4ème conférence de M. Zundel à sainte Marie de la paix le 30/03/61. Jeudi saint. L'Eucharistie. Début.

« Nous avons constamment souligné cette conversion de l'humain à laquelle Jésus nous appelle. Le réalisme incomparable de l'Evangile éclate particulièrement dans le mystère du Jeudi Saint et, pour le saisir dans toute sa plénitude, il ne faut jamais séparer ces trois choses : le commandement nouveau, le lavement des pieds et l'Eucharistie.

Le commandement nouveau, nous en connaissons la formule : "C'est à cela que l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés. Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jean 13, 34)

Mais il ne faut jamais oublier les circonstances dans la séquence, c'est-à-dire dans l'ordre de l'Evangile de Saint Jean. Nous sommes ici aux derniers moments de la Vie de Jésus et Saint Jean nous donne ce commandement nouveau comme le testament de Jésus, très exac­tement comme le Nouveau Testament. C'est comme le dernier mot de Jésus dans la perspective de l'évangile Johannique, ce n'est pas d'aimer Dieu, ce qui semble aller de soi, c'est d'aimer l'homme.

Nous percevons toute la résonance nouvelle, toute la résolution conte­nue dans cette perspective. Il ne s'agit pas d'aimer Dieu dans l'abs­trait, d'aimer un dieu qu'on s'imagine, que l'on façonne à son image ! Il s'agit d'aimer l'homme, l'homme avec ses limites, l'homme avec son animalité, l'homme avec tout ce qui en lui nous rebute et nous répugne car c'est justement en dépassant tout cela qu'on attein­dra au vrai Dieu. Le Nouveau Testament, le testament éternel, c'est d'aimer l'homme pour être sûr de ne pas manquer Dieu.

Et le réalisme incroyable, l'humanisme incomparable de ce Testament nouveau et éternel va être souligné de la manière la plus simple, la plus irrécusable par le lavement des pieds. Il ne s'agit donc plus de se méprendre : nous ne sommes pas là en face d'un conseil qui peut être suivi ou non, nous sommes là au coeur de l'engagement évangélique car, justement, le sanctuaire de la divinité, c'est l'homme. Le sanctuaire de la divinité, ce n'est plus une montagne, ce n'est plus un haut lieu, ce n'est plus un temple de pierre, ce n'est plus un tabernacle de métal précieux, le sanctuaire de la divinité, c'est l'homme! et toute la sainteté divine, nous ne la pouvons rencontrer que dans l'homme. Autrement, que signifierait cette scène qui a provoqué le scandale chez les apôtres ? Que signifierait-elle, cette scène où Jésus s'agenouille devant ceux qu'il connaît si bien ? Il y a le traître qui l'a vendu, il y a ce disciple passionné qui se portera tout à l'heure à sa défense et qui aussitôt après le reniera, il y a Jean le bien-aimé qui va s'endormir comme tous les autres dans le Jardin de l'agonie, il y a tous ces hommes rudes et passionnés, tous ces hommes qui L'ont suivi, qui ne doutent pas de Lui mais qui ne Le connaissent pas, qui n'ont rien compris !

Et c'est devant eux qu'il s'agenouille et, à travers eux, devant toute l'humanité parce que, justement, c'est cela le centre et la fin de la Création : la Création n'a de sens que de communiquer la Présence divine, que de communiquer l'intimité divine. Cela aboutira à cet échange : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu" et, tant que l'homme ne se sera pas ouvert, tant qu'il n'aura pas consenti, tant que le Ciel ne sera pas en l'homme, Dieu demeurera inconnu, Sa Présence restera insaisissable car elle ne peut se manifester que dans la transformation de l'homme en Lui. » (à suivre)

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