Avril 2009

Textes publiés en Avril 2009

6ème homélie donnée par M. Zundel le 12 décembre 1965 à Ouchy-Lausanne.

"Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?" Jésus leur répondit: "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez, les aveugles voient et les boiteux mar­chent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressusci­tent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute. "

"Tandis que les envoyés se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules: "Qu'êtes-vous allés contempler au désert? Un roseau agité par le vent? Alors qu'êtes-vous allés voir? Un homme vêtu d'habits délicats? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois! Alors qu'êtes-vous allés faire? Voir un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, c'est celui dont il est écrit: «Voici que j'envoie mon messager devant toi pour te frayer la route.» En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. "

Il y a en ce moment à Paris dans la prison de la Santé un homme qui a tué sa femme le jour de Noël ou le soir de Noël, qui a tué sa femme à coups de couteau devant sa petite fille. Si nous écoutons notre instinct de justice, il nous paraît normal que cet homme soit mis à mort, qu'il expie par sa propre mort la mort affreuse qu'il a infligée à sa femme sous les yeux de sa petite fille! c'est ce que Jean Baptiste pensait lui aussi.

Il avait dans l'esprit, il pensait que, à la justice, doit correspondre la sanction et que la colère de Dieu devait s'abattre sur un peuple infidèle et prévaricateur, et il avait annoncé en effet le jour de la colère de Dieu, il avait annoncé ce jugement qui devait, dans un intervalle très bref, liqui­der toute la situation d'une Palestine occupée par l'ennemi, souillée par les idolâtres et défigurée par les pécheurs. Et voilà justement que ce jour de la colère n'éclate pas, que ce Messie qu'il avait reconnu comme tel, Il ne fait! Il ne se presse pas en tous cas, et non seulement il n'y a pas de vengeance, mais ce Messie singulier se commet avec les pécheurs, il vit en mauvaise compagnie, il accepte le contact de gens suspects! et c'est Jean dans sa prison, Jean « de la sainte colère » qui s'étonne, qui s'émeut, qui se scandalise, qui veut en avoir le cœur net : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?" C'est toujours la même question et, à cette question, il n'y a qu'une réponse du côté de Dieu, c'est la Croix où justement Il va prendre sur lui le mal, où Dieu, au lieu d'éclater dans une sainte colère et de détruire les pécheurs par le souffle de sa bouche, va s'identifier avec le mal, va l'assumer, va faire contre-poids avec Son Amour afin de nous introduire dans Son Royaume, dans ce Royaume de grâce où il n'y a pas de vengeance, où il n'y a pas de violence et où l'Amour a toujours le dernier mot.

Nous comprenons Jean, nous comprenons son impatience, nous comprenons son appétit de justice puisque cela relève de ce vieux fond instinctif en nous, et nous sommes toujours surpris de découvrir en Dieu une autre justice qui est celle de la Croix parce que nous n'avions pas encore compris que le Bien est Quelqu'un à aimer et non pas quelque chose à faire.

Il ne s'agit pas de nous conformer à un programme tout fait établi du dehors et qui nous serait imposé par une autorité redoutable et impassible, il s'agit d'en­trer en contact avec un coeur, il s'agit de nouer une amitié, il s'agit de vivre une vie d'intimité, il s'agit de nous échanger avec quelqu'un qui est tout Amour et qui ne peut être reconnu par nous que dans la mesure où Son Intimité s'enracine dans la nôtre.

C'est ce qu'il y a au fond de cet évangile: il y a une autre conception du bien, il y a une autre révélation de la dignité et de la grandeur humaines, nous ne sommes pas des esclaves ! Dieu n'est pas un maître ! Nous sommes dans un mariage d'amour, nous sommes dans un secret d'amitié, nous sommes enveloppés d'une tendresse infinie, nous sommes honorés par un respect qui a la Croix pour mesure, et Dieu devant nous n'attend qu'une chose, c'est cette ouverture de notre coeur qui lui permettra de vivre Sa Vie au-dedans de nous, comme l'être qui aime aspire à vivre en l'être aimé dans l'espace de lumière qui est le don de l'amour.

