Balbutiements à reprendre ? Difficile à exprimer.

Pourquoi Jésus traite-il Pierre de Satan juste après le « tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ! » ? Et cela en lui ordonnant de se retirer de Lui parce qu'il risque de Le faire chuter, Pierre devenant alors le tentateur.

Quelle est exactement, si on lit bien l'évangile, la raison pour laquelle Pierre devient alors Satan ? Contre quoi achoppe-t-il ici comme tous les hommes ? On ne l'a peut-être pas suffisamment compris : l'Evangile nous dit que Jésus commença à exposer à ses disciples qu'«Il devait beaucoup souffrir, être mis à mort et ressusciter le 3ème jour. » Pierre, redevenu ici Simon, fils de Jonas, refuse absolument. Pierre devient Satan au moment où il refuse la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Et Jésus ajoute ensuite : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, (avec ses souffrances, elles sont inséparables de la croix) et qu'il me suive. » Il est clair qu'on devient Satan dès qu'on veut refuser la souffrance, celle du Christ comme celle des hommes et la nôtre à chacun de nous. Les souffrances de Jésus-Christ, sa passion et sa mort, et aussi les innombrables souffrances des hommes, font partie essentielle des pensées de Dieu. Et ce n'est pas par leur suppression que Dieu nous en sauvera, mais bien en nous en libérant ! C'est, dans nos souffrances, en nous conformant aux souffrances de Jésus-Christ prenant sur Lui nos fautes et les maux qui s'ensuivent, que nous serons sauvés.

C'est une pensée qui doit sans cesse se faire notre pensée, et cela contre une évidence qui veut sans cesse s'imposer à nous comme quoi il faut se défaire par tous les moyens de toute souffrance. On croit même qu'on honore Dieu quand on l'écarte de toutes souffrances ! Jésus lui-même a failli chuter à cause de ce refus de Pierre, c'est comme s'Il avait été tenté lui-même de faire sienne notre première mentalité quant à la souffrance. « Simon, tu es pour moi un risque de chute ! » (verset 23), d'où la vigueur, le sursaut même, de sa réaction quand Pierre s'en fait l'interprète.

Il faut relire ici les paroles de Jean de la Croix (« sitées » le 9 janvier) « Entrons plus avant dans l'épaisseur et appliquons-nous à cette création intérieure ... »

Très heureusement un ami protestant qui connaît mieux que moi le cantique spirituel de saint Jean de la Croix, en a donné ici la citation qui suit :

« L'âme s'adresse à l'époux : "Réjouissons-nous, Bien-Aimé, et allons nous voir en ta beauté, sur la montagne et la colline d'où jaillit l'eau pure, entrons plus avant dans l'épaisseur."

Avec le commentaire de ce dernier vers :

"L'âme désire entrer dans l'épaisseur et l'incompréhensibilité des jugements et des voies de Dieu parce qu'elle meurt du désir d'entrer plus avant pour les connaître. En effet les connaître en eux-mêmes est une source de jouissance inestimable qui surpasse tout sentiment. (...) Oh ! Si l'on parvenait à comprendre qu'on ne peut atteindre l'épaisseur et la sagesse des richesses de Dieu, qui sont multiples, qu'en pénétrant de mille manières dans l'épaisseur de la souffrance, l'âme y plaçant sa consolation et son désir ! Et si l'on parvenait à comprendre combien l'âme qui désire pour de bon cette sagesse divine désire d'abord la souffrance pour entrer par elle dans l'épaisseur de la Croix ! En effet, pour entrer dans ces richesses de la sagesse de Dieu, la porte est la Croix. Elle est étroite et peu désirent y entrer ; mais il y en a beaucoup pour désirer les délices dont elle est la source."

Jésus bien évidemment, au moment où il remet brutalement Pierre en place, voit tout en la beauté du Père en laquelle la souffrance n'a plus le même aspect, le même sens que d'abord pour nous.

On comprend certes l'effort magnifique des hommes pour éradiquer la souffrance, il faut l'encourager, mais on sait que cet effort n'arrivera jamais à toutes ses fins et que la surprenante réponse de la mystique chrétienne, à sa façon, allège finalement toute souffrance, et semble même en faire comme la cause de la vraie joie, comme en a témoigné Marthe Robin, cette femme qui, nous dira-t-elle, est celle qui, après la Vierge Marie, a le plus souffert, tout en étant celle qui, toujours après la Vierge Marie, a été (ou est) la plus heureuse.

Il faut se rappeler aussi que le sursaut de Jésus devant Pierre lui vient de l'angoisse permanente en son âme devant le baptême de sa Passion en lequel il doit être plongé et dont il vient de faire l'annonce à ses apôtres : « Il est un baptême que je dois recevoir et comme je suis dans l'angoisse jusqu'à ce que ce soit chose faite ! » (Luc 12, 50)

Il ne s'agit donc plus pour nous de rejeter la souffrance, nous ne devons plus l'accepter comme une fatalité, il s'agit de lui donner ce sens nouveau de la nouveauté de Jésus-Christ qui l'embrasse de tout son cœur, avec l'angoisse qu'elle lui apporte à chaque instant de sa vie terrestre.

Et ce que Pierre d'abord refuse va devenir le sacrement des sacrements, va devenir l'Eucharistie, l'Eucharistie souverainement béatifiante, sacrement des souffrances, de la mort et de la résurrection du Seigneur, sacrement qui confère la vie éternelle, la vie même de Dieu, cette vie impossible à vivre d'une autre façon que par un passage au Père, en ressemblance avec celui de Jésus.

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