Dimanche de la résurrection, 12 avril 2009.

L'original du tableau « sité » hier pour ce jour de Pâques est un vitrail créé par Gabriel Loire (20ème siècle), à Lèves, en Eure-et-Loir. « Une scène pleine d'urgence et d'action ».

Pour moi ce tableau peut représenter aussi bien l'après de la première pèche miraculeuse (Matthieu, 5, 17-25) que celui de la seconde (Jean 21, 1-23) sur le bord de ce même lac de Tibériade, avec les apôtres, ici Pierre et André, quittant tout après avoir vu et entendu le Seigneur les appelant à devenir pêcheurs d'hommes.

On remarquera en haut à droite une embarcation filant, voiles gonflées, vers le même Seigneur ressuscité. On y distingue quelques silhouettes tendues vers Lui. On peut y voir l'humanité entière, emportée en Eglise par les flots et le souffle de l'Esprit, voguant vers le Ressuscité reconnu comme l'unique Sauveur.

0 VIE !

DANS TES YEUX J'AI PLONGE MON REGARD

ET DANS UN ABÎME IL M'A SEMBLE PÉNÉTRER !

C'EST ALORS QUE DIEU EST LA !

« Dans l'émerveillement, quand nous accédons à nous-mêmes en passant du dehors au dedans et en retrouvant l'attente éternelle de Dieu, nous sentons bien que nous sommes en pleine vie, là justement où Jésus veut nous conduire : "Je suis venu pour qu'ils aient la vie et que la vie en eux soit débordante !"

" 0 vie ! disait Nietzsche, dans tes yeux j'ai plongé mon regard et dans un abîme il m'a semblé pénétrer !"

Pénétrer dans un abîme, c'est là où Jésus veut nous conduire, il ne s'agit donc pas que notre vie se ratatine et se rabougrisse, il faut qu'elle prenne toutes ses dimensions, et le vrai chrétien n'est pas celui qui s'aplatit dans le sentiment d'une perpétuelle mendicité mais celui qui, ne se regardant plus parce qu'il se perd dans l'éternelle Beauté, ne pense plus qu'à chanter la terre, à chanter le soleil, et la lumière, et les étoiles, et les couleurs, et les fleurs, comme saint François !

Parce que le monde est devenu infini et nous apparaît maintenant comme le don d'une tendresse incomparable qui s'échange avec nous-mêmes ! Parce que désormais on n'est plus en dehors de la maison : on a trouvé enfin son foyer et, dans ce foyer, le Coeur qui bat dans le nôtre, le Coeur qui est le Dieu vivant, le Coeur du premier Amour, et qui est aussi l'origine, la source, la caution et le phare de notre grandeur et de notre liberté.

"Tu étais dedans, et moi j'étais dehors, Tu étais toujours avec moi mais c'est moi qui n'étais pas avec Toi ! "

Nous voulons garder comme des pôles de lumière ces mots si simples d'Augustin. Et nous garderons ce critère de la Présence divine, le seul critère : quand on est libre, quand on ne se regarde plus, quand on ne tourne plus autour de soi, quand on ne veut plus contraindre ni soi ni personne, quand on est devenu un espace où la vie respire en soi et autour de soi, c'est alors que Dieu est réellement présent.

Quand le monde est plus beau, c'est alors que Dieu est là, Il est en train de passer et toute chose retourne alors à son origine et se met à chanter. »

Maurice Zundel, Le Caire, 28 mars 1961.

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