Suite 3 de la 16ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

Reprise du texte : « Et enfin le dénouement; le message, le messagedans le sommeil, le message angélique, le message qui ressuscite l'amour de Joseph et de Marie. Il avait failli mourir, ils étaient sur le seuil de la séparation, et voilà que leur amour ressuscite. Il a été radicalement désapproprié par cette "nuit" tragique; ils le recouvrent avec d'autant plus de joie comme le don merveilleux de Dieu. Comment mieux prendre conscience de la valeur du silence et de son efficacité créatrice, et comment ne pas s'émerveiller de ce que la genèse, la nouvelle genèse, la genèse du second Adam commence par ce drame d'amour humain ? - car c'est bien là la genèse du second Adam, qui naît virginalement d'une virginité à laquelle Joseph va être associé par sa propre virginité, - c'est peut-être là pour lui l'appel, précisément, à la virginité -, en devenant le père de Jésus, plus père que tous les pères, puisqu'il est père par ce consentement, puisqu'il est père par ce don de lui-même, puisque c'est lui qui est chargé de donner au Verbe incarné le nom de Jésus. »

Suite du texte : « Voilà donc notre genèse, c'est ce drame d'amour qui nous fait souvenir que Marie est épouse ! elle n'est pas seulement Mère et Vierge, elle est aussi épouse, dans un sens unique, incomparable, mais non moins réel. Et ce couple incomparable - Marie et Joseph - est entré dans l'univers Christique, préci­sément par la désappropriation qui imprime sur ce mariage unique le sceau de la Très Sainte Trinité. Mais du même coup, puisqu'il s'agit d'un drame d'amour, la genèse du Christ est lestée d'un immense poids d'humanité où déjà se révèle la direction de cette nouvelle création, car cette nouvelle genèse révèle ce qu'aurait dû être la première genèse. La première genèse aurait dû être, justement, l'avènement de la personne, l'avènement de la liberté ! ce qui était proposé au premier couple, c'était de se faire origine, de ne pas se laisser porter par l'univers, de couronner toute l'évolution par ce mouvement oblatif qui lui donnait son sens. Dans la nouvelle genèse, justement, la virginité qui en est l'origine, la virginité indique toute la direction de l'histoire, c'est à cela qu'il fallait arriver, à une humanité de personnes.

Nous sommes marqués par le premier refus, nous sommes encore une humanité animale, nous sommes une humanité zoologique, nous ne sommes pas encore une humanité-personne. Mais, en Jésus, justement s'inaugure cette humanité-personne, cette humanité dont l'unité se constitue par l'intercommunion des esprits, dont l'unité se constitue au coeur de chacun par ce mouvement oblatif qui en fait un bien universel.

Tout cela s'annonce dans la conception virginale de Marie. C'est d'une immense importance, parce que, justement, tout le sens de la création s'y révèle et s'y recouvre. Il ne s'agit pas de multiplier les hommes comme des lapins, mais il s'agit de susciter des personnes, qui éternisent la vie, et dont chacune porte l'univers en le couronnant par l'offrande d'elle-même.

Mais, bien sûr, cette conception virginale, qui préfigure déjà la mission du second Adam, concerne au premier chef Marie, qui pour la première fois dans l'Histoire, accomplit cette maternité de l'esprit. Cette maternité de Marie, en effet, est le fruit de sa contemplation, cette maternité de Marie n'est pas une parthénogenèse naturelle. - Vous savez qu'on a tenté des essais, chez les lapins en particulier - on a tenté de provoquer une fécon­dation sans aucun recours au mâle, ni à la semence du mâle, par des excitations, par des glaciations en particulier, et on a réussi en effet à provoquer la conception, donc purement mécaniquement, et on a entrevu la possibilité d'une véritable parthénogenèse. Yves Delage qui s'est spécialisé dans ces recherches entrevoyait déjà dans l'humanité la possibilité d'une fécondité à laquelle l'homme mâle serait complètement étranger, si c'était le cas, le cas de Marie ne rentrerait aucunement dans cette catégorie, parce que la maternité de Marie est une maternité de la personne, de la personne !

La maternité de la plupart des femmes - oh ! de toutes les femmes, disons - est d'abord une maternité de la nature, c'est sous l'impulsion de la nature qu'elles conçoivent, la plupart du temps sans l'avoir voulu, par un mouvement de l'instinct, et l'enfant qu'elles portent dans leur sein, tout ce qu'elles en peuvent espérer, c'est qu'il sera normal, et qu'il possédera l'intégrité de la nature humaine. Mais la "personne" de cet enfant, qui d'ailleurs est inexistante, car la "personne" chez nous est toujours en avant de nous : personne ne naît comme une "personne", chacun est un candidat à la personnalité, et donc la maternité commune a son terme dans la nature, et la "personne" de l'enfant - qui d'ailleurs n'est pas encore - est totalement inconnue. Un père, d'ailleurs faisait cette réflexion extrême­ment émouvante, à propos d'un enfant que sa femme attendait, il disait : "Est-ce qu'on se reconnaîtra ? est-ce qu'on se reconnaîtra ? Cet enfant est pour nous un inconnu, nous sommes pour lui un inconnu, est-ce qu'on se reconnaîtra ? " Eh bien, dans le cas de la maternité de la Très Sainte Vierge, c'est la "personne" qui est d'abord connue; en Jésus, la "personne" sur le plan de la génération humaine, la "personne" précède la nature; dès sa conception dans le sein de Marie, Jésus est une personne divine, donc infinie, bien que son humanité soit encore un germe. C'est donc la Personne qui est première en Jésus, et c'est cette Personne qui est nommée à Marie dans le Mystère de l'Annonciation, et son consentement porte sur cette Personne, et sa maternité est une maternité de la Personne.

Notons d'ailleurs, que tous les hommes voudraient naître de cette manière : tous les enfants du monde qui ne sont pas dénaturés croient en quelque manière à la virginité de leur mère c'est-à-dire qu'ils pensent que l'amour de leur mère s'est porté explicitement sur eux. L'enfant ne pense pas à ses parents comme à des époux, il pense à ses parents comme à ses parents, ils ne sont pas autre chose que "ses " parents. Donc, tout enfant croit que la paternité et la maternité de ses parents sont une paternité et une maternité de la personne ! même s'il est instruit plus tard, s'il sait que, biologiquement, ce n'est pas vrai, dans son inconscient il veut le croire.

Dans la maternité de Marie, c'est littéralement vrai : Sa maternité est une maternité de la Personne, une maternité qui l'engage dans les plus intimes racines de son être, et c'est parce que sa personnalité est radica­lement engagée dans cette maternité que se déclenche le processus biologique qui aboutira à la formation de la très sainte Humanité de Notre-Seigneur, un peu si vous voulez, c'est une comparaison très lointaine : comme les stigmates de François sont le dernier stade de sa contemplation : c'est lorsque toute sa personne est configurée à l'Amour crucifié que, finalement, son corps lui-même porte l'image du crucifié. Eh bien, Marie vit le Christ, elle Le vit dans son esprit, elle engendre le Verbe dans son esprit, et à force de Le contempler elle finit par l'engendrer dans sa chair virginale. » (à suivre)

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