Suite 2 de la 12ème conférence donnée à la Rochette en septembre 1959.

Reprise du texte : « L'Eglise est le Corps Mystique du Christ et elle est absolument inadmissible, inconnaissable, impénétrable, invivable pour celui qui ne vit pas dans l'intimité de Jésus ! ou bien, c'est la pire des idolâtries, le pire des scandales, la pire des tyrannies, mais alors ce n'est plus l'Eglise.»

Suite du texte : « L'Eglise dans la foi, l'Eglise, mystère de foi, c'est un pur sacrement, et tout est sacrement dans l'Eglise : le Pape, les évêques, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les confirmés, les baptisés, tout le monde dans l'Eglise, toutes les personnes, sont sacrement. Tous les livres, tous les dogmes, toutes les lois, tout est sacrement, tout est signe d'une réalité intérieure à laquelle on a accès uniquement par la foi et l'amour.

C'est ainsi qu'il faut comprendre l'infaillibilité pontifi­cale : elle n'est pas l'exaltation d'un homme au dépens des autres, elle est la suprême démission de l'homme dans la Personne de Jésus. C'est l'affirmation explicite de notre liberté entière : devant le Pape nous sommes en face de Jésus Christ et de Jésus Christ seul à travers cette médiation sacramentelle qui est transparente à la foi et nous axe et nous enracine dans l'intimité de Notre Seigneur.

C'est pourquoi, lorsqu'on parle d'une Eglise enseignante, il ne faut pas penser que l'Eglise enseigne comme une académie, comme une université. Dans l'Eglise cet immense organisme sacramentel où Jésus poursuit Son Incarnation, où Il est toujours présent - Il nous l'a promis - jusqu'à la fin des siècles, il n'y a pas une doctrine qui serait détachable de la Personne, la foi chrétienne porte sur Quelqu'un, sur la Présence de Jésus, sur la Lumière qu'il est et sur le jour que nous devenons en Lui. Si l'on veut donner aux mots toute leur rigueur, il n'y a pas d'en­seignement chrétien, il y a une présence chrétienne.

On le comprend par la comparaison avec le langage de deux personnes qui s'aiment, mettons un mari et une femme qui s'aiment dans la vérité, qui se sont vraiment échangés dans ce qu'ils ont d'unique. Lorsqu'ils disent : "Je t'aime, nous nous aimons", ces mots qui ont été répétés des millions de fois ont un sens unique pour eux ! ce ne sont pas des mots dans un dictionnaire, c'est la réalité même de leur vie qui s'échange : le mot "aimer" a pour eux le visage d'une personne.

Ainsi la foi chrétienne n'est pas une doctrine couchée dans un livre, qu'on peut apprendre comme un théorème de géométrie, elle est la Présence de Jésus Christ, Sa Lumière à laquelle on n'accède que par l'intimité avec Lui. Si on ne se place pas à ce niveau, on est en dehors de l'Eglise, de l'Eglise-Christ, de l'Eglise mystique, de l'Eglise-sacrement, enfin de l'Eglise authentique. Il n'y en a pas d'autre. C'est à ce niveau que Saint Paul a rencontré l'Eglise en la Personne de Jésus s'identifiant à la communauté chrétienne. Si nous prenons l'Eglise dans cette théologie, la seule, nous sommes immédiatement délivrés de toute limite humaine.

N'oublions jamais que l'Eglise est un sacrement et que, s'il y a une Eglise enseignante, ce n'est pas du tout parce que les laïcs sont incapables de trouver une définition qui puisse épouser une tradition couchée noir sur blanc dans un livre, c'est parce qu'il ne s'agit pas d'un enseignement au sens courant du mot mais de la transmission d'une Présence, il s'agit de communiquer une intimité, ce qui peut n'être que le fait et le résultat d'une mission.

Nous n'avons pas prise sur l'intimité d'un autre à moins que cet autre nous confie cette intimité. Précisément Notre Seigneur a confié son intimité aux apôtres pour nous la transmettre, et leur médiation porte uniquement sur cette Présence du Seigneur comme la médiation sacra­mentelle du prêtre en l'Eucharistie ou dans la Pénitence. Ce n'est pas du tout pour nous tenir sous tutelle et perpétuer notre minorité qu'il y a une Eglise enseignante, c'est parce qu'il ne s'agit justement que d'une doctrine mesurable au gabarit humain, mais de la Lumière d'une Pré­sence qui a voulu nous rassembler tous dans la Lumière de Son Amour.

Le Christ a précisément pourvu à notre liberté en choisissant cette transmission purement sacramentelle qui met le prêtre comme le fidèle en état d'absolue pauvreté. Saint François d'Assise, qui n'était pas prêtre, ne pouvait pas célébrer la messe alors qu'il était plus digne que beaucoup de prêtres de le faire, mais il n'en avait pas reçu la mission. Saint Thomas d'Aquin ou Saint Bonaventure pouvaient être beaucoup plus savants que le Pape Grégoire X qui les a appelés au Concile de Lyon mais c'était au Pape et non à eux à donner une définition. C'est une question de mission, de succession apostolique. C'est la garantie que l'Eglise toute entière est un organisme sacramentel et que la vérité qu'elle transmet et la grâce qu'elle communique ne peuvent jamais être limitées par une médiation humaine quelconque. Nous sommes sous­traits à toute ingérence humaine et personne ne peut interférer dans ce coeur à coeur avec Jésus qui nous ouvre l'intelligence de la lumière qu'il est comme l'accès à la grâce où Sa Vie devient la nôtre.

L'Eglise est donc un mystère de foi qui exige notre majorité, qui exige notre indépendance, notre liberté absolue, puisqu'il n'y a pas de liberté plus absolue que celle qui nous remet immédiatement aux mains du Christ dont l'autorité s'affirme au Lavement des pieds dans l'agenouillement de Son Amour où II ouvre à toute l'humanité, en la personne de Ses apôtres, un crédit infini. Car jamais l'homme n'a été honoré, jamais la dignité humaine n'a été affirmée à un tel degré que ce soir-là, à l'ouverture du Nouveau Testament, quand le voile va se déchirer, quand enfin l'humanité va recevoir toute sa dimension qui est à la mesure de la Croix du Seigneur.

Dans cette perspective, nous nous sentons parfaitement libres dans l'Eglise. Notre jugement - dans la foi, bien sûr, il s'agit d'un juge­ment fondé sur la foi et l'amour - notre jugement doit rester absolu­ment critique. Il ne s'agit pas de tout admirer, de tout approuver, nous demeurons libres d'apprécier les événements à la lumière de la foi. Evidemment il convient d'obéir à des mesures qu'on n'approuve pas ou qu'on approuve à moitié pour ne pas déchirer l'Eglise par des schismes. Cela n'empêche pas qu'on garde sa liberté de jugement. » (à suivre)

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