Suite 4 et fin de la 16ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

En Marie éclate la plénitude de cette libération dont le Christ est pour nous la source et la maternité de Marie nous assume dans cette libération. ...

« Cette maternité de Marie, qui engage sa personnalité dans ses racines les plus intimes, cette maternité est de toujours, et c'est pourquoi la conception virginale de Jésus en Marie s'enracine dans son immaculée conception, c'est l'aspect indispensablement complémentaire de la conception virginale.

Si on s'en tient simplement au récit de Matthieu, si miraculeux et admirable, on pourrait penser que Marie est vierge parce qu'elle ne connaît point d'homme, mais non ! Ca va beaucoup plus profond, beaucoup plus profond! Justement, ça remonte à sa propre origine ! parce que sa maternité est une maternité de la personne, elle coïncide avec le premier instant de son exis­tence : dès le premier instant de son existence elle est tournée vers le Rédempteur, elle lui est entièrement consacrée, elle est déjà vivifiée par sa présence, elle est radicalement offerte à sa mission ! enfin, Marie est toujours, et dès le premier instant de son existence, la mère de Jésus ! C'est donc sa personnalité qui est scellée dans la personne de Jésus, pour que sa maternité, justement, soit une maternité de la personne, dans une certaine équation de lumière avec la personnalité de Jésus, qui va naître précisément de sa contemplation et du don de toute sa personne.

Cette naissance de Marie qui l'enracine dans la personne de Jésus, est déjà le fruit de la Rédemption, c'est le premier fruit de la Rédemption. C'est ce qu'a défini admirablement la Bulle "Ineffabilis Deus" de Pie IX : "Sublimiori modo redemptam", « elle a été rachetée selon un mode plus sublime » que le mode de notre rachat !

Vous vous rappelez la fameuse Lettre de Saint Bernard au Chapître de Lyon, pro­testant contre l'introduction de la fête de la Conception : c'est justement ce que Saint Bernard voulait absolument affirmer, c'est que Marie était comprise dans la Rédemption. Eh bien, la Bulle "Ineffabilis Deus" affirme précisément cela : "sublimiori modo redemptam" : elle a été rachetée d'une manière plus sublime. Donc elle est née de Jésus avant qu'il naisse d'elle, ce que Dante affirmait magnifiquement dans le dernier chant de la Divine Comédie "Vergine Madré, figlia del tuo Figlio" : Vierge Mère, fille de ton Fils ! On ne peut dire mieux, justement.

Tout le Mystère de Marie est dans son rattache­ment à Jésus : Marie est la Fille de son Fils ! Elle est la seconde Eve, précisément parce qu'elle est née du Coeur du second Adam. C'est l'aube de la Rédemption qui éclate dans l'Immaculée Conception, c'est l'aurore de ce monde nouveau. C'est pourquoi c'est un mystère si digne de vénération et d'amour. En Marie éclate la plénitude de cette libération dont le Christ est pour nous la Source, et la maternité de Marie nous assume dans cette libération, et nous assume dans notre personnalité, et nous assume chacun avec notre visage, et nous assume chacun dans ce Bien infini que nous avons à devenir.

Il n'y a pas, pour Marie, d'homme anonyme : chacun de nous est appelé par son nom, qui est unique ! Et si elle collabore d'une manière incomparable à la mission de Jésus, si Sa mission a la même extension que celle de Jésus, si elle embrasse toute l'humanité et tout l'univers, c'est pour conduire toute l'humanité et tout l'univers à ce Bien qui nous finalise, et qui est d'ailleurs intérieur à nous : le Dieu vivant en qui notre liberté respire !

Il est donc impossible d'être aimé d'un plus grand amour - mis à part celui de Jésus - d'être aimé d'un plus grand amour que celui dont la Très Sainte Vierge nous aime. Elle surgit aujourd'hui, justement, dans ce monde déboussolé, elle surgit comme le rappel de la Genèse authentique, elle trace la voie à cette humanité qui ne sait plus quelle est sa fin, elle trace la voie de sa grandeur.

C'est dans ce couple virginal, Jésus et Marie, que réside toute notre espérance et tout le secret de notre grandeur. Marie, d'ailleurs, recrée le regard de l'homme, le regard de l'homme sur la femme. Il est certain que celui qui a été atteint par le rayonnement de Marie, qui est entré dans la lumière de sa virginité, a sur la femme, - et la femme d'ailleurs elle-même sur elle-même - un tout autre regard. La femme est "quelqu'un", la femme est "une personne", la femme n'est pas seulement celle qui donne à l'homme une postérité mâle, comme on le pensait à Athènes au temps de Périclès : "La femme n'existe pas pour elle-même, elle existe pour donner à l'homme une postérité mâle !"

