Juin 2009

Textes publiés en Juin 2009.

Retraite avec Maurice Zundel, 4ème jour, 4ème rencontre.

Un chef d'œuvre de la mystique chrétienne (déjà plusieurs fois « sité »).

« Il faut voir toute l'Histoire sous l'aspect d'une tragédie divine où le mal est d'abord le mal de Dieu, où Dieu souffre en toute ago­nie, en toute maladie, en tout désespoir, en toute solitude, en tou­te mort, où Il est le premier frappé parce que le mal finalement est d'abord une blessure faite à Son Amour.

C'est par là que toute l'histoire s'éclaire, c'est par là que s'affirme de la façon la plus profonde et la plus délicate la pater­nité de Dieu, le chef-d'oeuvre de la paternité en effet étant déjà dans les rapports humains le respect de l'autonomie.

Jamais un père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant et qu'il veut la laisser mûrir dans une entière liberté et qu'il ne l'appelle au Bien que par le rayonnement de sa présence aimante et droite : à l'infini Dieu est ce Père qui nous remet à l'arbitre de notre propre liberté et nous livre Sa Vie comme le trésor que nous avons à garder car le Bien, c'est précisément Sa Vie au coeur de la nôtre. Rien ne peut nous stimuler davantage que cette vision !

Il ne s'agit pas pour nous de nous assujettir à des commandements et de nous soumettre à une Loi mais bien plutôt de prendre soin de cette Vie Divine qui est confiée à notre amour, qui peut constamment s'affirmer à travers nous, et qui malheureusement aussi peut continuellement être défigurée par nos comportements. Mais la pensée qu'il s'agit de Quelqu'un, et que Dieu nous a fait ce crédit, ne peut que réveil­ler notre générosité et, lorsque nous prenons conscience qu'il en est ainsi, que c'est vraiment Dieu qui est remis entre nos mains et confié à notre amour, il est impossible que nous n'arrivions pas à resurgir dans un élan de véritable amour.

Tout cela d'ailleurs, nous le devons à Jésus-Christ : c'est dans la Vie de Jésus-Christ sinon dans Sa Parole, c'est dans la tragédie qu'il a vécue et qu'il vit depuis le commencement du monde jusqu'à sa fin, que nous apprenons finalement à reconnaître le vrai visage de Dieu.. »

Retraite au Mont des Cats, décembre 1971, début de la 5ème conférence.

Note. Notre "nouvelle" intelligence de l'Eucharistie confère à ce texte un sens et une profondeur nouveaux. " Rien ne peut nous stimuler davantage que cette vision!"

Le mal maintenant ne peut plus être ressenti comme un problème ou une question parfaitement insolubles, mais seulement comme une invitation permanente à la compassion : on souffre avec Dieu des blessures de l'homme que le mal peut tuer, et on souffre avec l'homme parce que Dieu est blessé et va jusqu'à mourir du mal, mais cette souffrance n'est plus un poids, bien au contraire, elle allège le poids de la vie et de la misère humaine pourtant plus sensiblement ressentie dans cette compassion.

- Relire ici la parabole du Père infiniment aimant en Luc, 15, 11-32.

Ce Père infiniment aimant qui a sinon livré sa vie, du moins remis à son fils qui le lui demande, son bien .... et celui-là le gas­pille ... Et ce gaspillage dans l'absence, l'éloignement et la dé­bauche va révéler l'infinité de l'amour du Père à tel point que lors­que l'absence aura pris fin à la suite d'une décision courageuse du prodigue, une nouvelle joie devra régner dans la maison du père, parfaite et partagée par tous.

Et l'infinie bonté du père va se révéler davantage encore dans son comportement avec le fils aîné qui se fâche, refuse même d'entrer dans la salie des réjouissances ! et son père le supplie d'entrer (15, 28). Aucun reproche devant cette dureté de coeur et cette jalousie qui l'ont mené jusqu'à la colère. Au contraire une parole merveilleuse : Pour toi, tout ce qui est à moi est à toi !

"Jamais père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant."

Ce père qu'on peut voir à genoux devant la conscience du cadet revenu à la vie, d'abord bourrelé de remords ("Père, j'ai péché contre Toi .. verset 18) mais ensuite couvert de baisers par son père qui se jette à son cou !

Peut-on imaginer comment ces deux fils ont vécu par la suite dans la maison de leur père ? Leur comportement que l'on peut supposer peut modeler le nôtre.