Nous avons donc à passer d'une conception de la justice primitive et très humaine à une autre conception de la justice infiniment haute et divine dont la Croix est la source et le ferment. En Jésus-Christ la non-violence a fait son entrée dans le monde, la non-violence, non pas la faiblesse, non pas la tolérance à l'égard de n'importe quoi, mais la non violence comme la révélation d'une autre humanité, d'un autre Dieu, d'une autre morale qui est une mystique, et d'un être qui n'est pas engagé dans une servitude par une puissance qui se nargue de sa dignité mais, tout au contraire, en Jésus nous apprenons que chaque mouvement de notre coeur a une portée infinie et que Dieu est si parfaitement intérieur, si incapable de violer notre clôture, si incapable de s'introduire de force dans notre intimité, qu'il attendra éternellement en faisant contre-poids par l'assomption de la mort, en faisant contre-poids en subissant l'agonie et la cruci­fixion ! Il attendra autant qu'il le faudra que notre amour fleurisse et que, reconnaissant enfin Son Visage, le Visage de l'éternel Amour, nous nous donnions à Lui comme le bon larron, sans réticence, sans peur, non pas parce que nous sommes à l'abri d'être jugés, non pas parce que nous redoutons une quelconque condamnation mais parce qu'enfin nous avons découvert Dieu comme cet Amour que nous cherchions par toute la terre et qu'enfin nous avons rencontré au plus intime de nous comme un Visage qui nous attend ce soir, qui nous attend toujours, comme un Visage dans la contemplation duquel nous avons trouvé notre repos, notre joie et notre lumière. Amen.

5ème homélie donné à Ouchy-Lausanne le dimanche 12 décembre 1965.

"Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Jésus leur répondit : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient et les boiteux mar­chent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressusci­tent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute !"

"Tandis que les envoyés se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules: "Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent? Alors qu'êtes-vous allés voir? Un homme vêtu d'habits délicats? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. Alors qu'êtes-vous allés faire Voir un prophète? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, c'est celui dont il est écrit: «Voici que j'envoie mon messager devant toi pour te frayer la route!» En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui."

Dieu cherche à établir par lui les signes donnés lorsqu'il dit à Jean-Baptiste selon les Ecritures, il y a au commencement les pauvres: "Les pauvres sont évangélisés." De quels pauvres s'agit-il? Il s'agit évidem­ment des ces anawim, de ces pauvres selon l'esprit, il s'agit de ces âmes de pauvres, de ces êtres qui ne se regardent pas parce que leur trésor est ailleurs, qui sont ouverts à la Lumière qui luit au plus profond d'eux-mêmes parce que leur vie est toute entière une offrande d'amour.

Il importe de nous entendre à ce sujet car il est bien évident que l'Evangile n'entend pas perpétuer la condition de pauvre au sens matériel du mot et que la pauvreté qui est glorifiée, c'est justement cette pauvreté selon l'esprit! ce qui est béatifié, c'est cette dignité qui fait d'un être tout entier une offrande sans aucune espèce d'humiliation mais cette dignité qui fait qu'au contraire, dans l'épanouissement suprême d'une grandeur authentique, c'est justement le chef d'oeuvre du labeur du Christ qui a tout renouvelé et d'abord le lan­gage du Dieu Verbe Incarné, c'est sa grandeur justement d'avoir infusé à la langue des hommes un sens nouveau, c'est d'avoir coulé dans chaque mot une dimension d'éternité, c'est d'avoir libéré les mots comme Il a libéré la vie et de nous introduire dans une perspective infinie sans aucune exalta­tion.

La morale du Christ n'est pas du tout limitée à une règle conçue du dehors. C'est une dimension d'existence, c'est une exigence d'être, une exigence de grandeur et c'est pourquoi la pauvreté n'implique, dans l'esprit de Jésus comme dans celui de Saint François qui l'a magnifiquement illustré, n'im­plique aucune espèce de diminution de dignité et de grandeur! Tout au contraire.

En effet, la pauvreté selon l'esprit atteint sa suprême réalisation en Dieu Lui-même, et c'est cela qui fait toute notre délivrance, tandis que Nietzsche refusait de se soumettre à une divinité qui n'aurait d'autre avantage sur lui que d'être toute-puissante: "S'il y avait des dieux, dit-il, comment supporterais-je de n'être pas Dieu?" On le comprend car justement Nietzsche voyait dans la divinité un pouvoir qui nous courbe sous son joug, un pouvoir qui nous écrase par une toute-puissance massive, matérielle, qui parait la négation de l'esprit! mais cela est absurde! le vrai Dieu justement est absolument incapable de nous piétiner de cette manière, Il est absolument incapable de nous humilier de cette manière ! et Il ne nous demande pas de nous humilier, car l'humilité et l'humiliation se situent aux antipodes.

