Ceci nous passionne au suprême degré.

Suite 6 de la 4ème conférence donnée au Cénacle de Paris en janvier 1965. Ce prélude à la vie mystique qu'est la désappropriation. ...

Reprise du texte : « C'est parce qu'il n'y a pas dans cette humanité de Jésus-Christ la moindre ombre, la moindre frontière, le moindre refus, c'est parce qu'elle est absolument transparente, c'est parce qu'elle est toute entière emportée par cette relation qui est la sienne, mais qui est le Verbe de Dieu, qu'elle devient l'humanité de Jésus sans cesser d'être une humanité et une créature.

Elle devient le sacrement diaphane, le sacrement parfait, le sacrement incomparable de cette présence divine qui, à travers elle, peut se révéler en personne comme une personne parce que, justement, en Jésus, du point de vue de l'humanité, "Il est un autre", comme dans la Trinité par excellence, "Je est un autre".

Suite du texte : « Nous nous trouvons ici face à un mystère de désappropriation, à un mystère de pauvreté radicale, à un mystère que nous pouvons, d'une certaine manière, vérifier en nous-même dans ce prélude à la vie mystique qu'est précisément la désappropriation qui nous met soudain en face de l'Autre, comme en celui qui seul nous introduit à nous même.

Il s'agit donc, lorsqu'on parle du Fils de Dieu, de la divinité de Jésus Christ, qui voit purement et simplement l'éternelle divinité, il n'y en a pas d'autre, l'éternelle divinité qui est toujours déjà là, car le Ciel où elle habite, c'est elle-même et ce ciel peut être en nous, puisque « le Ciel, comme dit Saint Grégoire, c'est l'âme du Juste. »

Il s'agit de l'éternelle divinité qui existe précisément en forme d'éternelle pauvreté dans la pluralité relative (relationnelle) de ce personnalisme divin qui est le fondement de son dépouillement et qui est le grand secret de son éternel amour.

C'est de cette divinité-là qui est en nous aussi bien qu'en Jésus Christ qu'il est question. S'il y a une nouveauté, elle est toute entière du côté de l'humanité, et cette nouveauté qui est la grâce des grâces bien sûr, c'est la désappropriation radicale d'une nature qui ne pouvant rien rapporter à soi parce que son soi est en un Autre, devient le truchement parfait, le sacrement diaphane de la communication personnelle de Dieu.

Je pense que, sous cette forme, sous cet aspect où il s'agit uniquement de relation et de relation désappropriante, il n'y a aucune difficulté sur le terrain de la vie de l'esprit (1), surtout si l'on observe que c'est de cette manière que le mystère de Jésus a été vécu, qu'il s'est illuminé de la foi de l'Eglise, qu'il est devenu dans les âmes authentiquement mystiques le ferment même de leur désappropriation.

Et c'est là ce qui nous intéresse et nous passionne au suprême degré parce que, dans cette ligne de désappropriation qui règne dans la Trinité, qui se répercute dans l'Incarnation, nous avons la plus parfaite adduction (« manéduction » dans le texte), la plus parfaite ouverture sur notre propre personnalité.

Il n'est pas du tout sûr que nous fussions jamais parvenus à étreindre notre propre personnalité, à la situer, à l'accomplir, si nous n'étions pas guidés par cette fermentation que le Christ est en nous.

Quand on voit l'entreprise nietzchéenne, quand on voit la torture de cet homme, la sincérité brûlante, la solitude insoutenable pour parvenir jusqu'à soi, quand on voit la démence et la démesure hitlérienne ou stalinienne, on se rend compte à quel point l'homme qui aspire à la grandeur peut s'égarer, on se rend compte à quel point l'Evangile apporte ici, l'Evangile vivant, l'Evangile vécu, l'Evangile éclairé dans la vie même de l'Eglise, on se rend compte que tout ce mystère de désappropriation est la seule issue à notre appétit de grandeur, si d'ailleurs nous ne devons pas aboutir à la paranoïa, à cette folie des grandeurs, qui se termine si souvent en folie tout court.

C'est là justement que se place la jointure, que se situe la possibilité d'une réconciliation : être grand, être infini, donner à sa vie un rayonnement illimité et en même temps ne pas se surfaire, ne pas aboutir à une inflation du moi ! mais, précisément, et c'est là tout l'Evangile : la grandeur est de se donner, la grandeur est dans la démission, la grandeur est dans une désappropriation oblative. La divinité n'est pas autre chose que cette éternelle démission, cette offrande d'amour.

Donc la suprême grandeur est la suprême démission, c'est là ce qui fait qu'en Jésus Christ l'humilité jaillit de source ! Jésus est toujours scandalisé de la course aux premières places où excellent ses apôtres parce que chez lui il n'y a pas de problème, il n'y a pas de tentation, il sait que la grandeur est dans le don de soi, et il l'enseignera à ses apôtres au lavement des pieds. Voilà la grandeur : Le plus grand, c'est celui qui se donne le plus généreusement.

On sent qu'il y a quelque chose d'incomparablement fécond dans ce siècle où nous vivons, dans ce siècle qui a tant de grandeur, qui a tant de puissance, où la recherche n'a pas de limites, où ses audaces sont admirables. Rien n'est plus fécond pour nous que de pouvoir entrer à plein dans ce courant de grandeur, dans ce refus d'être des mineurs sous tutelle, sans y perdre l'équilibre de l'humilité qui n'est pas autre chose que la lumière de l'oblation.

Si la grandeur est dans l'offrande, il va de soi qu'on ne peut plus songer à se regarder ! et c'est là la synthèse incroyable et miraculeuse d'une soif de grandeur inextinguible et d'une humilité radicale, c'est finalement la même chose puisque la grandeur a ses racines dans le don. » (à suivre)

(1) Commentaire du Père Paul Debains: « Je pense que, sous cette forme, sous cet aspect où il s'agit uniquement de relation et de relation désappropriante, il n'y a aucune difficulté sur le terrain de la vie de l'esprit. » Et il est capital, si l'on veut que l'intelligentia contemporaine s'intéresse de nouveau et profondément à la foi et à la vie chrétienne, que sa présentation ne présente aucune difficulté sur le plan de l'esprit. Il se peut en fait, dans une certaine formulation, qu'elle en présente beaucoup, ce qui peut introduire un doute dans l'esprit et l'nteligence des personnes les plus ntelligentes. C'est le génie de Zundel que ses développements tendent le plus souvent à faire s'évanouir toutes les difficultés que peut présenter le christianisme sur le plan de l'esprit aux personnes de haut niveau d'intelligence.

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