Suite 3 de la 1ère conférence donnée par M. Zundel au Cénacle de Genève en janvier 1971.

« La révélation évangélique est axée sur la révélation de la Trinité. Rien n'est plus central dans l'Evangile que le témoignage rendu par Jésus à la Trinité, en particulier sous la forme de la vie du Père et du Fils. Le Saint-Esprit est un peu estompé parce qu'il se révélera surtout dans l'avenir, dans la naissance de l'Eglise, mais Il est cependant indiqué, et la divinité apparaît à travers Jésus immédiatement comme une communion d'Amour.

C'est là un changement infini par rapport à ce que l'hu­manité avait pu penser jusque là, car le monothéisme représentait en un sens un immense progrès, mais le monothéisme courait le dan­ger de nous donner de Dieu une vision purement narcissique : si Dieu est unique, plus Il est solitaire, plus Il est réduit à Lui-même, plus Sa vie semble enfermée dans la contemplation de Lui-même qui nous paraît le dernier mot de la stérilité.

Et voilà que la révélation trinitaire nous ouvre cet horizon infini en nous présentant Dieu comme une éternelle com­munion d'Amour, Dieu ne prenant conscience de Lui-même que par une prise de conscience altruiste tournée vers l'autre.

Et ceci nous atteint en plein coeur, car justement notre prise de conscience de nous-mêmes, est essentiellement égocentrique. Quand nous pensons à nous-mêmes, c'est toujours à l'intérieur de ce moi préfabriqué qui est notre véritable prison ! Nous n'avons une prise de conscience libératrice que là où nous cessons de nous re­garder, précisément, et que nous sommes déliés tout entiers par cet­te Présence qui nous ouvre la porte de nous-mêmes, et qui nous fait passer du dehors au dedans, mais ces moments sont aussi rares que précieux. Cepen­dant c'est à travers eux que nous prenons conscience de notre vé­ritable liberté et que nous comprenons ce sentiment d'inviolabilité qui est le premier jaillissement de notre humanité. Alors, rien ne peut nous éclairer plus profondément, que la révélation en Dieu d'une prise de conscience purement altruiste, où se connaître, c'est ici être éternellement tourné vers l'autre. C'est-à-dire ne se connaître que dans l'autre et pour lui, mais ces moments sont aussi rares que précieux.

Ce qui nous amène à cette découverte essentielle, c'est que Dieu est libre de Lui-même ! rien ne nous importe davantage, rien n'atteint plus profondément les soubassements même de notre humanité, car, si nous sommes humains dans la mesure où nous sommes libres de nous-mêmes, rien ne nous touche davantage que de voir que Dieu est Dieu précisément parce qu'il est infiniment, éternellement, totalement libre de Lui-même.

Dieu n'adhère pas à soi, Dieu ne se repaît pas de Lui-même, Dieu est une extase éternelle de Lumière et d'Amour, et c'est parce qu'il est radicalement libre de Soi qu'il peut être en nous notre libération, comme nous l'avons éprouvé dans la rencontre intérieure qui nous achemine vers notre libération. Et c'est pourquoi Il peut être en nous justement le ferment de notre liberté.

Ainsi, Dieu est découvert dans cette réciprocité nuptiale, Dieu est découvert comme liberté originelle, Il est découvert comme le ferment de notre liberté, Il est découvert comme le seul chemin de notre liberté ! Lui seul, Lui seul ! donne un sens à cette revendication qui s'atteste négativement dans la contestation et qui ne peut aboutir positivement que dans cette rencontre intéri­eure qui est le seul chemin vers nous-mêmes. C'est donc là le coeur de la révélation, comme c'est le centre le plus profond de notre vie : cette rencontre et cette découverte d'un Dieu qui est éternellement, totalement, infiniment libre de Soi.

Cela implique toutes sortes de conséquences, des conséquences pédagogiques d'abord, il s'agit de ne pas brimer les enfants et de respecter leur inviolabilité. Cela ne dispense pas de les éduquer, de leur inspirer une orientation, de structurer leur liberté, d'enraciner dans leur coeur, en les vivant d'abord soi-même, des exigences de libération qui feront de ce petit être autre chose qu'un animal totalement livré à ses instincts de des­tructeur.

Il faut respecter l'inviolabilité de l'enfant, il faut le traiter comme une personne, mais précisément non pas de cette manière purement négative qui ferait de lui un contestataire né, mais d'une manière positive en structurant sa liberté et en enra­cinant en lui, par la contagion d'une vie authentique et sincère­ment vécue, en enracinant en lui ces exigences qui lui permettront de donner à sa liberté une direction créatrice tellement qu'il pourra se faire homme. S'il n'est pas engagé dans cette voie, tout est raté, tout du moins est compromis et on en fera un être à la fois esclave de lui-même et qui tendra à rendre les autres esclaves de ces caprices et de ses instincts. » (à suivre)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir