Avril 2009

Textes publiés en Avril 2009

Suite 4 de la 6ème conférence de retraite donnée à La Rochette en 1963 par Maurice Zundel.

« J'ai eu souvent l'occasion de remarquer au Caire comment l'influence de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus avait gagné les couches les plus humbles du monde musulman. Il y a au Caire une immense basilique de Sainte Thérèse élevée en grande partie avec des fonds musulmans et qui est fréquentée régulièrement par des musulmanes qui ne savent pas lire, des femmes tout à fait pauvres, reconnaissables à leurs vêtements tradition­nels et qui ne reflètent encore aucune trace d'émancipation.

Que viennent faire ces pauvres femmes musulmanes dans l'Eglise de Sainte Thérèse ?

Quel est le lien entre cette petite française, morte à 24 ans en 1897, et ces musulmanes d'aujourd'hui qui n'ont aucune connaissance du christianisme et qui devraient par état lui être indifférente, sinon hostiles ? Comment s'établit la communication ? Par quelle route secrète la présence de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus s'impose-t-elle à ces femmes qui devraient même tout ignorer d'elle ? C'est qu'évidemment la prière fran­chit toutes les frontières, traverse toutes les murailles. A travers la Communion des Saints où la Présence de Dieu circule pour toutes les âmes sans exception, il y a un réseau invisible qui relie ces pauvres femmes au monastère de Lisieux qui doit précisément sa lumière et son éclat à la sainteté incomparable de celle qui voulait être le Coeur de l'Eglise et qui se proposait d'être, en faisant son voeu de victime, une présence universelle.

Voilà bien clairement définie, dans des exemples irrécusables, la nécessité de la vie monastique pour la perfection même du Corps Mystique. Bien en­tendu, il y a d'autres fonctions. Si vous pensez au néant de l'exégèse catholique entre 1890 et 1900, à l'époque où le Père Lagrange fondait l'Ecole Biblique de Jérusalem, si vous considérez les conséquences de cet immense travail, si vous lisez la Revue Biblique, si vous constatez qu'aujourd'hui, après 60 ou 70 ans de travail, l'exégèse catholique est au premier plan de l'érudition, si vous voyez les résultats des travaux de l'Institut Biblique de Rome qui a suivi (qui est venu après) l'Ecole Biblique de Jérusalem et les autres instituts qui se sont inspirés de la fondation du père Lagrange, le pionnier en la matière, vous devez comprendre l'utilité d'un Ordre savant, livré à des travaux de longue haleine qui ne peuvent être poursuivis avec continuité que par une équipe étroitement soudée et qui demeure, que la mort ne peut dévaster parce que, d'une génération monastique à l'autre, le flam­beau est transmis.

Aux différentes postulations du Corps Mystique, à ses différents besoins selon le cours des siècles, il y a des formes de vie religieuse correspondantes. C'est ainsi que les Ordres mendiants ont fleuri à une époque où il fallait absolument que la vie apostolique soit alimentée par une vie monastique, en unissant dans une vie mixte à la fois la contemplation et l'action apostolique.

Aujourd'hui on rencontre un peu partout dans le monde les petites soeurs du Père de Foucauld, jusque dans un cirque où elles font le ménage en gardant toute leur vie religieuse, en ayant dans l'enceinte du cirque le Saint Sacrement et en illuminant toute la vie des artistes du cirque, sans rien dire, par la présence de Dieu qui respire en elles.

C'est une forme nouvelle, parfaitement authentique, de vie religieuse, qui correspond à l'un des besoins de notre temps comme dans tous les siècles des Congrégations ont surgi soit pour exercer des rôles de suppléance, soigner les malades, instruire les enfants, soit pour être les pionniers d'une oeuvre qui n'avait pas encore été envisagée, oeuvres de la bonne Presse, ou de défrichement lorsqu'on a voulu utiliser les moyens que les techniques modernes mettent à la disposition de l'apostolat chrétien. Il y a toujours eu une sorte de correspondance, que l'on voudrait d'ailleurs beaucoup plus étroite, entre les besoins du Corps Mystique et l'éclosion des instituts religieux.

Vous voyez en clair que la vocation est toujours commandée par le souci du Corps Mystique, qu'elle est toujours relative aux autres, qu'elle a tou­jours un caractère ecclésial et qu'elle ne concerne jamais au premier plan le salut de l'individu ni sa perfection propre. Il s'agit vraiment d'une vie donnée, d'une vie d'amour, d'une vie nuptiale, donc tournée entièrement vers les autres et qui aspire à donner du règne de Dieu une image aussi parfaite que possible, bien que cette image doive se retrouver également, sous une forme et un aspect différent, chez tout chrétien baptisé qui a, dans d'autres fonctions, à porter le témoignage du Christ.