Ce n'est pas du tout la même chose d'être humble et de s'humilier. Et, comme il y a un crime à humilier quelqu'un, un crime contre la dignité humaine, un crime contre la dignité divine de toute âme dont la mesure, dont la dignité est mesurée à la fragilité, de même il n'est pas question de nous humilier mais de nous donner.

L'humilité dans le Christ, ce n'est pas autre chose que l'offrande de tout l'être à cette Présence Bien-aimée de Dieu qui est au plus intime de nous-mêmes la Vie de notre vie, et c'est pourquoi justement cette humilité, parce qu'elle est une offrande, parce qu'elle est tout regard vers un Autre, parce qu'elle est pure oblation, parce qu'elle est pure générosité, cette humilité n'est jamais une humiliation, c'est au contraire l'honneur même et de l'homme et de Dieu.

Comment cela peut-il être l'honneur et de l'homme et de Dieu? Mais pour la simple raison qu'il n'y a rien de plus grand que l'amour, il n'y a rien de plus parfait que de tenir de soi-même la seule chose que l'on puisse tenir de soi-même qui est le dépouillement, qui est le vide que l'on fait en soi pour accueillir un Autre afin qu'il y trouve tout l'espace indispensable à l'effusion de sa vie.

Jésus a tout renouvelé. La pauvreté n'est plus sordide, la pauvreté ne consiste plus dans une condition humiliée, elle est toute entière dans la désappropriation de soi, dans cette offrande que l'on fait à Dieu qui est Lui-même tout don et tout amour et qui, au coeur de cette Trinité, ne cesse jamais de se dépouiller dans la circumincession du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Et c'est cela justement qu'il faut entendre dans l'Evangile qui est la Bonne Nouvelle, c'est que le Seigneur nous veut grands, Il nous veut semblables à Lui-même ! et c'est vrai, Il veut que nous soyons parfaits à la manière de Dieu, c'est-à-dire parfaits dans l'amour, parfaits dans la charité, parfaits dans la désappropriation qui est la seule forme de grandeur selon l'esprit.

On ne l'a pas compris lorsqu'on a fait de l'humilité une école d'humiliation au lieu d'en faire une école de grandeur. On n'a pas compris que ce que Dieu nous demande, c'est ce qui est indispensable à l'accomplissement d'une vie libre, d'une vie qui n'est pas subie, d'une vie qui est vraiment la source et l'origine d'elle -même. Ce qui est possible justement dans cette reprise de tout soi-même à partir de ses dernières racines dans un élan d'amour vers cet Autre plus intime à nous-mêmes que le plus intime de nous-même.

C'est à ces pauvres que nous avons à devenir que l'Evangile s'adresse, à ces pauvres selon l'esprit qui sont précisément les véritables disciples du Dieu Vivant, qui sont des fils par l'espérance et qui ressemblent à leur Père céleste dans la mesure où toute leur vie est une vie de don, de géné­rosité et de charité.

Nous ne voulons donc envisager le christianisme jamais sous un angle de rapetissement. Il n'est jamais question de limiter nos ambitions à quelque chose de dérisoire, au contraire, ce qui nous est demandé, c'est de ne jamais vouloir moins que l'infini, mais le véritable infini qui est tel précisément par ce don, par cette offrande qui est le brasier ardent qui est au coeur de Dieu cette flamme éternelle de la charité infinie.

Le Christ s'adresse à nous pour nous promouvoir, Il nous dit à chacun : "Mon ami, monte plus haut". Il nous délivre de toute humiliation, Il nous délivre de toutes les hiérarchies où il y a un en haut et un en bas, où il y a des maîtres et des sujets, et cela non pas en nous poussant à la révolte, mais en nous faisant comprendre que la véritable grandeur est dans la ligne de l'existence, et que celui-là agit d'une manière souveraine dont la présence suffit pour créer de la lumière, pour apporter de la joie, pour être une source de fraternité et de paix.

Nous avons donc à nous laisser former par Lui mais en toute espèce, je veux dire en toute sécurité, mais en toute confiance, mais en tout abandon parce qu'il ne va rien prendre, Lui qui est le grand pauvre, Il va nous apprendre à ne rien posséder, c'est-à-dire à n'être possédé par rien. Il va nous apprendre à grandir dans le silence, Il va nous apprendre à nous donner à Lui-même qui est le don parfait, Il va nous apprendre à accueillir les autres sans jamais les humilier parce que chacun a ses possibilités de devenir un fils de Dieu, parce que pour chacun c'est la même route, c'est la même dimension, c'est la même grandeur, c'est la même humilité qui n'humilie pas mais qui glorifie, parce que c'est l'humilité où, tout simplement, cessant de se regarder, on est fasciné par le Visage que l'on porte en soi et on n'aspire plus qu'à Lui donner la possibilité de se révéler, de transparaître et de se communiquer.

Nous allons demander que cette liturgie d'aujourd'hui qui s'adresse aux pauvres que nous avons à devenir, s'accomplisse de plus en plus parfaitement dans cette liberté intérieure qui est la seule grandeur, en demandant à la Vierge immaculée, qui est la femme pauvre, la femme qui ne s'est jamais regardée, la femme qui est communion dans le Christ et qui est toute mère par toutes les fibres de son être parce que, justement, elle n'est que donation, elle est "fiat".

Nous allons demander que ce soit là justement notre préparation au mystère de Noël, au mystère adorable du Dieu qui vient, nous allons demander cette âme de pauvre qui nous permettra, sans contorsions, sans mensonges, sans hyperboles, dans la pure altérité d'une existence authentique, d'être pour Dieu un relais, un signe, un sacrement vivant, où Il pourra, sans succomber au besoin de Le nommer, laisser transparaître Son Visage après Lequel toute la terre soupire. »

3ème homélie donnée par M. Zundel ce même dimanche 12 décembre 1965 à Ouchy-Lausanne.

Le même évangile, le même environnement de pensée : la majorité des chrétiens en sont encore restés au Dieu de l'ancienne alliance. Il n'est pas certain que nous soyons sortis de la première représentation de Dieu qui est d'abord celle de tout homme : un Dieu infiniment riche puisque propriétaire de tout ce qui existe. Le Dieu pauvre n'est encore presque jamais prêché dans les églises, la Croix n'étant pour la plupart qu'un accident dans la vie de Dieu, du au péché des hommes.

"Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Jésus leur répondit: "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux mar­chent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres; et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute !

Tandis que les envoyés se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules : Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?» Alors qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits délicats ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois. Alors qu'êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, c'est celui dont il est écrit : Voici que j'envoie mon messager devant toi pour te frayer la route. En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus, grand que Jean le Baptiste, et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. "

LrEvangile que nous venons d'entendre nous apparaît d'abord comme quelque chose d'extraordinaire à cause de cette progression mystérieuse qui nous oriente vers le secret de la Nouvelle Alliance. Nous avons d'abord ce doute, qui nous paraît incroyable, ce doute du précurseur qui s'enquiert avec anxiété : "Es-tu celui que nous attendons, celui qui doit venir, ou faut-il en attendre un autre ?"

Nous avons la réponse de Jésus qui est structurelle et qui se borne, en se référant aux Prophètes, en particulier au Prophète Isaïe, à constater que les temps sont accomplis puisque les prophéties se réalisent. Quand les disciples de Jean ont reçu cette réponse conforme aux Ecritures, Jésus leur dira quelque chose d'inattendu: il fait un éloge de Jean qui plafonne au plus haut niveau ! il semble que jamais homme comme Jean n'ait été glorifié comme il l'est dans cet éloge de Jésus : "le plus grand des prophètes, le plus grand des fils de la femme, à nul autre pareil, celui qui est l'ange qui précède l'envoyé de Dieu ! "Et quand cet éloge enfin a atteint son sommet, il y a cette retombée prodigieuse, inattendue et magnifique: "Et pourtant le plus petit dans le Royaume, le plus petit est plus grand que Jean le Baptiste."

Qu'est-ce que cela veut dire? Comment cet éloge indépassable tombe-t-il soudain à plat devant cette constatation bouleversante que le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean le Baptiste? Cela veut dire que nous entrons dans la Nouvelle Alliance, que, par rapport à la nouvelle économie, l'ancienne dont Jean Baptiste est le suprême héraut, l'ancienne est passée, l'ancienne est dépassée infiniment, et la distance est telle entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance que le plus petit des disciples de Jésus, en tant qu'il appartient à la Nouvelle Alliance, à la nouvelle économie, est plus grand que Jean Baptiste qui ne fait que désigner le monde qui vient mais qui ne franchira pas le voile qui vient d'être tiré, qui n'atteindra pas, sinon dans la gloire divine, qui n'atteindra pas à cette révélation unique de la pau­vreté de Dieu.

Car il y a bien certes là une opposition : ce que Jean annonçait, ce qu'il attendait, c'était l'explosion de la colère de Dieu ! Il l'avait annoncée, la cognée à la racine, à la racine de l'arbre que Dieu enfin va moissonner, Il va trier, Il va séparer le bon grain du mauvais, Il va par une parole de sa bouche, détruire ses ennemis, Il va une fois de plus dans l'histoire et d'une manière définitive affirmer Sa toute-puissance.

Et c'est justement ce qui ne se produit pas, c'est ce qui n'arrivera pas, c'est ce qui va décevoir non seulement le Précurseur mais les disciples, mais les apôtres, mais les plus intimes de Jésus. Rien ne se produira de ce que Jean attendait. Ce jour de colère n'éclatera pas. La toute-puissance de Dieu se manifestera finalement dans la défaite, dans l'humi­liation, dans la solitude, dans la nuit, dans les ténèbres effroyables, dans le cri du Golgotha : "O Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (1)

Comment est-ce que Jean, en tant qu'il appartient justement à l'Ancienne économie, comment est-ce que Jean aurait pu concevoir que la toute-puissance de Dieu est celle de l'Amour et que l'Amour peut être vaincu s'il ne trouve pas la réponse adéquate, cette réponse libre qui, seule, peut Le fixer en nous et faire de Lui la source même de notre vie.

Cet Evangile a cela justement d'infiniment précieux, c'est qu'en nous rendant sensible l'angoisse du précurseur, en nous faisant entendre la réponse de Jésus, si discrète et toute empruntée à l'Ecriture, en nous associant à cet éloge du Baptiste qui atteint le sommet des sommets, il nous permet, il nous rend sensible la distance infinie entre les concep­tions que l'on avait avant et celles que nous devons inférer, celles qui jaillissent de l'Incarnation où Dieu instille à tout homme un coeur d'homme, et où Il va justement nous apprendre que la suprême grandeur est le suprê­me dépouillement.

Dieu est-Il un pouvoir, un pouvoir qui sait tout, un pouvoir qui exige tout, auquel nous sommes soumis irrésistiblement ? ou bien est-Il un Amour, un Amour livré, un Amour offert, un Amour qui peut être refusé, un Amour qui accepte d'être rejeté jusqu'à la mort de la Croix ?

Toute la question est là et il semble bien que les chrétiens n'ont pas encore choisi, qu'ils n'ont pas compris que nous sommes là à la croisée des chemins, qu'il faut prendre position et que, ou bien Dieu est un souverain qui peut nous écraser, ou bien Il est un Amour qui nous libère, qui nous affranchit, qui nous conduit à la grandeur par une évacuation de nous-mêmes parce qu'il est éternellement donné, communiqué, vidé de soi dans l'extase de la très sainte Trinité. » (à suivre)

Note (1). Peut-on rappeler ici que ce cri de Jésus est le début d'un psaume de l'ancien Testament, et que le Dieu qui, en fait, abandonne Jésus au moment de sa passion et de sa mort, est le Dieu vengeur et justicier de l'Ancien testament ... qui n'a jamais existé, sinon dans la première représentation de Dieu que se font les hommes.

Suite et fin de la 3ème homélie donnée par M. Zundel le 12 décembre 1965 à Ouchy-Lausanne.

Reprise du texte : « Il semble bien que les chrétiens n'ont pas encore choisi, qu'ils n'ont pas compris que nous sommes là à la croisée des chemins, qu'il faut prendre position et que, ou bien Dieu est un souverain qui peut nous écraser, ou bien Il est un Amour qui nous libère, qui nous affranchit, qui nous conduit à la grandeur par une évacuation de nous-mêmes parce qu'il est éternellement donné, communiqué, vidé de soi dans l'extase de la très sainte Trinité. »

Suite du texte : « Chaque jour nous avons à apprendre cette leçon si difficile, nous avons à croire que la grandeur, quand on est digne de soi-même, à croire que la dernière place doit être celle de Dieu et qu'on ne peut l'y rejoindre que dans l'agenouillement du Lavement des pieds, nous avons à croire que l'action, la seule qui soit toute-puissante, irrésistible, est celle de l'humilité agenouillée, à croire que c'est dans le silence, où l'on ne fait rien apparemment, que l'on peut atteindre toute l'extrémité de l'univers, à croire que les chemins de l'histoire passent par le coeur de chacun, et que le plus petit, si il aime, soulève le monde et lui donne son accomplissement qui ne peut être qu'un accomplissement d'amour.

