Début de la 5ème conférence donnée au Cénacle de Paris en janvier 1965.

Inédite, une des plus importantes de M. Zundel.

Qu'est-ce que la vérité ? Et quand la connaissance atteint-elle à la vérité ?

« La dernière session du Concile a laissé en suspens une déclaration sur la liberté religieuse. Ce suspens suppose évidemment en dernière heure un scrupule, un scrupule de l'orthodoxie romaine en face d'une déclaration qui pourrait mettre en jeu la vérité elle-même.

Cet incident, cette remise à plus tard en dernière heure de la déclara­tion tellement attendue réveille en nous ce scrupule, je veux dire nous le rend plus sensible que jamais, ce scrupule qui a caractérisé, au fond, depuis tant et tant de siècles sinon depuis toujours l'attitude de l'Eglise romaine.

Il importe de comprendre ce scrupule, il importe de comprendre ceux qui désirent mitiger cette déclaration, la réduire à une sorte de tolérance de l'inévitable tout en proclamant les droits de la seule vérité. Il faut comprendre qu'ils obéissent à quelque chose de très profond et qui est infiniment digne de respect. Il s'agit pour eux vraiment de la vie de leur foi, il s'agit de leur obéissance à Dieu, il s'agit de leur fidélité à leurs engagements les plus essentiels.

Et l'on sent bien le conflit entre ceux qui désirent, en raison des circons­tances, en raison des milieux dans lesquels ils vivent, en raison du libéralisme dont ils bénéficient dans leur propre nation, on comprend que ces derniers soient désireux d'une formule extrêmement vaste et non restrictive, qui reconnaisse purement et simplement à chacun le droit d'exister selon ce qu'il est honnêtement et sincèrement.

Quant aux premiers, ils pensent, comme le Père Daniélou nous le rappe­lait tout à l'heure, ils pensent que nous avons à nous adapter à Dieu, fut-ce en rechignant, que nous n'avons pas à lui dicter ses volontés, mais Lui peut nous dicter les siennes et nous n'avons qu'à nous y soumettre et c'est précisément sous cet aspect d'une soumission à l'égard d'une autorité divine qui conditionne et qui cautionne la révélation, que se font jour les scrupules, disons de la Curie, et de tous ceux qui sont d'accord avec elle.

C'est une très longue histoire et nous savons très bien que toutes les ten­dances oecuméniques ont été freinées, du côté de l'Eglise romaine, par ce très profond souci de demeurer fidèle à la révélation, d'obéir jusqu'au bout à la Parole de Dieu et de ne jamais trahir la vérité.

On n'a pas toujours compris à l'extérieur la hauteur de ce souci et, à l'intérieur de l'Eglise, on ne rend pas toujours justice à la sincérité au-delà de ce scrupule qui engage toute la foi, qui engage enfin le Dieu même de ceux qui défendent avec le plus d'acharnement les positions privilégiées de l'Eglise, de l'Eglise romaine, de la révélation chrétienne parce que, justement, il y a là à leurs yeux une question de fidélité et d'obéissance.

C'est pourquoi finalement le débat a pris cette orientation : il ne faut jamais à aucun prix sacrifier la Vérité, il faut avoir le courage de l'af­firmer et, si cela blesse, si cela exclut, ce n'est pas en raison même de la lumière qui est contenue dans les affirmations de la foi, c'est en raison de ce que certaines âmes ne sont pas encore à la hauteur de cette grâce.

Mais l'Eglise ne peut pas, selon eux, faire l'économie de ces affirma­tions, elle doit les proférer inflexiblement parce que la plus haute forme de la charité, c'est de proposer aux hommes la vérité où ils doivent trou­ver leur salut et, si la charité apparemment doit souffrir, en réalité la vérité en triomphant satisfera finalement aux plus hautes exigences de la charité puisqu'on ne saurait aimer mieux les autres qu'en leur proposant intégralement la vérité.

Ce Concile, donc, finalement se noue sous ces aspects. Tous ceux qui n'y regardent pas de très près, ceux qui sont emportés par un courant de libéralisme depuis leur naissance et en raison même du milieu où ils respirent, voient quelque difficulté (dans le texte : ne voient aucune difficulté !) à admettre le statu quo (sur la liberté religieuse) comme pleinement légitime, de même que ceux qui, au contraire, se considèrent comme les mandataires de la Vérité divine considèrent que leur fidélité est le plus belle manière d'être au service de l'humanité.

Il s'agit donc de savoir si ce problème est bien posé, s'il peut y avoir un conflit entre la charité et la vérité, c'est-à-dire qu'il s'agit de nous demander finalement : "Qu'est-ce que la Vérité et de quelle vérité s'agit-il lorsque nous sommes sur le terrain de la révélation ?"

Il est plus facile d'affirmer les droits de la Vérité et l'obligation d'y souscrire et d'y être fidèle que de cerner la Vérité elle-même et de dire ce qu'elle est. Nous sommes évidemment confrontés ici avec tout le problème de la connaissance puisque c'est sur ce terrain que le problème de la Vérité se pose. Qu'est-ce que c'est "connaître", et quand la connaissance atteint-elle à la Vérité ?" (à suivre)

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