Suite 2 de la 16ème conférence donnée à Timadeuc en avril 1973.

Reprise : "Enfonçons-nous donc dans l'épaisseur", comme dit Saint Jean de la Croix, et appliquons-nous à cette création intérieure, c'est par là, c'est par là que nous contribuerons à la naissance de la véritable humanité.

C'est cette création intérieure dès lors que nous allons contempler dans la très sainte Vierge, qui est à l'origine précisément de ce monde nouveau, éternellement nouveau, qui jaillit du Coeur de la Sainte Trinité ! car la grande nouveauté, c'est cela, c'est la très sainte Trinité, nouveauté qui ne s'épuise jamais, et qui ne peut que susciter chaque jour un nouvel émerveillement. »

Suite du texte : « Pour aborder le mystère de la Très Sainte Vierge, prenons ce texte de Saint Matthieu que vous connaissez par coeur, mais qui, lui aussi est tou­jours nouveau : "La naissance de Jésus-Christ fut ainsi : Sa Mère, Marie, étant fiancée à Joseph, se trouva, avant qu'ils fussent ensemble, enceinte par le fait de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, étant juste et ne voulant pas la diffamer, décida de la répudier en secret. Tandis qu'il entretenait ces pensées, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ».

Ce texte, si vous le prenez en lui-même, a quelque chose de miraculeux : c'est extraordinaire, c'est prodigieux ! Dans ces dix lignes, tout ce drame d'amour, le plus grand drame d'amour qui ait jamais été vécu dans l'histoire ! et avec quelle pudeur, quelle sobriété tout cela est évoqué ! C'est inouï, c'est incroyable ! Chaque mot laisse entendre cette tragédie, et pourtant ! pourtant reste d'une infinie discrétion.

Car enfin, de quoi s'agit-il ? Voilà une fiancée qui est enceinte, son fiancé n'en sait rien, il a des droits sur elle selon la loi juive, ces droits vont jusqu'au droit de récla­mer sa lapidation, car c'est bien la peine qui est fixée par la Loi pour la fiancée qui s'est laissée séduire. Et Joseph prend conscience de cette situation, il est évidemment certain de son innocence, un autre a dû être coupable, mais il ne lui demandera rien, il est sûr de son innocence, il ne va pas l'amener à une explication douloureuse et qui pourrait sembler cacher un soupçon quelconque, il va donc simplement la rendre à sa famille, discrètement, secrètement, afin de protéger son honneur. Le don de sa part est entier, d'autant plus entier qu'il est silencieux. Elle comprendra à travers ce silence le respect infini dont il l'entoure et la foi totale qu'il a gardée en elle.

Mais elle, pourquoi ne parle-t-elle pas ? Elle comprend avec une intuition totale, elle comprend le drame qui se joue dans le coeur de son fiancé, elle pourrait d'un mot le mettre au courant du mystère qui s'accomplit en elle, mais non, parce que, justement, ce mystère ne lui appartient pas, c'est le secret de Dieu qui l'a engagée dans cette maternité, c'est à Lui d'en prendre soin, Lui seul a autorité pour révéler d'une manière absolument certaine l'origine de ce qui s'accomplit en elle.

Et c'est cela qui est unique dans l'histoire du monde, ces deux silences affrontés chez ces deux êtres qui vivent le plus grand amour du monde, ce silence, motivé chez chacun par le sens infini de la grandeur. Et notez que de Saint Joseph nous n'avons pas une parole, pas une parole ! Nous n'avons que son silence, ce silence colossal, gigantesque, qui fait de lui le géant du silence ! Et, enfin, le dénouement, le message, le message dans le sommeil, le message angélique, le message qui ressuscite leur amour.