C'est cela que l'Evangile d'aujourd'hui nous montre, c'est là qu'il veut nous conduire, c'est là qu'il veut nous enraciner de nouveau dans cette grandeur authentique qui est celle de Dieu et qui est la nôtre en même temps.

L'Avent, oui, ce monde nouveau auquel nous nous préparons, c'est ce monde-là, ce monde intérieur, ce monde silencieux, ce monde qui ne sait pas courir, ce monde où l'on est caché en Dieu et où l'on atteint le secret suprême de la vie sans rien dire, dans une offrande de soi-même qui est le seul espace où la lumière divine peut se répandre.

Le Nouveau Testament, oui, nous nous en saisissons dans cet Evangile qui en veut dire de façon si dramatique et si émouvante l'éternelle nouveauté. Rien n'est plus apte en effet à notre grandeur que d'être appelé à une grandeur infinie ! et que d'apprendre soudain que cette grandeur infinie est un dépouillement infini, et qu'il faut faire le vide en soi pour accueillir la lumière d'un puits éternel, et qu'il faut creuser ce puits encore et toujours davantage pour agir sur les autres sans violer le secret de leur âme, sans attenter à leur liberté, et que la seule révélation de Dieu qui soit irrésistible est précisément celle qui communique cet espace et qui révèle Dieu comme un coeur.

Nous avons donc à écouter cet Evangile, à en suivre la progression, à nous associer à l'éloge que Jésus fait du Baptiste avec une délicatesse qui est si admirable ! et en même temps à nous laisser entraîner dans ce merveilleux dépassement, à ne plus voir que ce qui commence maintenant,

l'Alliance Nouvelle, s'adresse à nous pour faire de nous des êtres nouveaux, pour nous engager en effet dans une aventure humaine d'une dimension illi­mitée, mais dans un tel équilibre de grâce, de générosité et d'amour que l'humilité soit simplement le revers de la grandeur parce que cette grandeur est toute entière, est uniquement, comme en Dieu, une grandeur d'amour.

Aimer, oui, c'est cela, aimer comme Dieu aime, aimer en se retirant, en s'effaçant en Lui, aimer en offrant aux autres sans rien dire la révéla­tion de ce Visage qui ne peut entrer dans aucun langage mais qui peut recevoir à travers un visage d'homme une révélation discrète et silencieuse.

Nous voulons donc demander à Notre Seigneur dans les prières de la liturgie, demander que nous devenions le berceau, demander que nous devenions le sanctuaire, nous voulons implorer de Jésus lui-même cette transfiguration qui fera de nous-mêmes la révélation de Sa Présence dans ce vide toujours recom­mencé où il nous faudra nous accoutumer à aimer la dernière place, à la prendre spontanément de nous-mêmes pour y rejoindre Dieu dont justement toute la souveraineté, dont toute la grandeur, dont tout le pouvoir créateur, réside dans ce vide qui jaillit incessamment, éternellement, infiniment de la vie du Père dans le Fils et du Fils dans l'Esprit Saint dans une communion infinie à laquelle Jésus précisément veut nous introduire aujourd'hui dans les abîmes de cette liturgie où nous allons Le rejoindre à la Croix afin qu'il dise sur nous en nous enracinant en Lui pour nous faire participer à Sa grandeur d'humilité, de dépouillement et d'amour, afin qu'il dise sur nous, si nous nous y prêtons un jour ou l'autre, si vous vous y prêtez, afin qu'il dise sur nous comme sur de vivantes hosties : "Ceci est mon corps. Ceci est mon sang." Amen.

2ème homélie donnée par M. Zundel à Ouchy-Lausanne le 12 décembre 1965.

"Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des oeuvres du Christ. Il lui envoya de ses disciples pour lui demander: "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Jésus leur répondit: "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient et les boiteux mar­chent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressusci­tent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres; et heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! "

"Tandis que les envoyés se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules: "Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors qu'étes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits délicats ? Mais ceux qui portent des habits délicats se trouvent dans les demeures des rois ! Alors qu'êtes-vous allés faire ? Voir un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète, c'est celui dont il est écrit : « Voici que j'envoie mon messager devant toi pour te frayer la route. En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. "

« Il nous paraît fantastique, n'est-ce pas, nous qui avons l'habitude de citer le nom de Jean Baptiste dans le confiteor, il nous paraît fantastique qu'un des derniers mots de ce prophète adressé à Jésus soit un mot dubitatif. Il paraît fantastique que ce martyr se meurt en se demandant si celui qu'il avait montré du doigt comme l'Agneau de Dieu était bien celui qui devait venir ou s'il fallait en attendre un autre.

