Suite 3 de la 2ème conférence donnée à Londres le 16 février 1964, suivie d'une note personnelle et de la proposition d'une prière.

L'Univers est une maison qui ne peut être construite que par l'amour, par un amour de réciprocité : la création est une histoire à deux. ...

« La création n'est pas un coup de baguette magique qui suscite du néant ce qui n'est pas, la création a son secret, son mystère, dans cette pauvreté radicale où Dieu s'exproprie de soi, où Dieu ne cesse de se donner, de se vider pour être la plénitude de l'amour. C'est dire que la création est le fruit de l'amour. (1)

Dieu, qui n'est qu'amour, Dieu, qui ne peut rien posséder, qui est l'anti-narcisse et l'anti-possession, Dieu ne nous touche que par son amour, mais l'amour ne peut rien s'il n'est pas consenti. Le oui du fiancé ne suffit pas, il faut le oui de la fiancée pour authentifier le mariage. La création ne peut pas être le fait de Dieu tout seul, la création est une histoire à deux.

Et là encore, quand une femme dit oui le jour de son mariage, c'est ce oui qui fait d'elle une épouse, qui change essentiellement sa condition, qui va construire la maison. Car qu'est-ce qui construit la maison familiale, cette maison que l'enfant désigne lorsqu'il dit : " Je vais à la maison " ? Cette maison est-elle construite avec des pierres ? Non. Cette maison tient-elle à un pays, à un terroir ? Non. Les parents peuvent déménager, il y a toujours une maison, «la» maison où l'enfant est attendu par le visage de son père et de sa mère, la maison, pour lui, c'est " quelqu'un ", la maison est vivante, la maison a un cœur, et quand les parents ont disparu, même si les murs de la maison n'ont pas bougé, il n'y a plus de maison.

C'est l'amour qui construit la maison, et, sans amour, la maison s'écroule ! quand la femme est adultère, ou le mari, il n'y a plus de maison, même si les meubles sont dans le même ordre, même si le ménage est tenu avec plus de soin que jamais, il n'y a plus de maison, parce qu'il n'y a plus d'amour.

Eh bien ! l'univers, c'est une maison qui ne peut être construite que par l'amour. Et cet amour est nécessairement un amour de réciprocité, une histoire à deux. Dieu ne peut pas construire le monde à lui tout seul, il a besoin du consentement de l'homme, ou d'une créature semblable à l'homme vivant dans d'autres planètes, mais il ne peut pas avoir créé son univers autrement que par son amour.

Et l'univers ne peut recevoir ce rayonnement de l'amour de Dieu que par son amour. S'il n'y a personne pour aimer, rien ne se fait, le monde se défait, le monde se décrée et c'est pourquoi il faut dire que le monde n'existe pas encore.

Dieu n'est pas le créateur de ce monde-ci, de ce monde de larmes et de sang, de ce monde où la mort est la condition de la vie, Dieu en est innocent. Dieu n'est pour rien dans la mort, il n'est pour rien dans la souffrance, il n'est pour rien dans le mal ! et ce cri d'innocence va retentir à travers toute l'Ecriture jusqu'au grand cri de l'agonie de Jésus : « Père, que ce calice s'éloigne de moi », jusqu'au grand cri, qui est le dernier, que Jésus pousse sur la croix : «Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Le mal est dans le monde contre Dieu et malgré Lui, parce que ce monde-ci n'est pas le monde que Dieu veut. Et, de même que nous sommes des ébauches d'humanité, que nous sommes rarement des hommes, que, la plupart du temps, nous nous laissons porter par la biologie, porter par l'univers, porter par les forces physico-chimiques qui se déploient en nous, l'univers, lui aussi, est en chantier, il est informe et saint Paul nous avertit : il est dans les douleurs de l'enfantement : « La création tout entière gémit dans les douleurs de l'enfantement parce qu'elle a été soumise par l'homme à la vanité : elle attend la révélation de la gloire du Fils de Dieu. » (à suivre)

Note (1) Personnel. Personne avant Zundel n'avait mis en relation la pauvreté de Dieu et la création. C'est en cette pauvreté de Dieu que la création a son secret, son mystère. Le don de Dieu, ici le don de la création à l'homme, nous est fait en et par le vide que Dieu opère éternellement en soi, vide en lequel se fait cette création, pur fruit de l'amour en Dieu. Elle ne pourra être reçue par l'homme, et prendre alors son sens, que dans la mesure où lui-même opèrera Un vide semblable en lui.

Prière : Dieu, notre Dieu, Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Esprit, Dieu innocent de tout mal ! Ta parfaite innocence est reconnue par le larron coupable immédiatement justifié ! Tu n'es pour rien dans le mal et la mort ! Tu les prends sur toi, Tu t'en fais la première victime ! Béni sois-Tu pour la sublimité et l'infinité de Ton amour !

Notre monde n'est pas le monde que tu veux ! Tu te fais homme pour sa restauration, impossible sans la part prise par l'homme : tout est fait par Toi et rien n'est fait sans notre part.

Sans toi nous ne pouvons rien faire, mais tu es toujours déjà là, intérieur à tout homme, lui donnant de pouvoir remplir cette tâche.

Montre-nous comment, jour après jour, nous pouvons l'accomplir en intériorité avec Toi, Père, Fils et Esprit, Dieu pur Amour !

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