La tragédie divine que constitue toute l'histoire des hommes est racontée ici : l'humanité est à la fois ce fils perdu et retrouvé, mort et maintenant vivant ET ce fils aîné, fidèle mais au coeur dur qui refuse de reconnaître l'amour, et qui lui aussi hérite de la bonté du père de façon magnifique, et tout se termine dans la joie des retrouvailles. L'un et l'autre ont fait souffrir le père, infiniment si son amour est infini, et l'un et l'autre fina­lement se réjouissent ensemble avec le Père clans Sa maison.

On peut penser aussi que les pécheurs auxquels Jésus fait bon accueil, et les pharisiens qui Le rejettent, sont racontés dans cette parabole, ces pharisiens qui pourtant étaient d'honnêtes gens respectés de tous ! Ce sont pourtant eux, des hommes éminemment religieux, qui ont condamnés Jésus ! Une telle dérive ne reste-t-elle pas toujours possible à nous autres, hommes d'Eglise, respectés encore beaucoup dans le monde contemporain ?

Prière.

Père infiniment bon, tu te livres à l'arbitre de notre liber­té, apprends-nous comment garder et faire grandir en nous la Vie, Ta Vie, que Tu nous don­nes : qu'elle soit pour nous le trésor le plus précieux ! Que nous en prenions grand soin, elle est confiée à la nôtre ! Que notre conduite ne la défigure pas ! Que notre générosité lui permette de s'affirmer et affermir en nous !

Nous Te le demandons par Ton Fils Jésus-Christ qui vit et règne avec Toi dans l'Amour, dans l'Unité du Saint-Esprit.

Nous vous proposons, dans son intégralité, et sur plusieurs jours, l'introduction rédigée par le Père de Boissière pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007.

Ce guide de lecture, écourté lors de la publication du livre, vous permettra de retrouver tout ce qui fait l'originalité de l'oeuvre de Maurice Zundel.

Il est indispensable de mettre en garde contre une lecture trop rapide et superficielle de cet ensemble très important de textes qui ne valent que par leur vécu. . La tentation en est d'autant plus forte qu'il s'agit d'un regroupement intelligent de pensées souvent très neuves et magnifiques. Comment éviter un tel danger ?. France Marie Chauvelot, avait pour elle la chance d'être immunisée au départ, grâce à sa longue et intime fréquentation de Zundel au cours de sa très sérieuse rédaction de la biographie. Elle lui était devenue un réel disciple.

Mais qui oserait se substituer à Zundel pour publier plus de trente ans après sa mort, et dans un contexte tout différent, un aperçu de sa pensée? Et pourtant l'abbé Maréchal, son exécuteur testamentaire, n'a pas hésité à parier sur le rayonnement futur de Zundel, et l'avenir lui a donné raison.

De nombreuses présentations et anthologies ont ainsi déjà été éditées, toutes précieuses, chacune en son genre. On pourra en trouver une longue liste à la fin de la biographie. Et maintenant ce livre se propose de présenter au lecteur divers aspects fondamentaux de la spiritualité de Zundel. Le thème principal choisi en est essentiel: celui de la Relation.

Il s'agit d'un essai passionnant, mais qui exige beaucoup de prudence, de nuances, d'humilité, de foi et...d'amour ! La très belle préface de Sylvie Germain pour la biographie nous y prépare parfaitement : « .. .Pour lui, l'Evangile ne se réduisait pas à un ensemble de textes à lire, méditer, interpréter et enseigner, mais constituait avant tout une Personne venant à notre rencontre, à pas de brise légère comme Dieu se promenant au crépuscule dans le jardin d'Eden, à la recherche de l'homme auquel il avait donné vie et liberté....Les hommes ne peuvent être sauvés par des discours, mais seulement par une présence, et cette présence ne peut leur apparaître normalement qu 'à travers un visage humain. Soyons le vitrail où chante le Soleil... »

Zundel s'est toujours refusé à rédiger une catéchèse au sens ordinaire du terme. Il n'exprimait et n'écrivait que ce dont il vivait, suivant les circonstances de rencontres personnelles, et de son inspiration du moment. D'où le danger d'en faire des fragmentations juxtaposées qui coupent inévitablement l'élan de la pensée, au risque de la déformer. Un esprit critique et méfiant pourrait s'insurger en particulier contre un sous-titre trop novateur pour lui et trop abrupt, sans pouvoir y découvrir l'exceptionnel intérêt. Et c'est tout le reste du livre qui en pâtirait.

Pourtant comme pour les nombreuses publications posthumes où j'ai outrepassé le désir de Zundel de disparaître complètement et de se défendre contre toute déformation, ce livre, très posthume, pourra certainement, à son tour, aider son public à se retrouver au cœur de l'Evangile. Et c'est bien là ce dont a essentiellement besoin plus que jamais chacun d'entre nous et l'Eglise. Mais revenons un peu en arrière pour essayer d'imaginer ce qu'aurait pu être le comportement de Zundel aujourd'hui.........

Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°3)

Or France Marie et moi, nous nous serions certainement heurtés, à l'époque, au même genre de réticences de la part de Zundel contre une édition de ce livre. Les concepts en soi sont inévitablement réducteurs s'ils sont coupés de leur source. C'est la présence exceptionnelle de Zundel qui pouvait leur donner vraiment vie. Si France Marie a pu s'impliquer aussi passionnément pour rassembler cette grande collection de textes et les ordonner de façon aussi pertinente, c'est évidemment parce qu'auparavant elle s'était donnée pleinement à la rédaction de la biographie. On peut dire qu'elle est devenue imprégnée de la présence de Zundel qui la guida dans les choix à faire et dans leur présentation. Reste qu'évidemment d'autres textes non moins significatifs auraient pu être choisis à partir des centaines d'autres conférences inédites dont elle a pu disposer mais dont l'examen aurait alors exigé un temps et une attention très importantes, souhaitables dans l'avenir.

Ce livre ne se veut ni ne peut certainement pas être considéré comme une catéchèse d'ensemble au sens ordinaire, mais du moins peut-il en fournir des éléments importants, vivants, et même très novateurs, à condition d'y redécouvrir le vrai sens de l'Evangile et de vouloir en vivre. L'abondance des textes présente un réel danger dans la mesure où l'on tenterait de tous les assimiler; on risquerait d'en rester à la surface et même de s'y noyer. Par contre, avec ces importantes réserves, ce livre peut être extrêmement précieux pour notre époque si troublée.

Plus qu'un simple novateur, Zundel nous fait revenir vitalement aux sources plus ou moins oubliées, négligées ou même critiquées de la foi et par là de l'amour.

« Puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. »(Ap.3,16).

«Je ne conçois rien, n'ayant pas la moindre propension à construire un système. Je témoigne simplement de l'expérience que je vis, toutes les fois qu'il m'arrive d'échapper aux complicités passionnelles qui asservissent chacun à soi et nous rendent esclaves les uns des autres.» sur un manuscrit). Et l'expérience dont vit Zundel, c'est à l'évidence l'amour fou de Dieu sur la Croix, dans l'attente infiniment patiente de la réponse de l'homme, réponse de l'amour à l'Amour. «Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu 'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap.3,20). Et c'est au lavement des pieds, (J. 13,1-16), en y frappant à notre porte, que Jésus nous invite à nous mettre à notre tour au service de tout homme et spécialement des plus pauvres. En toute relation, on peut dire que Zundel était à genoux en union de coeur désapproprié avec le Christ, pur Amour.Un des plus beaux témoignages en est sans doute le suivant, du cardinal Martini (1997):

Théologien, poète, mystique, liturgiste, auteur de nombreux livres - parmi lesquels «l'Evangile intérieur», car il insistait continuellement sur la valeur de l'intériorité - Zundel fut en particulier un témoin lumineux de la charité chrétienne qui écoute tous les hommes, les comprend tous, les aide tous, les aime tous, leur pardonne à tous, les fait tous grandir, et un témoin de la pauvreté d'esprit, qui selon ses propres termes, «s'offre comme un vide que seul l'esprit peut combler.» Il avait le don de contempler le visage de Jésus dans le visage de chaque personne qu'il rencontrait, de tout homme et de toute femme. Il vivait véritablement de la gloire deDieu et pour la joie des autres; même s'il était un homme discret, réservé, profondément humble.

Mais alors comment dialoguer avec un ensemble considérable de textes si divers et apparemment très neufs, souvent paradoxaux, et abrupts ? Par exemple: La religion de Jésus, c'est l'homme, ou encore: Jésus nous délivre de Dieu... Sauver Dieu de nous-mêmes.. .Décrucifier Dieu... etc.. affirmations qui pour être comprises nécessitent non seulement une explication rationnelle, mais toute une évolution du comportement. Et cette évolution ne peut bien s'éclairer que dans une relation mystique avec Jésus. Nous pouvons donc vouloir le rejoindre dans sa personne même, particulièrement dans sa passion. On ne fait alors qu'atteindre Pascal dans son extraordinaire Mystère de Jésus, Vie de notre vie. Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble. Mais il n 'en reçoit point, car ses disciples dorment... Jésus sera en agonie

jusqu'à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps là........ Je pensais à

toi dans mon agonie, j'ai versé telles gouttes de sang pour toi... mais :Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. »

Autant de retours au réalisme de l'Evangile qui nous invite à faire toujours plus nôtre ce suprême appel du Christ peu avant sa mort, (et sa résurrection !) « Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés ». J.15,12.)

