Suite 7 et fin de la 4ème conférence donnée au Cénacle de Paris en janvier 1965.

Tout le mystère de l'Eglise est là. Quelle immense révolution s'accomplit dans l'Eglise ! La fécondité incroyable et miraculeuse des dogmes.

Reprise du texte : « Si la grandeur est dans l'offrande, il va de soi qu'on ne peut plus songer à se regarder ! et c'est là la synthèse incroyable et miraculeuse d'une soif de grandeur inextinguible et d'une humilité radicale, c'est finalement la même chose puisque la grandeur a ses racines dans le don. »

Suite du texte : « Nous pouvons donc emboîter le pas à notre temps, nous pouvons vivre tous ses rêves, nous pouvons les aimanter, nous pouvons les accomplir, nous sommes appelés à être, justement, dans ce monde un ferment de grandeur, en y introduisant toute l'efficacité d'une vie désappropriée, et je n'ai pas besoin de vous dire que tout le mystère de l'Eglise est là : l'Eglise ne peut que poursuivre cette désappropriation. C'est pourquoi je ne cesse de répéter que la mission de l'Eglise s'accomplit dans la démission radicale.

Toute l'institution ecclésiale, parce qu'elle est, de part en part et totalement, sacramentelle, suppose pour s'identifier avec le Christ, comme elle le doit, comme elle ne peut manquer de le faire pour être l'Eglise, toute institution sacramentelle qui recouvre toute l'Eglise ne peut se vérifier, ne peut s'accomplir que dans la démission absolue, et des hiérarques d'abord, et de tous en Jésus Christ.

C'est cette immense démission qui constitue la sainteté de l'Eglise, qui constitue et garantit son infaillibilité, qui constitue, pour reprendre les termes du Christ même dans la vision de Damas, son identification ou son identité avec Jésus lui-même.

Il me paraît donc capital de souligner la fécondité incroyable et miraculeuse des dogmes. Le dogme est le contraire de ce que l'on imagine. Ce n'est pas du tout une frontière, mais un recueillement, une condensation de la lumière dans les perspectives mêmes de l'intimité de Jésus Christ.

Et je tiens pour fermement assuré, quant à moi, que le Nouveau Testament serait illisible pour nous, qu'il entraînerait à chaque pas des difficultés insolubles, si nous n'étions pas éclairés par les définitions de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine.

Et c'est bien naturel puisque, finalement, les documents du Nouveau Testament émanent de l'Eglise, sont écrits par elle et pour elle, inscrivent dans leur texture le développement même de la foi et, en retenant certaines expressions archaïques, nous montrent toute la difficulté qu'il y avait pour des esprits élevés dans un monothéisme à la fois unique et solitaire, à exprimer dans un langage adéquat cette richesse incroyable d'une pluralité relative (de relations) qui constitue dans la pauvreté éternelle le personnalisme divin.

Mais nous voyons mieux aussi à travers ces définitions quelle immense révolution s'accomplit dans l'Evangile. Si Jésus a pu dire que le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean le Baptiste, après avoir fait de Jean un éloge plafonnant qui paraît indépassable, c'est que Jésus est parfaitement conscient que ce qu'il apporte est tellement nouveau que le plus petit de ses disciples, je veux dire de ceux qui sont illuminés par le rayonnement de sa personne, en sait beaucoup plus sur Dieu que le plus grand des prophètes de l'Ancienne Alliance.

C'est à travers ces définitions, précisément, parce qu'elles poussent au dernier degré de la précision cette expérience d'un personnalisme divin qui est toute la vie de Jésus, car si Jésus témoigne de la Trinité c'est parce que évidemment il en vit, c'est à travers ces formules qui sont, encore une fois, des sacrements (des signes sacrés de la vérité du Dieu Trinité), que nous pouvons trouver toute notre liberté en face de Dieu.

Nous avons un Dieu pauvre, un Dieu qui n'a rien, un Dieu dont toute la vie est désappropriation oblative, qui ne peut jamais être le possesseur de quoi que ce soit, qui ne peut jamais être le maître du monde au sens épais et possessif du mot, Il ne peut être qu'un don, Il ne peut être qu'un amour, il ne peut être qu'un foyer et un ferment de libération, Il ne peut que nous appeler à devenir ce qu'il est, il est en nous une exigence suprême de grandeur, un don, Il est en nous le fondement de la plus créatrice humilité.

C'est dans cette synthèse admirable, dans cette réconciliation qui paraissait impossible, dans cette grandeur dépourvue de toute exaltation en Dieu, que nous trouvons nous-même le sens de notre vie : atteindre à la suprême grandeur, oui, vouloir donner à chacune de nos actions une portée infinie, voir en chaque être humain tout le ciel et toute la divinité et, en même temps, se perdre de vue, car c'est la même chose d'être grand et de se donner.

Je crois que si l'on présentait la vie de Jésus sous cet aspect, je veux dire que, si l'on reconstituait les témoignages du Nouveau Testament dans cette lumière, on verrait en effet que l'Eglise et Jésus sont une seule et même réalité : "Je suis Jésus que tu persécutes !", qu'il n'y a pas entre le Christ et nous l'écran d'une église qui nous limiterait mais le sacrement d'une pauvreté qui enracine notre vie dans la pauvreté de l'humanité du Christ et, par elle, dans l'éternelle pauvreté qui est Dieu même. » (fin de la conférence)

Prière. « Dieu pauvre, Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Esprit, Dieu qui n'a rien : toute Ta vie est désapproppriation oblative !

Tu ne peux rien posséder, Tu ne peux être qu'un don et un Amour, un foyer et un ferment de libération, Tu peux seulement nous appeler à devenir ce que Tu es, dans une exigence suprême de grandeur et de don !

Sois en nous le fondement d'une humilité créatrice ! Enracine notre vie dans l'Humanité du Christ infiniment pauvre, sacrement de cette infinie pauvreté qui est toi-même, notre Dieu, l'Unique qui vit et règne pour les siècles des siècles. »

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