Dieu soit, comme Augustin l'avait si profondément senti, la Vie de notre vie, c'est justement cela qu'il faut concevoir le Jeudi Saint, c'est la consé­cration de la vie.

On ne comprendra jamais le christianisme, toute la nouveauté de l'Evangile, toute sa beauté, toute sa jeunesse inépui­sable, on ne comprendra rien de cela si on ne donne pas à la vie un caractère sacré.

C'est toute la morale chrétienne qui est en réalité une mystique ! Toute la mystique chrétienne, c'est justement de donner à tout, au corps, à l'intelligence, au coeur comme à l'action, une dimension infinie. "La proximité absolue est dans la distance infinie".

C'est cela finalement le rayonnement merveilleux du Jeudi Saint. Jamais nous ne nous approcherons réellement de Dieu si nous ne mettons pas entre nous-même et nous-même cette distance infinie du respect, du respect qui nous ordonne, qui nous invite, qui nous induit à reconnaître en nous-même le sanctuaire de la divinité, le Ciel qu'il faut devenir, le Royaume dont la perle cachée, c'est nous -même !

Quelle chose admirable que le Testament de Jésus ! que ce dernier commandement confirmé au Lavement des pieds, perpétué et accom­pli par l'Eucharistie, quelle merveille que cet humanisme enraciné dans le Fils de l'homme qui est identiquement le Fils de Dieu, que cet humanisme ne se puisse vivre que dans un respect infini de nous-même, de tout nous-même et des autres comme nous-même, et de tous finalement comme de Dieu, puisque c'est cette humanité qui constitue le circuit de la communion des Saints, le circuit de la lumière et de l'amour et que, faute de constituer ensemble le Corps Mystique, jamais ils ne seront en prise sur notre Chef et notre Tête qui est Jésus.

Nous sommes donc ici à l'extrême opposé de toute magie, de toute facilité, de toute sainteté déposées dans les choses comme dans un objet extérieur à nous-même. » (à suivre)

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