Nous vous proposons, dans son intégralité, et sur plusieurs jours, l'introduction rédigée par le Père de Boissière pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007.

Ce guide de lecture, écourté lors de la publication du livre, vous permettra de retrouver tout ce qui fait l'originalité de l'oeuvre de Maurice Zundel.

suite n°1...

Le 17 février 1967, Maurice Zundel recevait du pape Paul VI, par l'intermédiaire du substitut Mgr Dell'Acqua, la lettre suivante: « Le Saint Père, toujours attentif à ce que vous publiez, a lu avec un vif intérêt le bel article que vous venez d'écrire dans la revue , Choisir, sous le titre : « Quête de l'homme, quête de Dieu ».

Ces quelques pages lui ont renouvelé le souvenir des beaux volumes que vous avez publiés au cours des années passées, et dont il appréciait la forme littéraire tout autant que la profondeur spirituelle. Et je puis bien vous dire en confidence qu'il serait très heureux que vous continuiez de mettre votre plume au service de l'Eglise dans le monde d'aujourd'hui, en nous donnant quelque nouvel ouvrage consacré à la problématique religieuse de notre temps. Si la chose vous était possible, elle serait sans nul doute très utile..

En vous remerciant à l'avance de la suite que vous pourrez donner à cette communication, je vous prie d'agréer Monsieur l'Abbé, avec le souvenir ci-joint, l'assurance de mon respectueux dévouement en N.S. »

Cinq ans plus tard, Le 20 février 1972, au début de sa retraite inattendue de carême au Vatican, à l'invitation de Paul VI, (qui voyait en lui « un génie spirituel avec des fulgurations »), Maurice Zundel faisait allusion à cette lettre en s'adressant ainsi au Saint Père :

« .. Il m'était facile d'obéir puisque, toute ma vie, j'ai cherché à être à l'écoute de mon temps, mais les choses, depuis, ont bien changé, je veux dire que cette problématique s'est terriblement compliquée et qu'elle est devenue encore plus difficile aujourd'hui. C'est une raison de plus de l'affronter puisque ce sont les hommes de notre temps qu'il s'agit d'évangéliser. Il faut donc les connaître et il faut essayer de voir par où il est possible de les atteindre... On peut caractériser aujourd'hui, surtout depuis 1968, on peut caractériser cette problématique d'un mot terrible en disant qu 'il s'agit d'un grand refus... »

Et ce fut le point de départ de 22 magnifiques conférences d'une brûlante actualité, toutes spontanément improvisées, même si elles avaient pu être préparées les années précédentes par de constantes méditations et par la publication d'un très beau livre en 1971: « Je est un autre », aide imprévue du dernier moment pour sa retraite au Vatican.

Déjà, dans son audience générale du 28 mai 1969, Paul VI n'avait-il pas cité un essai original et très personnel de Zundel pour ouvrir à la foi : « Recherche du Dieu inconnu », comme exemple d'une façon splendide de s'affirmer, de continuer à donner de nombreux témoignages de pensée et de vie, de répondre aux objections qui caractérisent la pensée philosophique, littéraire ou pratique aujourd'hui. Le lecteur y était invité à faire une sorte de course au trésor pour découvrir en grande partie par lui-même un enseignement vivant et libérateur des vérités de la foi. Il est significatif de noter que cette « Recherche du Dieu inconnu » avait été au départ une sorte de cours improvisé dans une institution suisse pour des élèves étrangères en 1932-1933. et publié pour la première fois en 1948, aux Editions Ouvrières, sur l'objurgation d'un père dominicain, ami de Zundel: le Père Moos. Ce livre eut tout de suite un grand succès, et fut vite épuisé. Je l'ai fait rééditer en 1986, pour être encore bientôt épuisé. Il mériterait d'être de nouveau réédité avec un simple petit toilettage. L'esprit en reste d'une grande actualité. Tout est dans les réponses que l'homme peut attendre en profondeur pour se « réaliser » pleinement. Du début jusqu'à la fin, il s'agit d'un dialogue incessant où chacun doit s'y « retrouver ». Mais il s'écarte beaucoup trop du catéchisme de l'époque (non sur le fond mais sur le fait de partir du lecteur, et non plus du haut de l'église enseignante. Les mêmes vérités s'y retrouvent mais en tant que re-connues et vécues.) Les deux censeurs de Zundel avaient dans un premier temps refusé le « nihil obstat », trouvant ce manuscrit comme une sorte de tour de prestidigitation. « Que va-t-il sortir du chapeau » ! Heureusement, l'imprimatur fut finalement accordé par un responsable au contraire très intéressé, l'abbé Enne. Et l'avenir lui donnera amplement raison. Le Père Moos pourra se féliciter d'avoir vaincu les réticences de son ami Zundel.