Bien entendu, pour revenir à notre point de départ, il est clair que la vie apostolique du prêtre ne peut pas être séparée de la contemplation. Si le monastère où se respire le silence de Dieu, s'il offre aux âmes fatiguées par leurs travaux, consumées par leur activité, une position de repli dans des loisirs divins indispensables, il est clair que la vie sacerdotale doit se nourrir de contemplation, qu'elle doit se nourrir constamment dans ce silence intérieur, et non seulement partir de ce silence intérieur mais y demeurer. L'apostolat du prêtre ne peut consister en pieux bavardages ou dans le simple accomplissement de fonctions rituelles.

Dans certaines chrétien­tés rurales d'Orient, on trouve encore aujourd'hui des prêtres mariés, choisis parmi les pères de famille, désignés généralement par la commu­nauté elle-même, ordonnés tardivement pour évangéliser le village. Mais cette évangélisation n'exige guère que l'accomplissement de la liturgie dominicale. Le prêtre l'accomplit après une préparation suffisante mais sommaire, en continuant ses fonctions de cultivateur ou de berger.

Si on a besoin de prêtres d'une science plus particulière, on fait appel à des moines du même rite ou à des prêtres spécialisés dans la prédication des retraites. Mais il s'agit de communautés simples, sans compli­cations, profondément chrétiennes et dont la vie à la campagne échappe aux sollicitations et surtout à l'agitation de la ville.

Mais dans les pays sur-développés au point de vue technique et où la vie urbaine tend de plus en plus à absorber toute la vie, l'apostolat ne peut évidemment pas être simplement l'accomplissement d'une liturgie ou une prédication avec des mots tout faits qui font perdre au message tout son mordant. Il est clair que, plus que jamais, le prêtre doit être un homme d'oraison, un homme de vie intérieure, un contemplatif qui intro­duit dans la vie l'élément divin par sa seule présence.

Beaucoup de nos contemporains sont déchristianisés. Ceux qui ne sont pas déchristianisés sont, pour la plupart, saturés de mots. Ces mots sont usés, trop entendus. Ils n'ont plus la saveur de la nouveauté. L'Eglise apparaît alors comme une vieille machine, comme la cloche des célébrations funèbres ou patriotiques qui fait bien dans le décor à certaine occasions mais qui n'est plus dans le coup, plus dans la vie. . .

Pour qu'elle soit dans la vie, pour qu'elle entre en ce monde si admirablement technique, pour qu'elle accompagne les cosmonautes dans leur aventure, pour qu'elle soit à l'avant-garde de cette montée humaine où l'homme est fier de son pouvoir, où il a l'impression que rien ne va lui échapper, qu'il va dominer tous les phénomènes et pas seulement les dominer mais les transformer, où il va coloniser les astres et les autres systèmes solaires, et pour que l'Eglise soit présente à tous ces mouve­ments, il faut qu'elle renonce aux vieilles structures, à une langage que ne comprennent plus nos contemporains. Il faut qu'elle abandonne une cosmologie périmée, qu'elle soit à l'écoute, qu'elle apporte un message incontestable que chacun découvre immédiatement dans sa vie et comme le seul itinéraire vers soi-même.

Pour cela, il faut inventer tout un nouveau langage pour traduire une éter­nelle vérité, et cela n'est pas à la disposition de chacun. En outre il faut trouver l'audience et la plupart des gens ne sont pas prêts à écouter. Ils se défient de ce que l'on veut leur apporter. Ils ont l'impression qu'on leur tend un filet pour les faire prisonniers de mythes et de superstitions, que celles çi vont empiéter sur cette liberté accordée, a priori, au laïc qui veut faire toutes ses expériences, quitte à en tirer lui-même les conséquences.

Comment le prêtre va-t-il pénétrer ce nouveau monde s'il n'est pas agréé par sa présence même, s'il n'est pas une présence ouverte, compréhen­sive, enthousiaste, sympathique, au courant de toute cette évolution et désireux d'y participer ?

Mais pour que la présence humaine soit à elle seule le véhicule de la Présence Divine, il faut naturellement qu'elle en soit nourrie et péné­trée. C'est pourquoi le prêtre a autant que le moine une vocation contem­plative, comme le moine a autant que le prêtre une vocation apostolique. C'est là justement le mot essentiel : la vocation apostolique caractérise toutes les fonctions ecclésiales, et la vocation monastique est par excellence une vocation apostolique comme le sacerdoce doit être indissociablement une vocation contemplative.

On ne peut pas aborder les âmes si l'on n'est pas fixé et enraciné dans le Christ. Il faut les regarder à travers et avec les 'yeux du Seigneur. Ce n'est qu'en les regardant à travers les yeux du Seigneur qu'on peut voir en elles ce royaume intérieur qu'elles sont appelées à devenir et le leur rendre sensible, ce qui suppose qu'on vit avec Lui, qu'on a le sens de Sa Présence, qu'on demeure avec Jésus, intérieurement, au Lavement des pieds.