- Maintenant, nous savons que la femme existe pour elle-même, qu'elle a la même dignité que l'homme, et qu'elle n'a pas besoin d'enfanter pour justifier son existence, puisqu'elle a aussi à être la mère de Dieu dans le secret de son coeur.

J'ai eu dans ma quinzième année - à la veille de ma quinzième année - justement, cette grâce insigne, enfin, un jour de l'Immaculée Conception, où j'étais devant une statue de Notre Dame de Lourdes, j'ai été saisi, mais tota­lement et pour la vie, saisi par cette exigence, cette exigence de pureté qui jaillissait de sa présence à elle ! Je lui dois tout ! je lui dois absolument tout, tout, tout ! je ne fais rien sans elle, d'ailleurs je ne fais rien sans elle, et il ne faut rien faire sans elle. Elle ne peut que nous conduire à Jésus, elle ne peut que nous entraîner dans cette désap­propriation qui est son secret à elle. Elle a enfanté le Christ, justement, dans une radicale désappropriation d'elle-même, comme le Père engendre le Verbe dans une radicale désappropriation de Lui-même. Elle va donc nous enra­ciner dans le Christ et, par le Christ, nous enraciner au coeur de la Très Sainte Trinité.

Je l'appelle Virgo virginans ! Je l'invoque sous ce nom "Virgo Virginans" : ô Vierge qui nous virginise ! Virgo virginans, c'est délicieux ! O Vierge qui nous virginise ! "Laus Tibi Domina !"

La Sainte Vierge, d'ailleurs, la Très Sainte Vierge, n'épuise pas son mystère dans tout ce que nous venons de rappeler. La Très Sainte Vierge est encore le sacrement de la maternité de Dieu. La tendresse des Mères ! Toutes les mères, finalement, qui ne sont pas indignes de ce nom, après une maternité de la nature, aboutissent à une maternité de la personne. Quand l'enfant est là, il faut l'élever, et pour l'élever, il faut s'élever ! et elles trouvent dans leur amour des trésors de dévouement.

Je me rappelle ce cri d'une femme dont on emmenait le fils en prison, et qui ressentait terriblement ce déshonneur, et qui me disait : "Mais, si sa mère ne l'aimait pas, qui l'aimerait encore ?" "qui l'aimerait encore ?" Il fallait qu'elle l'aimât, pour qu'il fût rattaché à la vie.

Il y a donc dans l'amour maternel quelque chose de merveilleux. Mais l'amour maternel de la Très Sainte Vierge, qui est incomparable, qui est unique, qui nous enveloppe tous personnellement, nous appelant chacun par notre nom, cet amour nous révèle l'Amour maternel de Dieu puisqu'il en procède. Tout ce qu'il y a de maternité dans le Coeur de Marie jaillit du Coeur de Dieu qui est encore infiniment plus maternel qu'elle-même, et justement, pour que nous apprenions que Dieu est notre mère, que nous Le connaissions au féminin, pas seulement au masculin, car Dieu est aussi féminin qu'il est masculin comprenant dans son éminence tous les aspects de l'être ! Marie nous révèle Dieu au féminin : elle nous révèle la maternité de Dieu. Elle nous permet de prier Dieu au féminin, comme une maman!

C'est vrai ! Dieu est plus Mère que toutes les Mères ! Et nous pouvons l'appeler maman ! Fina­lement, quand nous sommes "a quia", que nous ne savons plus que dire, quand la prière est dans notre bouche comme du sable, il reste ce cri, ce cri ! ce cri qui dit tout, qui appelle tout, et qui donne tout : maman !

Ce cri qui peut jaillir de notre coeur vers Marie, car dans notre inconscient, c'est une femme qui, justement est pour nous la révélation de cette maternité de Dieu : ce cri va jaillir de notre coeur vers Marie, et à travers le Coeur de Marie, il montrera comme une fusée vers le cœur de Dieu qui est encore infiniment plus mère que toutes les mères ! »

(fin de la dernière conférence de la retraite donnée à Timadeuc en avril 1973)

Note personnelle : enfonçons-nous donc dans l'épaisseur de la transcendance divine en y découvrant ici, et c'est ce qui achève la retraite de Zundel aux trappistes de Timadeuc, qu'il est infiniment plus mère que toutes les mères ! Même s'il nous est difficile de l'appeler maman.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir