Début de la 10ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1959.

« Il parait impossible de résister à l'appel du Christ quand on entre dans les profondeurs de Sa Passion. En fait, nous lui résistons souvent par le poids des idées, des habitudes, de la fatigue, en raison de cette force fondamentale et si agissante qui s'appelle l'inconscient.

L'inconscient est une force immense, un grand réservoir d'énergies, mais ce réservoir d'énergies cosmiques, où toutes les puissances de l'univers se répercutent en nous, est aussi un obstacle en raison même de l'inertie dont il est doué. D'après l'inconscient, nous sommes, à notre naissance, constitués comme un résultat, le résultat de tout un immense devenir, le résultat de l'évolution qui a porté la vie jusqu'à nous.

Or, pour être vraiment un homme, pour répondre à notre vocation de liberté, pour justifier nos prétentions à des dignités, pour asseoir nos droits, il faudrait être - et, hélas, nous ne le sommes pas - il faudrait être non un résultat mais une source, une origine, un espace, un commencement. Notre Seigneur le savait bien. C'est pourquoi Il nous place devant la nouvelle naissance comme la condition essentielle pour entrer au Royaume de Dieu, ce Royaume que nous avons à devenir.

Il faut naître de nouveau et s'il faut naître de nouveau, c'est que notre première naissance nous pose comme un résultat, nous jette dans l'existence sans notre consentement, et toutes nos existences n'ont aucune raison d'être les nôtres tant que nous ne les avons transformées, estimées, ordonnée par une générosité allumée au foyer de l'Amour éternel, tant que le donné primitif, qui est un résultat, n'est pas devenu un don. C'est à ce moment-là que nous serons constitués dans notre humanité, que nous deviendrons vraiment des personnes où la Vie divine, personnelle, peut jaillir et s'exprimer. Il s'en faut que nous en soyons là.

Presque toutes les vies humaines sont dominées par l'inconscient, par ce poids d'inertie, par cette pesanteur cosmique, par ce fait terrifiant que nous sommes d'abord un résultat, une puissance aveugle beaucoup plus qu'une initiative créatrice. Il importe de prendre conscience, si on peut dire d'une manière paradoxale, de l'inconscient. La psychanalyse, heureusement (et c'est là une de ces découvertes essentielles), la psychanalyse nous a rendus attentifs aux soubassements de l'inconscient, à ses fuites sou­terraines, et nous a permis, d'une certaine façon, de l'apercevoir, d'agir sur lui, de l'éclairer jusqu'en ses racines.

Une pédagogie inspirée de l'Evangile, la seule pédagogie humanisante, vise à transformer ces forces aveugles en forces visibles et à faire de ces instincts tumultueux le clavier des vertus, puisque les vertus ne sont que des passions ordonnées. Mais, avant d'en arriver aux vertus, il faut voir les passions elles-mêmes dans leur tumulte primitif, il faut comprendre que, tant qu'elles ne sont pas coordonnées, elles agissent dans leur autonomie anarchique et nous précipitent dans une multitude de conflits qui sont insolubles tant que la clarté de Dieu n'est pas venue les illuminer. » (à suivre)

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