Introduction intégrale, rédigée par le Père de Boissière, pour le livre "VIVRE DIEU" édité aux presses de la Renaissance en 2007. (suite n°4)

Il faut bien voir que le but de ce livre si riche d'innombrables textes choisis avec passion par France Marie n'a pas d'autre but que de nous hisser à notre tour vers l'illumination mystique du Mémorial de Pascal, une nuit de l'an de grâce 1654, lundi 23 novembre, et non pas pour un nouveau catéchisme:

...«FEU...Jésus-Christ, Jésus-Christ, je m'en suis séparé; je l'ai fui, renoncé, crucifié. Que je n'en sois jamais séparé! Joie, joie, joie, et pleurs de joie...éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre... »

Ainsi le monde entier a-t-il particulièrement bien apprécié la première encyclique de Benoît XVI: Dieu est Amour. On peut y lire au § 18 : « L'amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus, il consiste précisément dans le fait que j'aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n 'apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu'à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté jusqu'à toucher le sentiment. J'apprends alors à regarder cette autre personne non plus avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus-Christ. Son ami est mon ami... Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l'autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d'amour dont il a besoin. »

Il est frappant de constater combien le comportement de Zundel avec quiconque répond parfaitement à l'amour que Benoît XVI souhaite mis en oeuvre pour chacun à l'exemple du Christ. Il suffit pour le voir de se rapporter au portrait admirable que vient d'en faire le cardinal Martini un peu plus haut, sans aucune exclusion. C'est aussi le très beau témoignage du saint métropolite orthodoxe, Antoine Bloom: « A moins de regarder une personne et de voir la beauté en elle, nous ne pouvons l'aider en rien. On n 'aide pas une personne en isolant ce qui ne va pas en elle, ce qui est laid, ce qui est déformé. Le Christ regardait toutes les personnes qu'il rencontrait, la prostituée, le voleur, et voyait la beauté cachée en eux. C'était peut-être une beauté déformée, abîmée, mais elle était néanmoins beauté, et il faisait en sorte que cette beauté rejaillisse. C 'est ce que nous devons apprendre à faire envers les autres. Mais pour y parvenir, il nous faut avant tout avoir un cœur pur, des intentions pures, l'esprit ouvert, ce qui n'est pas toujours le cas, afin de pouvoir écouter, regarder et voir la beauté cachée. Chacun de nous est à l'image de Dieu, et chacun de nous est semblable à une icône endommagée. Mais si l'on nous donnait une icône endommagée par le temps, par les événements, ou profanée par la haine des hommes, nous la traiterions avec tendresse, avec révérence, avec le cœur brisé. C 'est à ce qui reste de sa beauté et non à ce qui en est perdu, que nous attacherions de l'importance. »

Mais comment se rendre véritablement présent à Zundel dans ce livre, quand on a si souvent de la peine à expérimenter ce qui ne sont que des extraits de pensées sorties d'un contexte non vécu originellement par le lecteur? Le risque réel d'une seule lecture n'est-il pas d'être étourdi par un caléidoscope d'affirmations brillantes sans assumer les exigences absolument nécessaires d'une désappropriation radicale comme celle proposée au jeune homme riche: « une chose te manque... » (Lc, 18-23) Approcher Zundel, c'est se mettre sous l'appel du Christ et ce n'est pas rien ! A genoux, on ne peut mieux faire que lui... En somme comment commencer à aimer vraiment, vraiment? Comment devenir présent pour de vrai? Au delà des concepts et de la raison...avec passion...démissionner et se laisser prendre...Suis-moi...

«... Aimer, qu'est-ce que c'est ? Aimer, quand il arrive qu'on aime, et c'est si rare et si difficile, mais si l'on aime vraiment, qu 'est-ce que c'est qu 'aimer ? Sinon justement de n'être qu'une relation à l'autre. Et c'est cela Dieu, dans son mystère adorable, un courant de relations, où rien n'est approprié, où tout est donné, où la personnalité est purement, totalement, uniquement, éternellement, une référence à un autre, un regard vers un autre...» (Sacré-Cœur d'Ouchy, dernier dimanche après la Pentecôte, 25 novembre 1962, enregistrement confié par Jacqueline Auderset, édité par Anne Sigier, dans « Ta Parole comme une source », sous le titre (de moi.): « Le Christ, humilité, don et pauvreté », p.422.