Suite 3 et fin de la 13ème conférence de retraite donnée à la Rochette en septembre 1959.

« Il est parfaitement inutile d'accuser les communistes de mépriser la dignité humaine si nous ne la respectons pas. Il se trompait lourde­ment ce jeune industriel catholique qui avait formé, avec sa femme, le projet d'ériger une chapelle dans leur usine. A la question posée : "Quel est le salaire de vos ouvriers ?", il répondit surpris : "Le salaire légal. " - "Est-ce suffisant ?" - "Ah ça, je ne sais pas." "Commencez donc par vous en informer, si vous ne voulez pas que votre chapelle, construite avec les bénéfices de l'entreprise au détriment de vos ouvriers, leur fasse blasphémer votre Dieu. C'est en eux d'abord qu'il faut construire la chapelle par la justice et le respect et vous verrez ensuite s'ils consentent à construire l'autre avec vous. " (M. Zundel - "Croyez-vous en l'homme?" - p. 85)

Dans l'organisation actuelle de l'Occident, ce n'est pas le fait des différences de fortune qui est le plus choquant, les besoins de tous ne sont pas les mêmes. On voit des jeunes gens, alpinistes ou autres sportifs, qui partent à l'aventure, qui vivent sous la tente, etc., par amour de la vie simple, ou du sport, ou par goût de l'austérité, ce qui est une forme de liberté, ce qui est choquant, c'est que l'ouvrier est la plupart du temps une machine, un numéro, qu'il ne sait pas ce que signifie l'entreprise pour qui il travaille, où va le fruit de son travail, comment les béné­fices se partagent, ce qu'on en fait, etc. ! alors ça ne l'intéresse pas, il ne peut pas s'intéresser à une entreprise qui n'est pas la sienne, où il est simplement un rouage, où il n'est pas consulté, où il n'est pas une origine, une source, un commencement. Il faudrait que la Cité du Travail soit une cité d'hommes libres où chacun ait vraiment un rôle créateur, où chacun comprenne l'ensemble et voit le fruit de son travail.

Les exemples abondent d'ouvriers condamnés à un travail inhumain, sans répit, sans respiration, qui les enferme comme dans un carcan et les voue à une vie sans horizon, sans équilibre, sans ouverture possible sur autre chose que les besoins matériels immé­diats.

Si nous voulons que l'humanité vive suivant sa vocation, il faut d'abord que nous révisions notre conception du droit de propriété suivant ses exigences altruistes.

Tout nous a été confié car rien n'est à nous sinon pour les autres et pour Dieu. Rien n'est à nous sinon pour aboutir au don de tout nous-mêmes. Si nous vivions suivant ces perspectives de l'évangile, nous pourrions converser avec le Communisme sans l'outrager, sans le méconnaître, parce qu'on irait tout de suite au centre du problème qui est la dignité humaine. Tant qu'on n'aura pas fait les réformes nécessaires, tant que les chrétiens ne vivront pas suivant l'évangile, on perd son temps à polémiquer à côté de la question.

Il ne s'agit pas de polémiquer, il s'agit de sauver le monde, de sauver cette dignité humaine qui est le prix du sang de Jésus, cette dignité qu'Il a fondée sur la Croix, cette dignité sur laquelle repose, finalement, tout l'espoir et toute l'attente du Royaume de Dieu.

Prions pour tous les pays dépendant du Communisme, particulièrement la Tchécoslovaquie qui est un des plus éprouvé où le régime commu­niste est le plus sévère (1).

Prions pour les chefs d'Etats pour qu'ils ne soient pas esclaves de leur fanatisme.

Prions pour notre pays en demandant qu'il devienne ouvrier de la justice pour tous.

Nous avons la responsabilité de ce monde, des pays sous-développés comme des autres, des peuples de couleur comme des autres, c'est la vie du Christ qui nous est confiée en tous et en chacun. Nous en savons assez pour marcher suivant la direction de l'Evangile et, si nous entrons aujourd'hui dans cette réforme nécessaire de nous-mêmes dans tous les secteurs, nous contribuerons beaucoup plus que par tous les fanatismes à la paix du monde et à la réconciliation des peuples. » (fin de la 13ème conférence)

(1) Instruction donnée en la fête de Saint Wenceslas (28 septembre), autrefois grande fête nationale en Tchécoslovaquie.

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