Mais si nous rapprochons cet épisode de celui du recouvrement de l'enfant Jésus au Temple, si nous nous rappelons que l'évangéliste Luc note que Marie et Joseph ne comprirent pas l'enfant lorsqu'il leur déclara, après être resté trois jours séparé d'eux, qu'il devait être aux affaires de son Père, si nous songeons que même la Vierge Marie, tout en gardant ces paroles dans son coeur, n'arrivait pas à en épuiser le contenu, il ne nous paraîtra pas impossible d'admettre, bien au contraire, que Jean le Bap­tiste qui est certainement beaucoup moins avant dans les secrets de Dieu que la Très Sainte Vierge elle-même, se soit demandé finalement si les voies de Jésus correspondaient avec ce qu'il avait annoncé : il avait annoncé en effet le jugement de Dieu, le Jour de Yahwé, le jour terrible, le jour de la vengeance, le jour où Dieu s'explique avec ses ennemis et les défait par une seule parole de sa bouche, ce Dieu terrible, ce Dieu impassible, ce Dieu qui est le dernier mot, celui qui n'a pas besoin d'armée pour abattre ses adversaires, comment serait-Il reconnu sous les traits (de Jésus) de ce prédica­teur patient qui se mêle aux foules, qui n'annonce pas le feu du ciel, qui se commet avec des pécheurs, qui les reçoit à sa table ou qui se laisse inviter à la leur, comment cela répond-il aux prophéties ? Comment cela réalise-t-il une manifestation de puissance et du définitif jugement?

Il semble que ses voies sont trop douces, il semble qu'elles ne correspon­dent pas à la puissance de Yahwé ! Il faut nécessairement, si Dieu entre en scène, que rien ne lui résiste ! et c'est pourquoi Jean, qui va donner sa vie pour la vérité, dans sa prison s'interroge et s'inquiète. Il ne reconnaît pas le Yahwé des prophètes, il ne reconnaît pas la toute-puissance qui va de soi quand il est question du roi des rois ! et il n'est pas encore mûr pour accepter que la grandeur de Dieu se manifeste dans la faiblesse et dans la défaite.

Nous ne sommes peut-être pas mûrs non plus nous-mêmes, nous qui avons fait de Dieu si souvent le bouche-trou de toutes nos impuissances et de toutes nos ignorances. Nous sommes tentés de penser que, du côté de Dieu, tout est fait, qu'il n'y a rien à ajouter, que la pièce est jouée, que les jeux sont faits, que l'histoire du monde est révolue, que nous ne sommes entre les mains de Dieu que des marionnettes dont Il tire les fils ! et voilà justement que Notre Seigneur, à l'opposé de l'image que l'on se fait de la puissance de Dieu, va nous apprendre que rien n'est fait, que tout reste à faire, que notre liberté a franc jeu, que là est le respect infini dont la Croix est la mesure, et que justement Dieu est la pauvreté infinie, que Dieu ne peut rien en nous sans nous, qu'il est Dieu précisément parce qu'il est le souverain dépouille­ment et qu'il s'atteste comme Dieu au milieu de nous et au-dedans de nous précisément parce qu'il ne peut faire violence à notre volonté, parce qu'il nous demande notre collaboration comme radicalement indispensable, parce qu'il fait de nous vraiment des créateurs avec Lui d'un univers qui ne peut exister sans nous.

Et déjà nous sommes orientés vers l'avenir, il ne s'agit plus d'une his­toire au passé que l'on ressasserait dans une supplication vaine pour changer ce qui est immuable puisque le passé est passé : il s'agit d'un avenir, il s'agit d'un monde à créer, d'un monde qui est entre nos mains, d'une monde nuptial, d'un monde d'amour que le Christ veut susciter en place de la vieille création en re-concevant en nous, en récapitulant en nous, l'univers. Il s'agit d'un monde nouveau mais qui ne s'accomplira pas sans nous.

Et c'est ce que le Baptiste ne pouvait comprendre, bien sûr, il appartenait encore à l'ancienne alliance, il imaginait Dieu avec en Lui-même une puissance irrésistible, il ne pouvait pas L'entrevoir encore avec le Visage de la Suprême Pauvreté.