Un prêtre qui n'a pas ce regard, qui ne porte pas cet arrière-plan - qui est d'ailleurs le premier plan aux yeux de la foi et dans l'expérience mystique, sera presqu'inévitablement entraîné dans des modes. Il épousera des slogans, il se grisera des dernières méthodes et il imaginera que c'est en les imposant qu'il convertira. En réalité il est absolument impossible d'atteindre les âmes en profondeur si on ne vit pas soi-même en profondeur, et il est impossible de leur communiquer l'enthousiasme de Dieu si on n'en brûle pas soi-même. Il y a donc circumincession entre la vie apostolique et la vie contemplative. »

(à suivre)

Suite 4 et fin de la 6ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963.

Dans les dérivations de la vie monastique, comme l'est l'oblature bénédictine, il y a la même tendance à la fécondation de la vie civile. ...

« Il importe de souligner avec une extrême fermeté que toute vie chrétienne est apostolique et que la vie monastique l'est au premier chef. Le moine est moine non pas pour soi mais pour l'Eglise. C'est en lui que l'humanité doit s'offrir et offrir sa louange, c'est par lui que la prière du genre humain doit être ininterrompue, et son intercession ne doit pas cesser d'englober les travaux et les jours, et sanctifier tous ses frères humains.

Il faut que dans un monastère aboutissent toutes les douleurs, toutes les catastrophes, tous les naufrages, toutes les chutes d'avion, toutes les maladies, toutes les épidémies, tous les drames, tous les désespoirs ! et que le moine ou la moniale soient constamment le viatique de tous ces besoins humains.

C'est dans la mesure où le monde entier trouve ici un refuge que devient nécessaire l'existence de ce sacrement collectif qu'est, par la volonté de l'Eglise, un monastère fervent, car elle ne consacrerait jamais une forme de vie qui ne fût pas apostolique (1). La vie monastique ne peut concerner seulement la sanctification personnelle (1), ce qui, d'ailleurs, n'a aucun sens puisque l'Eglise est universelle, et que la grâce est par essence en tout chrétien une mission universelle.

Ceci nous permet aussi d'apprécier ce que l'oblature peut attendre d'un monastère et lui donner. Si la vie monastique a des fonctions apostoliques, si elle est une forme éminente de la vie apostolique, il ne s'agit pas pour les oblats de singer la vie des moines, de faire comme s'ils étaient des demi-moines ! Il ne s'agit pas du tout d'une imitation d'une pseudo­-perfection qui serait attachée aux formes monastiques, il s'agit de quelque chose d'infiniment profond et sérieux, il s'agit d'étoffer la vie dans laquelle on est situé, (au milieu de laquelle les oblates travaillent), vie conjugale, vie de famille, vie de travail, il s'agit de l'étoffer de cette vie contemplative dont le monastère a la charge en commun.

L'oblature signifie une conscience très aiguë de l'impossibilité d'accomplir l'apostolat chrétien qui est consubstantiel à notre baptême sans un mini­mum de vie contemplative, et le monastère sert de jardin de Dieu par les liens qu'on entretient avec lui, il alimente la source, il maintient très vive la conscience de cette nécessité d'une vie contemplative au centre et au coeur de la vie active.

Ce n'est pas déprécier la vie dans laquelle on est engagé, le mariage ou la maternité, le travail de bureau ou celui de la couturière ou de la modiste, ou n'importe quel autre travail car, finalement tout le travail est ordonné à la subsistance de l'homme pour que l'homme ait la chance et la possibilité de se faire homme, c'est-à-dire d'atteindre à cette union avec Dieu où notre liberté respire et trouve à la fois sa révéla­tion et son accomplissement.

Chaque Ordre religieux a sa manière de communiquer avec ceux qui le continuent dans la vie civile. Selon les tempéraments, selon les affinités avec le fondateur de l'Ordre, il y aura des tiers-Ordres ou des oblatures différentes, mais ce sera toujours dans la même perspective, pour alimenter la vie en s'appuyant sur le monastère comme sur la plénitude d'un sacrement collectif où le silence est vraiment vécu, où le silence est Quelqu'un, où le silence est une personne et non une consigne. Dans toutes ces dérivations de la vie monastique, il y a la même tendance de féconda­tion de la vie civile par une présence divine toujours plus intensément vécue.

C'est justement notre grâce, en ces jours de retraite, de vivre dans le rayonnement de ce silence et de cette liturgie qui est le principal devoir des moniales consacrées à cet office, qui est rempli au nom de toute l'Eglise et auquel nous participons tous par le fait de notre baptême et plus étroitement encore par le fait de notre oblation.

Il semble que, dans cette perspective, la vie religieuse se situe à son vrai plan. Elle est d'autant plus importante qu'on n'y voit pas le bouillon de culture d'une perfection égoïstement personnelle, ce qui lui donne des ailes : il y a eu une confusion, surtout au 19ème siècle, et qui n'est peut-être pas encore complètement dissipée, dans la perfection monastique en tant qu'elle constitue la sanctification de l'individu (1). Beaucoup de couvents ont fait de la vie religieuse une manière de mettre constamment les âmes dans le laminoir pour lui donner la forme divine, la vie religieuse est devenue une épreuve d'obéissance jusque dans les moindres détails au point d'anéantir l'individu, de le priver de toute initiative, de prolonger son infantilisme sinon de le cultiver.

On a confondu l'exercice religieux que chacun peut s'imposer, une certaine forme d'ascétisme qui convient ou qui est nécessaire à son tempérament à une certaine période de sa vie, avec la fonction ecclésiale. Au lieu de donner aux âmes un maximum de largeur, d'initiative, au lieu de faire des personnes, de donner le sens de la grandeur, au lieu d'organiser la vie au niveau de la catholicité, on a tenté de la restreindre à une petite fonction contenue dans les limites d'une obéissance très étroite et très mesquine.

Je vais vous donner un exemple qui est presqu'amusant : une avocate avait demandé à une religieuse à quel moment elle pourrait la voir le plus commodément, à savoir, puisqu'il s'agissait d'une religieuse enseignante, à quel moment elle serait libre de sa classe. Puis l'avocate dit à la Supé­rieure qu'elle savait que la religieuse serait libre à tel moment. La Supérieure s'est écriée : "Mais comment ! C'est à moi à gouverner son temps ! Si une religieuse ne peut pas dire à quelle heure elle est libre pour un rendez-vous, évidemment subordonné à la permission de la Supérieure, nous sommes en pleine mesquinerie. Il est sûr que le Seigneur ne peut pas être glorifié par ce ratatinement et que ce ne sont pas des mineures sous tutelle qui feront avancer le règne de Dieu !

Il ne s'agit pas de sanctifier les âmes en les écorchant. La vie religieuse n'a pas pour but premier de sanctifier les âmes puisque c'est là l'oeuvre commune de tous les baptisés, c'est une obligation, une exigence, imprescrip­tibles pour tous. Pour accomplir une grande oeuvre apostolique, il faut des âmes très larges, très hautes, très ouvertes et capables de stimuler toute la vie chrétienne de manière à la mettre au niveau de tous les développements techniques en honneur dans notre siècle. Il faut faire grandir les âmes dans le sens d'une majorité absolument indispensable pour donner à l'état religieux son véritable aspect de sacrement collectif d'une grandeur indispensable à la vie du Corps Mystique.

Puisque nous sommes dans un monastère bénédictin, nous voulons garder avant tout, comme le sens de l'offrande que nous voulons garder avant tout, comme le sens de l'offrande que nous voulons être, cette vocation de silence. Il faut le silence, ce silence profond qui enracine l'âme en Dieu, qui la met à l'écoute de Dieu, qui lui permet d'entendre cette musique silencieuse qui est le Dieu Vivant. En la maintenant, l'offrande, à ce plan infiniment profond, le silence la met aussi à l'écoute des autres, la détourne de toute indiscrétion et l'habitue à prendre le diapason des autres pour leur parler. On peut opérer des désastres si l'on entreprend l'évangélisation des autres sans avoir pris le "la" de leur âme. Il faut connaître leur musique pour entrer dans leur rythme profond.

Newman disait : "On ne se repend jamais de s'être tu ! mais souvent d'avoir parlé. "Notre premier témoignage doit être celui du silence, non d'un silence de consigne, d'un silence obstiné, d'un silence fermé, mais de ce silence de vie où les paroles elles-mêmes jaillissent du silence, ce qui est la même chose que de dire qu'elles jaillissent de l'amour, car, pour rencontrer l'Amour au coeur de notre coeur, il faut nécessairement être à l'écoute.

C'est cela que la vie monastique, avant toutes choses, est chargée de stimuler en nous, c'est ce sens de l'audi­tion spirituelle qui renouvelle sans cesse le Visage de Dieu et qui fait que Dieu est neuf chaque matin parce qu'on ne cesseras d'être instruit par Lui en pénétrant dans la chambre secrète de son âme, en se rendant disponible dans un recueillement constamment renouvelé, constamment reconquis pour ne pas empêcher la musique. »

(Fin de la conférence)

Note (1) : Toujours ce même souci de la perfection chrétienne, vers laquelle doit tendre tout baptisé, non pas pour son propre bénéfice mais bien pour les autres, pour le corps mystique du Christ.

Suite 2 de la 7ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963.

Saint Jean de la Croix affirme que nous pouvons atteindre à une joie qui dépasse toute autre expérience dans aucun domaine accessible à l'homme.

Reprise du texte : « Il importe essentiellement à la réalisation de notre mission d'en faire une mission de joie, de joie pour les autres d'abord, bien sûr, mais de joie pour Dieu au premier chef, et ensuite de joie pour nous Puisque le testament de Jésus est un testament de joie, ses intentions ne seront réalisées que si notre vie atteint à la joie.»

Suite du texte : « C'est là que nous pouvons aborder ce fameux thème de la dévotion sensible et du détachement chrétien dont on nous a rebattu les oreilles. Il est bien entendu que la prière communautaire, la prière liturgique, comme elle est une prière pour les autres, ne doit pas attendre notre dévotion sensible. Justement, parce que nous sommes là pour les autres, comme les témoins de Jésus, pour resserrer les liens qui constituent la communion des saints il n'est aucunement nécessaire que nous soyons sensiblement attirés vers une démarche qui concerne nos frères.

Il n'y a rien d'étonnant à ce mot d'un Chartreux, d'ailleurs un modèle de perfection, un vieux Chartreux disant à un jeune bénédictin qui s'émerveillait des splendeurs de l'Office : "Pour moi, tout cela, c'est du sable dans la bouche !" Il n'en consacrait pas moins de six heures par jour à cette prière qui était pour lui du sable dans la bouche. Je pense qu'il avait d'autres joies, sinon il lui aurait été difficile de vivre.

A côté de la prière communautaire, il y a la prière personnelle, il y a toutes ces découvertes qui sont le lot de chacun et qui doivent nous con­duire à la joie. Il est sûr que certaines âmes connaissent des nuits obscures, analysées par Sainte Thérèse et Saint Jean de la Croix. Bien sûr, il y a des périodes d'agonie, comme Notre Seigneur l'a vécue et, si l'agonie vient, il faut la vivre mais il ne s'agit pas de fabriquer un dolorisme qui ferait de la vie chrétienne un refus systématique de la joie ! Ce serait faux autant que malsain. Il suffit d'ailleurs de lire Saint Jean de la Croix pour voir que l'aboutissement des nuits, c'est une joie incro­yable, une joie inexprimable, une joie qui suscite le lyrisme le plus parfait auquel la langue humaine ait jamais pu atteindre : "Réjouissons-nous, mon Bien-Aimé, allons-nous voir en ta beauté ! "

Quand Saint Jean de la Croix écrit cette strophe diaphane et jubilante, il est clair qu'il a atteint et il affirme que nous pouvons atteindre à une joie qui dépasse toute autre expérience dans aucun domaine accessible à l'homme.

Et puis, voyons les faits. Saint Jean de la Croix, docteur des nuits mystiques, regardez-le un peu dans sa prison de Tolède ! Il est là, bouclé par ses frères qui refusent la réforme, qui considèrent la réforme qu'il veut introduire comme un outrage, comme une infidélité, une trahi­son de sa profession religieuse. Ils le traitent comme un malfaiteur. Ils lui donnent un quart d'heure, à midi et le soir, pour prendre l'air et ils le renferment dans sa cellule en lui servant la portion congrue. Ils le maintiennent dans cet ostracisme effroyable, dans cette suspicion qui le déchire, dans cette absence totale d'humanité qui lui devient intolérable.

Et voyez la suite, voyez Saint Jean de la Croix combinant sa fuite, amalgamant ses hardes pour en faire une corde, dévissant prudemment la serrure de sa cellule, se mettant aux aguets pour que, tout bruit cessant, il puisse s'évader en se laissant glisser le long du mur de la ville. Ne trouvez-vous pas sublime ce portrait d'un Docteur de l'Eglise suspendu au mur de Tolède, qui fuit la prison que lui imposent ses frères et qui va se réfugier chez les carmélites qui le cacheront pour le préserver de ses persécuteurs ? Parlons de l'amour de la souffrance, Oui, bien sûr, mais il y a des limites que Saint Jean de la Croix lui-même n'a pas toléré comme Notre Seigneur au Jardin de l'Agonie a cherché, en vain d'ailleurs la présence et le secours de ses amis.

Il ne faut donc pas se livrer à l'automatisme des mots, parler du détachement quand on n'a soi-même aucune occasion de se détacher, parler de la mortification quand soi-même on est repu et qu'on a une assurance contre tous risques. Nous voyons que l'humanité des saints ne correspond pas à ce canon et n'est pas engrenée dans cette mécanique. Le plus mortifié des hommes, saint Jean de la Croix, a besoin de liberté, comme tout le monde, il a besoin de n'être pas un suspect comme tout le monde, il a besoin d'amitié comme tout le monde ! Et il est là, ce fugitif qui craint pour sa vie et qui s'en va chez ses soeurs carmélites demander un asile.

Nous trouvons un autre exemple, singulièrement émouvant, dans les lettres de Sainte Catherine de Sienne, ces lettres qui sont un chef d'oeuvre de la langue italienne, qui respirent une adorable fraîcheur, ces lettres d'une sainte des plus sympathiques de l'histoire chrétienne, cette fille d'un teinturier illettré, cette fille géniale dont toute l'Europe parle, cette fille qui ramènera le Pape d'Avignon à Rome et mourra à 33 ans.