Il avait failli mourir, ils étaient sur le seuil de la séparation, et voilà que leur amour ressuscite. Il a été radicalement désapproprié par cette "nuit" tragique; ils le recouvrent avec d'autant plus de joie comme le don merveilleux de Dieu. Comment mieux prendre conscience de la valeur du silence et de son efficacité créatrice, et comment ne pas s'émerveiller de ce que la genèse, la nouvelle genèse, la genèse du second Adam, commence par ce drame d'amour humain ? - car c'est bien là la genèse du second Adam, qui naît virginalement d'une virginité à laquelle Joseph va être associé par sa propre virginité, c'est peut-être là pour lui l'appel, précisément, à la virginité ! en devenant le père de Jésus, plus père que tous les pères, puisqu'il est père par ce consentement, puisqu'il est père par ce don de lui-même, puisque c'est lui qui est chargé de donner au Verbe incarné le nom de Jésus. » ( à suivre)

Note personnelle : L'enseignement de cette dernière conférence donnée à Timadeuc en avril 1973 est sans doute , du moins pour moi, l'un des plus difficiles en même temps que l'un des plus déconcertants jamais donnés par Zundel, il est peut-être aussi l'un des plus importants, en tout cas certainement l'un des plus novateurs. Il s'y agit de la paternité de Joseph, l'époux de Marie, plus et meilleur époux qu'aucun autre sur la terre, ce qu'on tentera de développer plus loin.

Il est question, en l'évangile de saint Matthieu (1,18 ss.), de ce qu'on peut appeler l'annonciation faite à Joseph. C'est un texte très, très rarement développé et prêché dans l'Eglise. On a l'habitude dans l'Eglise de voir en Joseph le père putatif de Jésus, Celui donc dont on pouvait penser qu'il était le père mais qui en réalité ne l'est pas, Celui qui n'a pas bien évidemment, du moins le pense-t-on selon la tradition, d'autre père que le Père des cieux. Et voilà que Zundel semble voir en Joseph le père humain par excellence ! « La genèse du second Adam commence par un drame d'amour humain dans l'affrontement de deux silences, le second Adam naît virginalement d'une virginité à laquelle Joseph va être associé par sa propre virginité, c'est peut-être là pour lui l'appel à la virginité, en devenant le père de Jésus, plus père que tous les autres. »

La paternité de Joseph serait-elle donc même en ressemblance avec la paternité du Père des cieux, il serait alors père de Jésus autant que Marie en est la mère, et il y aurait ressemblance entre cette paternité de Joseph et cette maternité de Marie puisqu'il est père par ce consentement (comme Marie est mère par le fiat), puisqu'il est père par ce don de lui-même, puisque c'est lui qui est chargé de donner à Jésus son Nom, tout comme la Vierge Marie sa mère devra le Lui donner elle-mème (Matthieu 1,21 et Luc 1,31).

Pourquoi donc alors Joseph est-il plus père qu'aucun père sur la terre ? j'ai envie de penser que c'est parce que sa paternité est celle qui ressemble le plus, tout en en restant très loin du fait de sa transcendance, à l'éternelle paternité du Père en la sainte Trinité, de ce Père engendrant, portant et faisant naître le Fils de Dieu, le même Fils de Dieu que celui porté par la Vierge Marie et auquel, tout comme Marie, Joseph devra donner son nom.

Joseph engendre Jésus selon le mode de la paternité du Père des cieux, car c'est un engendrement qui n'a plus rien à voir avec la chair et la paternité selon la chair, c'est un engendrement par l'opération de l'Esprit, un engendrement donc éminemment « Spirituel », et c'est à cause de cet engendrement qu'il est apte à donner son nom à Jésus-Christ, et à devoir donc être considéré comme engendrant lui-même le Verbe incarné.

Il peut sembler alors que, à l'instar de Joseph, non seulement nous soyons appelés à devenir mère de Dieu, mais encore à être père de Jésus-Christ selon le même mode selon lequel Joseph le devient.

Evidemment tout ceci est tellement nouveau, et apparemment non fondé sur l'enseignement des pères de l'Eglise, qu'on peut raisonnablement se refuser à l'admettre. Mais pourtant ?

La véritable humanité serait-elle donc l'attribut de ceux qui ne sont pas nés de la chair ni d'un vouloir humain, mais d'une paternité avec quelque ressemblance à celle du Père des cieux ? (à suivre, à reprendre ?)

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