Suite 3 de la 4ème conférence donnée en mars 1961 à sainte Marie de la paix.

Reprise du texte : Et le troisième lien, le troisième anneau de cette chaîne indestruc­tible, c'est l'Eucharistie. Et c'est là peut-être que les chrétiens se sont le plus profondément mépris. C'est là que les chrétiens ont peut-être cédé à une tentation si naturelle de mettre le sacré en dehors d'eux-mêmes, de rebâtir un temple de pierres, de recons­truire un tabernacle de métal précieux et d'y enfermer Dieu comme un objet en s'inclinant devant cet objet devenu extérieur à eux-mêmes, en fermant la porte avec des grilles d'or et en retournant à leurs affaires et en laissant la sainteté enfermée dans le temple. »

Suite du texte : « Oh que cette tentation est grave et comme nous y avons tous succombé ! Nous n'avons pas vu que nous tournions le dos à l'Evangile, que ce n'est pas du tout cela que Jésus avait voulu ! Qu'est-ce que Jésus a voulu ? Qu'est-ce qu'il a voulu à la table de la Cène, qu'est-ce qu'il a voulu dans ce rendez-vous qu'il nous donne à travers toute l'Histoire, qu'est-ce qu'il a voulu ?

Il a voulu exactement établir entre Lui et nous toute la distance de l'humanité à assumer pour parvenir à Lui (1). Il a voulu justement que nous accomplissions le commandement suprême. Il a voulu que nous découvrions le sanctuaire du Nouveau Testament qui est l'homme et, pour que nous ne manquions pas d'édifier ce sanctuaire dans l'homme, Il a établi entre Lui et nous toute cette distance à franchir.

Impossible de se méprendre encore une fois. Il suffit de revenir à ces paroles des derniers entretiens : "Il est bon que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, l'Esprit Saint ne viendra pas à vous. » (Jean, 16, 7) Jésus n'est pas dupe. Il sait bien qu'ils accrochent à sa présence visible tous leurs espoirs limités, toutes leurs perspec­tives nationales, toutes leurs ambitions personnelles. Ils attendent de cette Humanité de Jésus qu'ils croient voir avec leurs yeux de chair, ils attendent qu'elle réalise leurs rêves, qu'elle les conduise à la victoire, et c'est pourquoi tout à l'heure ils vont se dégonfler dans la terreur, dans le reniement et dans la fuite.

Jésus les connaît. Il faut donc qu'il s'en aille. Ils ne L'ont pas vu dans son universalité, ils ne L'ont pas vu dans sa pauvreté, ils ne l'ont pas vu dans sa spiritualité, ils L'ont affublé d'un rôle qui est la caricature de Sa mission ! Il faut donc qu'Il s'en aille pour qu'ils découvrent dans la lumière de l'Esprit Saint le caractère sacramen­tel où la divinité personnellement se manifeste et se communique.

Et, s'il en est ainsi, Notre Seigneur ne peut pas rétablir en l'Eucharis­tie un nouveau foyer d'idolâtrie, un nouveau foyer de magie et de super­stition ! L'Eucharistie, ce sera au contraire l'impossibilité d'aller à Lui autrement qu'ensemble, ensemble ! Vous viendrez ensemble, vous viendrez tous ensemble ! et ensemble veut dire : vous apporterez toute l'humanité, toute l'histoire, toutes les douleurs, toutes les faiblesses, toutes les détresses, toutes les solitudes, tous les déchets, toutes les misères, toutes les culpabilités ! Vous totaliserez tout cela en vous, et c'est quand chacun de vous sera devenu tous les autres que vous vous approcherez de ma table et que vous serez en prise enfin sur moi tel que je suis, sur moi donné à tous, sur moi qui les vis tous, sur moi qui suis intérieur à chacun, sur moi qui me suis identifié avec celui qui a faim, qui a soif, qui est en prison, qui est malade et qui est nu. C'est quand vous aurez vous-même opéré cette identification que vous me trouverez.

Car il ne faut jamais oublier que Dieu est toujours déjà là. Il est toujours déjà là, Il n'a pas à venir dans le monde ! et l'Incarnation, ce n'est pas la venue de Dieu dans le monde puisqu'Il est toujours déjà là, c'est la venue de l'homme à Dieu, c'est la venue de l'homme à Dieu, de l'homme qui, lui, est presque toujours absent à Dieu ! c'est dans le sein de Marie cette humanité qui éclot, cette créature nouvelle déracinée de toute appartenance, expropriée de toute possession et qui enfin est apte à laisser resplendir cette Présence de Dieu qui était toujours déjà là. Dieu est toujours déjà là, toujours au-dedans de nous dans une attente éternelle ! c'est nous qui ne sommes pas là ! c'est nous qui avons à venir, c'est nous qui avons à nous découvrir, c'est nous qui avons à nous ouvrir pour être "oui", être "oui" éternellement. »

Note (1) : L'humanité entière, présente, passée et à venir, est à assumer pour parvenir à Jésus-Christ ! Il faut nous la rendre présente. Jésus, c'est essentiel dans l'Eucharistie, ne se sépare jamais d'aucun membre de l'humanité, ils sont présents tous en nous autant que Jésus lui-même, particulièrement quand nous recevons la communion. Et Jésus-Christ ne voit jamais aucun homme sinon dans sa relation à tous les autres.

On n'a jamais autant souligné l'importance pour chacun du vécu de cette relation de chacun à l'humanité entière.

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