Catherine apprend qu'un jeune florentin, Nicolas Tolentino a eu le malheur de faire un petit voyage à Sienne et de s'y laisser aller à des propos malsonnants, après boire, à l'égard de la seigneurie de Sienne. Ses propos ont été colportés et il est tout simplement condamné à la décapitation. Vous jugez de la fureur de ce garçon de 20 ans qui, pour quelques excès de langage va perdre la vie sous la hache du bourreau, il est dans un état de révolte indescriptible ! Il ne veut pas entendre parler des sacrements qui lui sont proposés et où il ne voit que dérision. Catherine s'émeut de cette situation. Elle va le trouver dans sa prison. Elle lui parle de la vie comme elle peut en parler puisqu'elle en est débordante, de la vie de ce Christ, "el dolce Christo", ce Christ qu'elle porte en elle avec une si lumineuse passion. Elle lui dit qu'il va Le voir, qu'il va contempler ce « Visage Adorable qui est imprimé dans son cœur », que le supplice, c'est un instant, mais que la joie sera infinie. Enfin, elle y met tant d'ardeur que Nicolas se laisse persuader. Non seulement il est persuadé mais il s'enthousiasme, il consent à mourir, à faire de sa mort un acte libre et une offrande d'amour, gagné lui-même par ce désir de contempler le Visage du Seigneur, à condition que Catherine l'accompagne au lieu du supplice, qu'elle reçoive sa tête quand elle tombera sous la hache du bourreau. Catherine naturellement accepte le rendez-vous. Elle pré­cède même Nicolas au lieu du supplice. Elle essaie sa tête sur le billot. Elle le dispose à sa toilette funèbre. Elle lui répète constamment les noms de Jésus et de Marie et toutes les promesses dont ils sont synonymes ! Finalement, elle se place devant lui et, effectivement, quand sa tête tombe, elle la reçoit entre ses mains.

Connaissez-vous beaucoup de scènes de l'Histoire qui aient une telle allure ? Si vous pensez qu'il s'agit d'une toute jeune femme, il fallait vraiment qu'elle ait un crédit incomparable pour se permettre une pareille audace.

Comme Jésus quand Il reçoit la pécheresse, Catherine ne voit les choses que du dedans et, dans son innocence admirable comme dans son étonnante maturité, elle comprend que, devant la mort, l'amour est nécessaire­ment un amour virginal. C'est cet amour qui enveloppe Nicolas Tolentino et lui permet de faire de sa mort une assomption. Vous voyez que la sensibilité peut jouer son rôle, davantage: que le rôle de la sensibilité est indispensable. Un homme insensible est un caillou et une brute. » (à suivre)

La 7ème et dernière conférence de la retraite donnée à La Rochette en 1963 a déjà été « sitée » (du 22/08/06 au 25/08/06). On peut s'y référer dans les archives [ menu archives (PDF); puis menu archives 2006; puis clic sur "Août 2006"]. On la redonne maintenant mais avec un nouveau découpage et de nouvelles annotations. Les deux premières pages « sitées » aujourd'hui constituent un enseignement qui devrait figurer en très bonne place parmi les chefs d'œuvre de la mystique chrétienne.

Aussi étonnant que cela paraisse d'abord, cette conférence sur la joie commence par un enseignement magistral sur le mystère du mal, un mystère à l'envers, ou plutôt l'envers d'un mystère.

Début de la 7ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963.

La fin dernière de tout, c'est la jeunesse et la joie ! c'est l'intégrité parfaite de l'être, c'est la valeur enfin réalisée, la valeur infinie de toute créature.

« A propos du mal dans le monde, de la douleur sous toutes ses formes, de la dégradation, nous avons remarqué que Dieu est "le compatissant". Si nous nous émouvons de tous les malheurs du monde, de la cruauté qui se fait jour dans la biologie sauvage - qui est souvent la nôtre - c'est préci­sément parce que nous portons en nous ce Dieu compatissant, parce qu'il est tout amour, pure générosité. C'est Lui qui nous inspire ce sentiment de détresse devant cet océan de malheurs et de douleurs que nous ne pourrons jamais épuiser.

Il ne suffit pas de dire que Dieu est le compatissant d'où nous tirons tous nos sentiments de miséricorde et de fraternité, il faut dire encore qu'il est la victime. Le mal a un visage effrayant, le mal gratuit surtout, le mal qui vient de l'homme et qui pourrait ne pas être, il a un visage effrayant dans la torture des innocents, dans le massacre des êtres désarmés, dans tous ces phénomènes de la brutalité qui déconcertaient Yvan Karamazov, un des héros de Dostoïevski, et déconcertait aussi Albert Camus dans "La Peste", Albert Camus qui n'a cessé de se poser avec tant d'angoisse le problème du mal.