L'Evangile d'aujourd'hui justement parce qu'il nous met en face de cette hésitation, parce qu'il nous confronte avec le plus grand des prophètes de l'ancien testament, le précurseur du Christ, parce qu'il nous rappelle l'ignorance de Marie et de Joseph, leur stupeur devant les voies de Dieu, ces voies toutes neuves inaugurées par l'Incarnation, l'Evangile d'aujourd' hui nous confronte de même d'une manière toute neuve avec l'acte de foi, un acte de foi contre la puissance irrésistible d'un Dieu qui panique toutes choses par une seule parole de sa bouche, par un acte de foi dans une liberté fondée sur la pauvreté absolue, dans une liberté qui n'est que la lumière d'une désappropriation radicale, dans une liberté qui fonde la nôtre en l'appelant justement à se constituer elle-même par le don de soi.

L'Evangile d'aujourd'hui nous met en face de ce monde tout neuf qui ne peut s'accomplir, qui ne peut surgir du néant qu'avec la collaboration de notre amour, et l'Evangile d'aujourd'hui, en nous faisant mettre nos pas dans les pas de Jésus Christ, nous demande de L'accompagner jusqu'au bout, d'accomplir ce plan mystérieux où le triomphe de Dieu doit s'accom­plir dans la défaite de la Croix afin que nous sachions justement qu'il ne s'agit pas pour nous d'attendre les bras croisés la réalisation d'un destin auquel nous n'avons aucune part, mais qu'au contraire nous sommes à pied d'oeuvre pour construire avec Dieu un monde qui ne peut se passer de nous, un monde fondé sur l'amour, un monde dont la dimension créatrice est une dimension de générosité, un monde où Dieu Lui-même s'est confié dans Sa Pauvreté Infinie, car Dieu est au fond de nous-mêmes une attente éternelle.

Au fond de nous le Christ veille et de nous fait jaillir dans les profondeurs silencieuses de notre âme ce De Profundis de Dieu qui va retentir aux secondes Vêpres de Noël, et nous voulons justement nous avancer vers ce mystère adorable non pas comme vers une chose éthique, une chose qui est déjà faite et qui s'accomplit, mais nous allons assumer ce Noël comme un programme d'action, comme un programme de vie, comme une révélation de l'initiative que nous avons à prendre pour faire de notre vie un chef d'oeuvre digne de Dieu et digne de nous.

Dieu a besoin de nous. Il a besoin de nous, infiniment ! A chaque instant chacune de nos décisions décide de la figure du monde, décide du sens même de l'univers ! et c'est pourquoi, en écoutant le Baptiste exprimer son doute déchirant, notre regard au contraire à nous s'illumine de joie car nous savons justement que, si Dieu a un autre Visage que celui qu'on lui donnait dans la vieille alliance, c'est qu'il se révèle à nous comme le Dieu du coeur, c'est qu'il se révèle à nous comme le Dieu de la grandeur humaine, c'est qu'il nous signale, c'est qu'il nous révèle la collaboration indispensable que nous avons à Lui fournir, c'est que non seulement Il remet le monde entre nos mains, mais Il se remet Lui-même entre nos mains puisque c'est la manière dont on comprend Dieu, la manière dont on comprend son appel, et la réponse que nous donnerons à cet appel, qui donnera dans notre vie et dans la vie des autres, dans la mesure où la nôtre peut les influencer, qui donnera à Dieu Son Visage.

Ô demandons que le Visage de Dieu par nous ne soit pas mutilé ! qu'il ne soit pas défiguré, qu'il ne soit pas caricatural, et qu'en suivant les traces de la divine pauvreté, en entrant dans ses abîmes de silence, en laissant le Christ se dire en nous sans y rien ajouter de nous-mêmes, nous puissions montrer aux autres le visage de Dieu comme un visage de paix, comme un visage de grandeur et qui nous appelle à la grandeur, comme un visage qui nous révèle l'immensité de notre liberté, car les jeux ne sont pas faits, tout demeure à accomplir !

Dieu ne peut rien en nous sans nous et c'est justement ce consentement proféré au plus intime de nous-mêmes, ce consentement d'amour, qui fera de l'Evangile non pas un mot, non pas un texte, non pas un livre, mais qui fera de l'Evangile une vie débordante qui apportera silencieusement la lumière et qui révélera justement le Visage du Christ comme un Visage de paix aujourd'hui. »