Suite 4 de la 1ère conférence donnée à Genève en janvier 1971.

La connaissance de Dieu est fonction de notre transformation.

« Il y a une autre conséquence qui touche, justement, à la Révélation, et nous l'avons déjà pressenti dans ce que nous venons de dire, c'est que la connaissance est fonction de la naissance : on connaît autant que l'on naît de nouveau, car si on connaît uni­quement pour son confort, si on connaît uniquement pour sa gloriole, on ne connaît pas, on fait de la connaissance un objet que l'on pos­sède et qui n'apporte aucune espèce de lumière et de libération. La vraie connaissance est celle qui est une naissance. Et la connaissance de Dieu, plus que tout autre, exige notre transformation.

Si la révélation antique de l'Ancien testament est si souvent imparfaite, cela tient, bien entendu, aux balbutiements dont Dieu doit user pour parler à l'homme, car il s'agit d'un dia­logue, et un dialogue est fondé sur la réciprocité, et un dialogue n'est un vrai dialogue que si l'un, il s'agit de celui qui est adulte, s'adapte aux balbutiements de l'autre : Dieu balbutie cons­tamment dans la Bible, parce qu'Il a affaire à un être infantile qu'il faut promouvoir à l'âge adulte, et dont il faut respecter la progression.

La connaissance parfaite ne sera atteinte que dans la mesure où l'homme lui-même sera parfait, et comme il n'y a qu'une humanité absolument parfaite, qui est l'humanité de Jésus-Christ, c'est dans cette humanité seule qu'éclatera d'une manière insurpassable, la connaissance de Dieu, par une naissance, justement de cette humanité à la subsistance divine puisqu'elle sera emportée vers Dieu par l'élan éternel qui constitue la personnalité même du Verbe éternel.

Il est extrêmement important de nous rendre compte que notre connaissance de Dieu est fonction de nos progrès, est fonc­tion de notre transformation, autrement dit, est fonction de notre libération. Car nous pourrons nous débattre dans des difficultés extrêmes à l'égard de la foi, nous pourrons nous heurter à un dogme pris du dehors, nous pourrons hésiter sur toutes les affirmations traditionnelles, y compris l'existence de Dieu, si nous cessons d'être en progrès de libération.

Il est évident que, dès que nous retombons dans notre esclavage premier, dès que nous sommes réduits à notre moi charnel et possessif, nous sommes absolument en dehors de l'univers spiri­tuel et le mot Dieu se vide de toute signification. On connaît Dieu dans la mesure où l'on naît à soi-même. On connaît Dieu dans la me­sure où on se libère.

Et c'est pourquoi le remède aux hésitations, à ce qu'on appelle les doutes sur la foi, ce n'est pas tellement de chercher dans les livres des solutions qui viendront du dehors, mais c'est de nous remettre nous-mêmes en question, de nous remettre radica­lement en question, de retrouver le jaillissement de notre liberté dans cette rencontre avec le Visage imprimé dans nos coeurs, au plus profond du silence dans lequel nous nous enracinons en Dieu.

La Révélation est fonction de la libération de l'homme. Dieu ne peut transparaître en l'homme que si l'homme existe authentiquement, dans la mesure où il existe authentiquement.

Il y a une autre conséquence qui est extrêmement impor­tante aussi, c'est que le geste créateur n'apparaît plus comme un geste magique. Si Dieu est infiniment libéré de Lui-même, s'il est l'avenir de la liberté originelle, de la liberté éternelle, si à cause de cela Il est esprit, si à cause de cela Il fonde notre in­violabilité, car c'est Sa Présence en nous qui nous rend inviolable et nous confère tous nos droits, si Dieu est tout cela, s'il est esprit, s'il est en nous une source qui jaillit en vie éternelle, le geste créateur ne peut avoir qu'une seule intention, c'est la liberté, c'est l'esprit.

Ce Dieu intérieur, ce Dieu libre, ne peut créer qu'un monde libre, un univers spirituel, Il le pose en face de Lui, comme une divinité, comme une puissance créatrice, qui devra lui seul, de sa propre autonomie, prononcer ce oui qui achèvera sa création.

C'est-à-dire que ce Dieu qui est libre de Lui-même, ne pouvant créer qu'un monde finalement intérieur, un monde autonome, un monde inviolable, s'expose à un échec, puisqu'il ne peut pas contraindre cette liberté inviolable. Il s'expose à un échec, Il est engagé Lui-même dans cette création, Il est engagé jusqu'à la mort de la Croix. C'est la mort de la Croix qui va révéler, sur le plan de l'Histoire, le sens même de l'intervention créatrice du Dieu-Tri­nité. La création pourra être un échec qui ne pourra être contreba­lancé que par la mort de Dieu, cette mort d'Amour, celle que subit quiconque aime tant qu'il n'est pas aimé. Quand son amour est refusé, quand son amour est méprisé et piétiné, s'il veut persévérer dans son amour, il faut qu'il ait accepté d'en mourir.

Dieu apparaît ainsi, non pas comme Celui qui s'impose à l'Univers, mais comme Celui qui s'offre à l'Univers et que l'Univers est libre d'accepter ou de refuser. Il y aura donc dans l'Univers des échecs, des ratés, il y aura des blessures, des agonies, il y aura la mort, mais tous et chacun de ces échecs seront vécus par Dieu comme Ses échecs et comme Sa mort. » (à suivre)

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