Où est Dieu dans tout cela ? Justement, dans tout cela Il est la victime et s'il ne l'était pas, il n'y aurait pas de mal: s'il n'y avait pas un bonheur absolu et infini, dégradé, menacé, défiguré, saccagé par toutes les entre­prises de barbarie, il n'y aurait pas de mal (1). Si nous n'étions que des punaises, le problème du mal perdrait toute signification parce que disparaître serait un bienfait pour nous et pour tout le monde.

Il ne faut jamais oublier qu'il est impossible d'opposer le Dieu de la conscience au spectacle du mal parce que ce Dieu intérieur (2) - il n'y en a pas d'autre - parce que ce Dieu intérieur qui est tout amour, ce Dieu qui est l'espace où notre liberté respire, ce Dieu qui est le seul chemin vers nous-mêmes, ce Dieu silencieux, ce Dieu qui est dans une éternelle attente, ce Dieu qui ne s'impose jamais, ce Dieu qui meurt d'amour pour ceux qui refusent éternellement de L'aimer, ce Dieu-là est frappé par tous les coups qui atteignent la créature humaine, animale, voire végétale, par tous les coups qui dégradent l'univers, et Il n'y est pour rien (2) ! Il n'y peut rien que d'être frappé, que de mourir, parce que son action, c'est son amour, parce que son être tout entier n'est que son amour et que l'amour est sans effet si ne surgit pas la réponse d'amour qui ferme le circuit d'où jaillit la lumière. C'est d'ailleurs une raison pour éviter tout mal gra­tuit, pour nous tenir fermement en mains afin de ne pas ajouter à la douleur du monde et, autant que possible, à la prévenir, parce qu'il s'agit de Dieu.

Comme une mère identifiée à ses enfants reçoit avant eux, pour eux, plus qu'eux, tous les coups qui les peuvent frapper, si elle est une mère véritablement digne de ce nom, Dieu qui est infiniment plus mère que toutes les mères, infiniment plus mère que la Sainte Vierge elle-même, se trouve dans cette situation.

Tant que le monde est dans les douleurs de l'enfantement, tant qu'il est soumis par nous à la vanité, le monde n'existe pas encore, il n'est pas le vrai monde qui ne peut surgir que de notre réponse d'amour à l'Amour de Dieu, quand nous fermons l'anneau d'or des fiançailles éternelles. Il faut conclure que c'est la Présence de Dieu qui donne la dimension infinie au mal. L'horreur que nous en avons n'est qu'une attestation en creux de la présence divine qui s'y trouve bafouée.

C'est justement pourquoi le chrétien ne peut que se mettre en campagne contre toutes les formes du mal pour aboutir à cet univers sacrement, à cet univers trans­parent, à cet univers où chaque réalité doit devenir un symbole de la tendresse et de la beauté divines.

"Seigneur, dit le Psaume 25, j'ai aimé la beauté de ta maison !" Mais la maison de Dieu, c'est tout l'univers ! Il faut donc que nous aimions la beauté de cette maison, que nous concou­rions à son aménagement, que nous disposions toutes choses de manière à ce que cette beauté divine puisse respirer et se communiquer dans la Création, car la fin dernière de tout, c'est la jeunesse et la joie, c'est l'intégrité parfaite de l'être, c'est la valeur enfin réalisée, la valeur infinie de toute créature.

C'est pourquoi nous pouvons passer au thème de la joie, cette joie qui est le testament de Jésus dans ses derniers entretiens tels que nous les rapporte le 4ème Evangile. Jésus est au bord de l'agonie et pour­tant Il dit : "Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite." (Jean 15,11)

Il importe essentiellement à la réalisation de notre mission d'en faire une mission de joie, de joie pour les autres d'abord, bien sûr, mais de joie pour Dieu au premier chef, et ensuite de joie pour nous (3). Puisque le testament de Jésus est un testament de joie, ses intentions ne seront réalisées que si notre vie atteint à la joie.»

(à suivre)

Note (1) : Ainsi le mal, du seul fait qu'il existe, nous oblige à poser l'existence « d'un bonheur absolu et infini, dégradé, menacé, défiguré, saccagé par toute les entreprises de barbarie » dont le mal est la cause et, sans l'existence de ce bonheur absolu, il n'y aurait pas de mal. Le mal postule le bonheur.

Note (2) : On peut opposer au mal le spectacle, ou plutôt l'idée, tellement courante, d'un Dieu tout-puissant, donc coupable finalement du mal puisque sa toute-puissance lui permettait de faire qu'il n'ait jamais existé, mais on ne peut pas opposer le Dieu de la conscience, le Dieu intérieur, le seul qui existe, au spectacle du mal parce que ce Dieu intérieur ... est en réalité le premier frappé par tous les coups qui dégradent l'Univers. Le Dieu intérieur ne pouvait empêcher le mal que de la façon de l'incarnation rédemptrice.

