Suite 2 de la 1ère conférence donnée à Genève en janvier 1971.

Reprise du texte : « Nous n'avons toujours pas trouvé la solution ! notre autonomie ne débouche sur rien de créateur, notre inviolabilité n'a aucun fondement évident, puisque finalement l'ordre établi, qu'il soit civil ou religieux, cet ordre nous apparaît comme imposé du de­hors, en allant justement à contre courant de notre autonomie et sans aucun respect de notre inviolabilité. Il n'y aurait pas d'issue s'il n'y avait une rencontre intérieure à nous-mêmes où, dans l'émerveillement, nous débouchons sur une Présence qui nous apparaît comme un don qui suscite le nô­tre. Il est évident que sans cette expérience d'une rencontre à la fois transcendante, c'est-à-dire infiniment supérieure à nous, mais infiniment intérieure à nous, il n'y aurait pas d'issue pour soi. »

Suite du texte. « C'est uniquement dans la mesure où nous rencontrons au dedans de nous-mêmes ce Visage imprimé dans nos coeurs, c'est dans la mesure où tout d'un coup nous sommes libérés de toutes nos ser­vitudes, où nous sommes libérés pour l'instant de notre moi char­nel et possessif, c'est dans cette mesure que nous vivons la solution. Il se peut que nous ne l'extrayons pas, mais nous la vivons ce qui est infiniment plus important.

Il y a une issue dans la mesure où il y a une rencontre intérieure à nous-même qui s'accomplit en même temps que notre libération, l'une ne se trouvant qu'avec l'autre, cette présence ne pouvant justement nous apparaître et se révéler à nous que dans notre libération.

Et cette libération prend immédiatement la forme d'un dialogue où tout est réciproque. Il n'y a plus de dépendance, il n'y a plus de soumission, il y a quelque chose d'infiniment plus profond, qui est un jaillissement d'amour en face d'un Amour qui nous attendait, qui était toujours déjà là, mais qui ne s'imposait jamais, et qui exerçait si peu de contraintes à notre égard que pendant des années nous avons pu, si peu, nous apercevoir de cette Présence.

C'est là que, évidemment, trouve son issue la question, et la liberté n'est pas seulement cette puissance de refus de toute servitude, car il ne servirait à rien de récuser les servitudes, extérieures, celles que peut nous imposer un despote ou une socié­té despotique, si nous sommes esclaves intérieurement, si nous som­mes encore des animaux, si nous nous laissons porter par l'univers, si tous nos choix ne sont commandés que par le déclenchement de nos instincts.

C'est cette liberté radicale qui est indispensable, cette liberté à l'égard de nous-mêmes, qui donne un sens à cette revendication d'autonomie, à ce sentiment d'inviolabilité : je deviens in­violable précisément parce qu'une valeur essentielle peut surgir en moi, mais qui ne peut surgir que dans l'amour, et de l'amour et pour l'amour.

Il s'agit donc d'un mouvement totalement et infiniment spontané. Bien sûr que cette rencontre suppose, cela va de soi, une transformation radicale en moi, je viens de vous le dire : si je n'étais pas libéré, cette rencontre serait radicalement impos­sible, elle n'est éprouvée comme une expérience incontestable que dans ma libération et pour autant qu'elle dure. Mais, même si elle ne dure pas, je puis m'en souvenir et me rappeler qu'il y a un mo­ment où les frontières ont éclaté et où j'ai été libéré de moi-même.

Je puis toujours m'acheminer vers cette rencontre dans le silence, dans le recueillement; il viendra un moment où je le retrouverai en me retrouvant, en passant du dehors au dedans, et en entrant dans cette réciprocité d'amour qui est justement ma libération.

La révélation consomme-t-elle cette démarche, consomme-t-elle cette expérience ? Il est difficile de le dire pour la révé­lation biblique pour la raison que la révélation biblique concerne d'abord une collectivité. C'est une collectivité qui reçoit la mis­sion, c'est une collectivité qui doit témoigner de la Présence de Dieu dans l'Histoire, et une collectivité bien entendu, ne peut avoir qu'un Dieu extérieur à elle-même ! et un Dieu tout-puissant, un Dieu terrible, car Sa puissance éclatera d'autant mieux qu'il est un dieu plus terrible. Plus Il est terrible, plus Il est capable d'intervenir dans l'Histoire d'une manière efficace et de protéger cette collectivité contre ses ennemis extérieurs et intérieurs.

Pasternak a bien montré d'ailleurs la charnière de cette histoire lorsqu'il analyse les antiennes russes de l'Annon­ciation : il montre que toute la nouveauté du Nouveau Testament, c'est qu'il concerne des Personnes : le dialogue entre Marie et l'Ange, ce dialogue est un dialogue secret, un dialogue silencieux, un dialogue qui ne concerne qu'elle-même, j'entends qui s'adresse à elle-même dans sa personne, et qui attend d'elle cette réponse personnelle qui va décider de l'avenir du monde.

Dans le dialogue de l'Annonciation il n'y a plus de collectivité, il n'y a plus la foule des peuples, il n'y a plus la foule des armées, il n'y a plus le piétinement des cavaleries, il n'y a que le silence d'un dialogue qui s'adresse à ce qu'il y a de plus intérieur en cette jeune fil­le, et qui attend d'elle une réponse qui sera l'éclosion suprême de sa liberté.

C'est donc à l'Evangile qu'il faudra s'adresser pour sa­voir si la révélation cautionne l'expérience que nous venons de rap­peler. Et il n'y a aucun doute qu'elle cautionne cette expérience, j'entends la révélation évangélique, parce qu'elle est axée sur la Révélation de la Trinité. » (à suivre)

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