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10/12/2017 décembre 2017

déjà publié le 23/04/2009

Homélie donnée à Ouchy-Lausanne en décembre 1965 par Maurice Zundel, pour le 3ème dimanche de l’Avent. Edité dans "Ta Parole comme une source" (*). Les titres sont ajoutés.

Avec la voix de Maurice Zundel qui nous permet d'entrer plus profondément dans le texte. Pour l'écoute, affichez immédiatement le texte complet en cliquant sur "lire la suite". La lecture biblique n’est pas enregistré.

« Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Jésus leur répondit : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chuter !"

Tandis que les envoyés se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules : "Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits délicats? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois ! Alors qu'êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, c'est celui dont il est écrit : "Voici que j'envoie mon messager devant toi pour te frayer la route. En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui." » (Matt. 11:2-11)

Dans la liturgie il y a une espèce de miracle de la présence divine qui transfigure l'homme

La communion

Un des moments les plus beaux, les plus extraordinaires de la liturgie de la messe que nous célébrons ensemble, c'est le moment de la communion.

Il est impossible, quand une foule communie, de n'être pas frappé, si l'on a le privilège d'être le prêtre qui donne la communion, impossible de n'être pas frappé par la beauté du visage humain. Jamais le visage humain n'atteint à une telle grandeur, à une telle beauté, à une telle puissance d'intériorité que au moment où il est tendu vers cette Présence mystérieuse du Seigneur qui vient dans une communion qui est d'abord la communion de tous les hommes entre eux, lesquels justement deviennent fraternels, comme intérieurs les uns aux autres dans une rencontre avec le Christ.

Pour nous, si nous avions à répondre à l'interrogation de Jean le Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? », c'est à ce moment de la communion que nous nous référerions pour affirmer le miracle le plus tangible de Jésus Christ. Dans tout le rite chrétien, il n'y a pas de geste plus impressionnant, plus édifiant au sens fort, plus constructif, plus créateur, plus révélateur que tous ces visages dont chacun à sa manière révèle son secret dans cette tension à la fois paisible et ardente vers le Seigneur que toute âme appelle.

la signification du christianisme

Il y a dans la liturgie une espèce de miracle de la présence divine qui transfigure l'homme et qui fait de la chair… le reposoir merveilleux de la présence unique… Ce miracle, il réalise presque dans sa pureté absolue toute la signification du christianisme qui est la religion de l’incarnation.

Si on avait inventé la liturgie ? Mais c'est impossible, on n'invente pas la vie, on n'invente pas l'authenticité de la vie ! Il y a là une réalité qui s'accomplit et qui est incontestable, il y a là une espèce de miracle de la présence divine qui transfigure l'homme et qui fait de la chair, cette chair si galvaudée, si méprisée, si piétinée, si désolante, si on n'y voit pas [? mot incompris] le reposoir merveilleux de la présence unique. Et ce miracle tangible, quotidien, ou tout au moins dominical, ce miracle dévisage nos frères [?], dans toutes leurs puretés, dans toutes leurs intériorités à la divinité. Ce miracle, il réalise presque dans sa pureté absolue toute la signification du christianisme qui est la religion de l'Incarnation où tout ensemble l'homme se révèle à travers un visage humain, et où l'homme atteint a lui-même à travers une présence divine.

Si ce moment de la communion pouvait se prolonger, nous atteindrions vraiment à la plénitude du Nouveau Testament opposé justement à l'Ancien comme ce qui est parfait à ce qui est imparfait. Car, bien sûr, dans l'Évangile que nous venons d'entendre, Jean Baptiste : « Le plus grand des fils de la femme est plus petit, comme dira le Seigneur dans la phrase suivante, plus petit que le plus petit des disciples de l'Alliance Nouvelle, plus petit non pas en sainteté, non pas en don de soi, puisque Jean Baptiste est un des plus grands martyrs, mais plus petit dans la conception qu'il se fait de Dieu, plus petit dans la lumière d’une Révélation qui n'est pas encore plénière, qui n'éclatera que lorsque le voile sera déchiré et que, par la Croix de Notre Seigneur, s'ouvrira un avenir humain incomparable où tout ensemble l'homme atteindra, atteindra au niveau du sacré et où Dieu vivra la vie quotidienne de l'homme.

Si nous pouvions donc perpétuer ce moment de la communion, si nous pouvions garder ce recueillement où nous atteignons à notre plus profonde authenticité, si notre visage pouvait continuer à fleurir de la grâce divine, si nous pouvions continuer à révéler à travers nous, sans même le savoir, la présence infinie, toute la vie de la famille, toute la vie de l'atelier, du bureau, toute la vie de la Cité serait transfigurée, car que veut le Christ ? Que vient-Il nous apporter sinon justement l'unité du temps et de l'éternel, l'unité du visible et de l'invisible, l'unité de ce qui semble fini et de ce qui est infini, car tout est infini finalement dans l'amour, tout est illimité là où la présence divine scelle dans la grâce de l'éternel Amour, tous les efforts de l'homme.

