Suite et fin de la 5ème conférence donnée au Cénacle de Paris en jansivier 1965 .Fin de la récollection.

Toute l'orthodoxie tient dans cette fidélité à l'amour nuptial où la connaissance est fonction du don de soi, où elle conditionne la naissance de l'homme, la naissance de l'Univers et tout aussi bien l'incarnation de Dieu.

« Voilà un couple qui vient chez moi et qui me fait part de sa détresse, détresse matérielle dont l'urgence est évidente. Ce n'est rien évidem­ment si j'ai les 150 francs dont ce couple a besoin ce soir, ce n'est rien de les lui donner ! mais ce qui importe, c'est que, dans ce don, il y ait le don de moi-même, ce qui importe essentiellement, c'est que, précisément, ce côté anecdotique de la vie, ce moment de détresse, soit immédiatement dépassé par un contact humain.

Bon ! l'argent est à tout le monde. Le mien est à vous dans la mesure où j'en ai moi-même parce que, justement, entre nous, il y a cette communication essentielle, parce qu'entre nous il y a le royaume de Dieu, parce qu'entre nous il y a cette Présence et que, si vous venez ce soir avec votre détresse, vous êtes ici avant tout avec cette faim et cette soif de dignité, de grandeur, de liberté et d'amour.

Ce que vous cherchez, ce n'est pas un mur ! Ce que vous cherchez, c'est un visage, c'est un accueil qui ne vous fasse pas sentir les limites de vos conditions matérielles que vous portez déjà toute la journée, mais qui vous montre que cela ne compte pas finalement parce qu'il y a en vous une grandeur éternelle et que la communication réelle, elle se fait par cette respiration de Dieu. Il n'y a pas besoin d'ajouter autre chose.

Y a-t-il besoin de parler de Dieu ? Peut-on en parler si on le donne ? Est-il besoin d'en parler s'il est la respiration d'une rencontre ? Quand il faut en parler en tout cas il est impossible de le faire autrement que dans ces espacements où Il transpa­raît et où Il se révèle uniquement comme l'Amour après lequel tout l'univers soupire.

Il me semble donc difficile de se dépasser si on ne se place sur le terrain de la Vérité-personne. La Vérité est Quelqu'un, et une personne ne peut être connue en tant que telle que par une personne, et une personne, en tant que telle, suppose, pour être reconnue, qu'on lui offre l'espace où elle pourra répandre sa vie.

Il n'y a pas d'autre enracinement possible que l'enracinement intérieur où l'on s'engage dans une communion d'amour. Quand nous le serons d'une manière commune et générale, quand cette conviction se sera fait jour dans l'esprit des chrétiens, et spécialement des hiérarques qui sont responsables de la présentation, dogmatique et donc libératrice, du Christ, quand on verra qu'il s'agit uniquement de cela, il n'y aura aucune diffi­culté à reconnaître la liberté.

Il est absolument indispensable, il faut qu'on en reconnaisse à tous les hommes le privilège et l'exercice dans la mesure évidemment de leur sincérité et de leur honnêteté dont d'ailleurs Dieu seul reste juge et que nous n'avons autre chose à faire, quant à nous, que d'entrer dans cette désappropriation radicale qui donnera justement à Dieu la possibilité de se révéler sans être limité par nos frontières, en apparaissant toujours aux autres comme Il est apparu à Augustin lorsque, pour la première fois, il a compris qu'il ne pourrait jamais se joindre à lui-même à moins d'entrer dans cet immense amour qui n'avait jamais cessé de l'attendre.

C'est donc un pseudo-conflit que le conflit entre Charité et Vérité puisque la Vérité est la lumière d'une Présence, c'est la lumière de l'Amour.

Bien sûr, pour nous qui n'avons que la responsabilité de notre témoignage, nous sommes infiniment à notre aise, nous savons qu'il n'y a rien d'autre à faire, en effet, que de s'effacer dans cette Présence en apportant aux autres quels qu'ils soient l'espace où leur humanité pourra se découvrir et où ils atteindront sans qu'on ait besoin de Le nommer, le Dieu Vivant, comme la respiration même de leur amour.

La Vérité n'est pas un fil de fer barbelé qui empêche le passage. La Vérité n'est pas un "c'est comme ça" brutalement affirmé et asséné, la Vérité, c'est justement cet espace de lumière qui surgit en face d'un autre qu'on ne possède plus, qu'on regarde parce qu'on l'aime, que l'on contemple en l'offrant et à travers lequel on ne cesse de communier au premier amour.

La connaissance par elle-même, précisément parce qu'elle est une nais­sance et de nous-mêmes et de l'univers, est fondée sur la liberté, liberté créatrice, liberté qui est une libération. Elle ne saurait donc - et surtout pas à son niveau suprême quand elle est la Vérité en personne - elle ne saurait jamais être une limite et souffrir d'être protégée par aucun privilège ni par aucune contrainte. Cela va de soi et nous devons espérer que ces intuitions mûriront jusqu'à la prochaine session du Concile.

En tous cas, nous sommes certains que nous n'avons pas autre chose à faire, et que toute l'orthodoxie tient dans cette fidélité à l'amour nuptial où la connaissance est fonction du don de soi, où elle conditionne la naissance de l'homme, la naissance de l'univers et tout aussi bien l'Incarnation de Dieu qui ne peut apparaître dans sa réalité que comme un Visage, comme une Présence et comme un Coeur. » (fin de la conférence)

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