Suite 3 de la 4ème conférence donnée au Cénacle de Paris en janvier 1965.

Un événement capital : les prodigieuses définitions (1) de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine.

Reprise du texte : « Ici, me semble-t-il, (devant la retombée presqu'inévitable dans le subordinationisme) il faut nécessairement introduire la vie ecclésiale. On ne saurait d'ailleurs s'en étonner puisque tous les documents du Nouveau Testament émanent de l'Eglise. »

Suite du texte : « L'Eglise a vécu avant ces documents, elle s'exprime à travers eux, elle vit sa vie et en témoigne à travers ces écrits du Nouveau Testament eux-mêmes, qui reflètent l'état de la foi au moment où ils paraissent. Et, quand ils sont achevés, l'Eglise continue sa vie et les déborde, elle continue à découvrir ces objets, à les vivre pour aboutir finalement, au bout de trois ou quatre siècles, à ces définitions (des conciles de Nicée, Chalcédoine et constantinople) que je considère comme miraculeuses (1) parce qu'on ne voit pas comment elles auraient pu émaner des textes dont nous disposons.

Il y a eu, évidemment, toute une expérience chrétienne, toute une expérience ecclésiale où la personne de Jésus, où Sa présence s'est affirmée dans la lumière de l'Esprit Saint, où tous ces textes ont pu s'ordonner, où les perspectives se sont harmonisées et où ont éclaté ces prodigieuses (1) définitions de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine.

C'est pourquoi je serais tenté, c'est mieux qu'une tentation, c'est le schéma d'une fonction absolue, de dire qu'il ne faut pas commencer par des travaux d'historiens, il faut commencer par les définitions dogmatiques.

Ce sont ces définitions dogmatiques, entendues naturellement comme des sacrements, qui nourrissent la vie mystique, ce sont ces défini­tions dogmatiques qui témoignent de l'expérience chrétienne : voilà ce qu'est Jésus pour l'expérience chrétienne, voilà ce qu'Il est devenu dans la foi de l'Eglise, illuminée par l'Esprit Saint, et il est certain que, si vous prenez le "consubstantiel" de Nicée, l' "homoousios", vous vous trouvez devant un événement absolument capital ! car enfin, il s'agissait de quoi ? De rien moins que d'accorder un monothéisme de principe, qui est le joyau de l'Ancien Testament, avec cette sorte de pluralisme en Dieu que constitue l'apparition du Fils de Dieu, apparition au sein de l'histoire, avec la révélation du Fils de Dieu à l'humanité, sans compter le Saint Esprit ! Comment n'y a-t-il pas viol et reniement du monothéisme dans l'attribution de la divinité à Jésus et à l'Esprit Saint ?

(Ce que l'Esprit-Saint a pu dépasser, cette objection qui, les savants le savent, eux, attribue à Dieu une génération et, quel que soit le déguisement auquel on recourt, est tout simplement du polythéisme ?)

Dieu est unique, unique, unique, et cette unité est absolument infrangible et y introduire un pluralisme quelconque, c'est Le détruire et c'est donc multiplier les dieux.

Comment le "consubstantiel" a-t-il pu naître des données du Nouveau Testament? Il y avait donc bien plus que ces données, il y avait la vie ecclésiale, il y avait cette expérience mystique illuminée par l'Esprit Saint, qui a tous ordres à donner et qui nous introduit dans ce secret prodigieux le "consubstantiel" c'est-à-dire, dans les trois personnes divines, la même essence, la même nature, la même activité, qui est absolument identique et sans aucune différence, est commune au Père, au Fils et à l'Esprit Saint.

Alors, comment peut-il y avoir, dans cette identité rigoureuse, absolue, co-éternelle et co-égale, comment peut-il y avoir la moindre différence ? C'est ici justement qu'éclate ce génie de la foi : la différence sera uniquement dans un ordre relatif. » (relatif ici signifie « de relations », « relationnel ») (à suivre)

Note (1). Les définitions de ces conciles étaient complètement inattendues étant donné le subordinationisme ambiant dans l' Eglise primitive. Cela tient du prodige de l'Esprit-Saint qu'elles aient été prononcées.

Note personnelle, difficile : il est capital de rappeler ici qu'aucun verset de l'Ecriture ne peut être tout à fait correctement compris sans une connaissance approfondie de son contexte, et même de toute l'Ecriture, dont, seule, l'Eglise a une connaissance tout à fait juste. L'Ecriture s'explique par l'Ecriture et par l'Eglise.

Il est tout aussi capital de bien se dire qu'il peut y avoir des «choses» énoncées, même dites par Jésus, (ce ne sont jamais des ipsissima) qui ne sont pas vraies, comme lorsque Jésus dit « le Père est plus grand que moi ». Cette affirmation, fausse, doit être mise sur le compte du subordinationisme des apôtres. L'Eglise, seule, peut se prononcer sur ces « choses », ce qu'elle fera ici lors des conciles de Nicée, Ephèse et Constantinople rejetant clairement tout subordinationisme. Toute une théologie de l'Eglise pourrait être ici développée qui ne l'est pas encore clairement aujourd'hui. L'ensemble des fidèles croit encore aujourd'hui que toute parole de l'Evangile est nécessairement véridique, et donc que ce verset entraîne une réelle infériorité du Fils par rapport au Père.

L'importance de cette conférence est capitale. Il serait urgent qu'elle soit inscrite dans les futurs catéchismes. Certaines subtilités sont maintenant nécessaires si l'on veut que l'intelligentia de l'Occident, fasse sienne, de nouveau, le christianisme, dont la crédibilité a été entamée depuis Nietzsche et les philosophes athées du 19ème siècle.

On peut dire aussi que le credo le plus habituel aujourd'hui dans l'Eglise peut sembler contenir au moins un soupçon de subordinationisme quand il semble, dans son affirmation première, faire de la toute-puissance divine un apanage du Père.

Le Credo futur devra un jour commencer ainsi (les Apôtres ne pouvaient pas encore l'exprimer ainsi) : je crois en Dieu, Père, Fils, Esprit, je crois que Dieu est Père, je crois que Dieu est Fils, je crois que Dieu est Esprit, je crois en l'égalité parfaite des 3 personnes divines. ...

Le symbole des Apôtres, tel que nous le confessons, peut laisser sous-entendre le subordinationisme quand il commence par : je crois en Dieu le Père Tout-puissant, comme si la toute-puissance divine était l'apanage du Père !

Même le credo plus développé, que l'on récite ou chante moins souvent, peut être susceptible d'un nécessaire développement. Il confesse que Jésus est Dieu, Fils de Dieu : « Il est Dieu, né de Dieu ... » On préfèrera dire un jour : Dieu est Lui, suivant la préférence marquée par Zundel. Dieu ne peut jamais être un attribut. La divinité de Jésus-Christ est bien plus qu'un simple attribut.

L'intelligentia de l'Occident chrétien est de moins en moins chrétienne. Les philosophes qui font référence aujourd'hui ont pris facilement leur distance vis-à-vis de la foi telle qu'elle a pu leur être présentée, et des développements de ce genre, il y en a d'autres, seront de plus en plus nécessaires pour qu'elle puisse de nouveau recevoir la foi chrétienne aujourd'hui comme le faisait Pascal en son temps.

Si l'Eglise primitive a pu, en son temps, évoluer, d'une manière totalement inattendue, d'un subordinationisme latent jusqu'aux définitions des grands conciles, on ne voit pas pourquoi elle ne pourrait pas être susceptible aujourd'hui encore d'une évolution la poussant à reprendre, ou au moins à préciser le sens de certaines expressions même les plus solidement établies ?

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