Note (3) : Ainsi pour Zundel, et pour chaque chrétien, du moins devrait-il en être ainsi, nous ne pouvons être joyeux que parce que Dieu l'est. Et la mesure de la joie du chrétien sera fonction de la mesure en laquelle il œuvre pour la joie de Dieu. L'Evangile nous parle de la très grande joie dans le ciel, c'est-à-dire de la très grande joie dans le cœur de Dieu, quand un seul pécheur se convertit.

Nous n'avons guère l'habitude d'entendre parler de la joie de Dieu. Dans la vie authentiquement mystique, elle est première. Ca ne veut pas dire que Dieu ramène tout à soi, cela serait vrai d'un Dieu extérieur à l'homme, ça ne l'est plus aucunement quand il s'agit du Dieu intérieur.

Il faut lire et relire ces deux pages magnifiques, c'est la meilleure introduction au problème du mal en même temps qu'à celui de la nécessité de la joie chrétienne.

J'ai déjà signalé mon étonnement devant les témoignages donnés parfois à la radio ou sur KTO par de jeunes religieux ou religieuses qui ne parlaient que de leur joie à eux d'être entrés en religion.

Ce dimanche 5 avril 2009 ouvre la semaine sainte.

L'élargissement infini du sacrement de l'Eucharistie.

A vivre particulièrement durant cette semaine sainte.

On a dit : Dieu crée en même temps qu'Il est. Il faut ajouter maintenant : le mal est introduit dans la création, est inséré et agissant dans toute son histoire, en même temps que Dieu est, et cela par la mystérieuse mauvaise volonté de la première ou des premières créatures (en lesquelles nous sommes, d'une certaine façon, déjà présents).

Et puis il faut ajouter encore en même temps que le mal et l'homme sont apparus en la création, ils y apparaissent aussi dès son origine ET le Dieu rédempteur, avec le mystère de l'incarnation rédemptrice, y apparaît aussi l'imprégnant dès son origine, particulièrement au moment de Sa Passion-Mort-Résurrrection, ET maintenant ce n'est plus seulement le Père qui engendre le Fils de toute éternité, l'homme lui-même est appelé à L'engendrer, et cela s'accomplit en Marie la première, et en elle de façon parfaite. Et le sacrement de l'Eucharistie peut être vu comme le mystère et le sacrement de tous ces évènements (2).

Et nous célébrons durant cette semaine sainte ces mystères de la Passion, de la mort et de la résurrection du Fils de l'homme, du Dieu incarné, en même temps déjà de celui de son ascension et de sa session à la droite du Père, contenant déjà l'ascension et la session à la droite du Père de l'humanité entière. Je crois qu'il est très important d'élargir ainsi comme infiniment le sens du sacrement de l'Eucharistie.

Nous allons revivre sacramentellement, d'une façon plus particulière durant cette semaine, le centre du sens de ce mystère, cette passion-mort-résurrection du Seigneur, avec le souvenir, le plus vivant possible, de tout ce qui s'est passé en et pour Jésus durant cette semaine sainte et qui est « contenu » (1) dans le sacrement de l'Eucharistie, le sacrement de l'action de grâce pour cette manifestation et révélation de la grandeur infinie de l'amour de Dieu pour l'homme, de l'amour de Dieu pour chacun de nous, en même temps que pour ces premières créatures, inséparables de l'homme, que sont les anges.

Il ne s'agit pas de nier la présence réelle du Fils de Dieu fait Fils de l'homme en l'Eucharistie, mais d'y voir davantage le sacrement de toute l'histoire de la création, de toute création saisie maintenant comme aboutissant à cette révélation de l'Amour infini de notre Dieu pour ses créatures. Il s'agit du souvenir, de la mémoire actualisante de cette passion-mort-résurrection, qui en vérité est contemporaine de toute l'histoire de la création et lui donnant son sens.

Dieu, parce qu'Il est amour, ne peut que vouloir que sa créature lui devienne semblable, jusqu'à être égale à Lui, et cela se fait dans l'intégration de la créature comme membre vivant dans le Corps mystique du Christ. Toute autre forme d'amour divin réduisant cette volonté de similitude serait indigne d'un Dieu Amour.

C'est l'Univers entier qui est « affecté » par cette passion-mort-résurrection qui lui donne sa raison d'être.

C'est toute la « mémoire » vivante de Jésus-Christ, Créateur et Rédempteur (2) qui est « contenue » dans le sacrement de l'Eucharistie. Toute la semaine sainte est mémoire, particulièrement vive et vivante, de tout Jésus-Christ, de la façon, dont Il donne son sens au passage de chacun de nous sur la terre, comme à toute l'histoire de l'humanité et de l'Univers.

Note (1) : Le sacrement de l'Eucharistie en est le mémorial qui, sacramentellement, l'actualise.

Note (2) : Jésus ne dit pas : « Faites ceci en mémoire de mon sacrifice », mais bien « Faites ceci en mémoire de moi. »