[Repère enregistrement audio : 6’ 11’’]

Dans la liturgie et par cette communion humaine, nous entrons en la communion avec Dieu

Le visage expression de la vocation humaine

L'homme est sacré. On ne le sent jamais mieux que dans la communion. Combien de fois dans un l'hôpital, quand un être est aux abois, quand son organisme semble se défaire, combien de fois ne voyons-nous pas un visage, qui tout d'un coup, parce qu'il est visité par Dieu, exprimer dans sa transfiguration l'éternité même de la vocation humaine.

Par la communion humaine qui nous rassemble tous dans la liturgie dominicale, par cette communion humaine, nous entrons en plénitude en la communion avec Dieu et le sacré envahit toute la vie. Il n'y a plus besoin, si l'on est fidèle à l'esprit de l'Eucharistie, il n'y a plus besoin de distinguer entre le sacré et le profane. La plus belle des cathédrales, la plus sainte, la plus inviolable, la plus chère au regard de Dieu, c'est nous-mêmes Toutes les cathédrales de pierre, tous les autels, tous les calices, tous les ciboires, tout cela n'est rien auprès d'un visage humain qui reçoit la lumière de Dieu et qui la communique.

Il s'agit donc pour nous d'approfondir ce regard que suscite en nous la sainte liturgie, d'approfondir ce regard et d'envisager les autres, de nouer des relations avec eux quels qu'ils soient comme avec des communiants, comme à des êtres qui portent Dieu, ou qui sont capables tout au moins de Le porter, d'en vivre, d'en rayonner, de ne pas exister, d'être chacun son tour un vivant sacrement, une vivante basilique, une vivante cathédrale, un vivant Évangile.

Le sacré en Jésus, c'est l'homme

Le sacré dans le Christ, ce n'est pas quelque chose qui existe sous les verrous, qui est placé derrière des grilles, sous des voiles impénétrables. Le sacré en Jésus, c'est l'homme, c'est l'homme lui-même, ce sont nos mains, c'est le travail de nos mains, ce sont nos yeux et la lumière qui les emplit, ce sont nos cœurs et cette merveilleuse capacité d'aimer, c'est tout cela qui constitue le sacré, qui perpétue l'Incarnation et qui ne cesse de rendre présent le Christ parmi nous.

Nous allons donc nous offrir au cours de cette liturgie où nous nous préparons à la communion eucharistique, nous voulons nous offrir tous et chacun à Notre Seigneur pour que, il nous investisse de Sa Présence, qu'il nous transforme en Sa Lumière, qu'il fasse de nous un vivant Évangile, une vivante hostie et que notre communion soit comme le type même de notre action quotidienne, que notre communion nous ouvre la voie à cette recherche prodigieuse et magnifique où chacun de nous peut devenir pour chacun de nous la révélation concrète, vivante, incontestable, merveilleusement sacrée de la Présence Divine.

C’est le Seigneur qui vient

O oui, si nous pouvions continuer ce dialogue et si chacun dans les familles pouvait regarder les autres, chacun au travail, au bureau, à la Cité, chacun dans la Cité ou dans la rue, chacun dans l'autobus ou dans le train, si chacun en regardant l'autre pouvait se dire : « Mais c'est le Seigneur qui vient, c'est le Seigneur qui continue son Incarnation. C'est le Seigneur qui va tout à l'heure me demander ce dont Il a besoin, qui va me dire qu'il a faim et qu'il a soif, c'est le Seigneur, c’est le Seigneur qui va me demander de Lui ouvrir la porte, c'est le Seigneur qui va me demander, comme Jésus le faisait à la Samaritaine ou comme II le faisait encore sur la Croix, qui va me demander à boire. De toutes manières, c'est le Seigneur que je vais rencontrer et je suis sûr de Le rencontrer si j'apporte aux autres la même lumière que je puise dans la communion eucharistique, si je regarde les autres qui ont la même foi, je verrai incontestablement un jour se produire ce miracle : Jésus qui revient, Jésus qui est présent, Jésus qui resplendit dans l'humilité, dans l’ardeur, dans la paix, dans la beauté admirable de ce visage humain tendu vers Lui. »

TRCUS (*) Livre « Ta parole comme une source, 85 sermons inédits »

 Publié par Anne Sigier, Sillery, août 2001, 442 pages

 ISBN : 2-89129-082-8

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