Octobre 2008

textes publiés en Octobre 2008.

Suite 2 de la 13ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

L'Eglise est une société qui a ses assises dans la solitude de chacun. Nous nous touchons tous au plus intime de nous-même.

« Vous voyez la vie avec toutes ses fonctions économiques, politiques, voire ecclésiastiques, vous voyez des hommes chargés de responsabilités, vous les voyez pleins de talent, s'exprimant avec une intelligence magnifique, et vous voyez ces êtres qui ont un pouvoir énorme, comme le président des Etats-Unis qui peut décider presqu'à lui seul du sort de son immense nation, et qu'est-ce que tout cela ?

Ce sont des fonctions qui déplacent des choses, qui mettent en mouvement des rouages, mais tout cela n'est rien s'il n'y a pas dans l'être humain cette profondeur, s'il n'y a pas ce sanctuaire intérieur, s'il n'y a pas cet espace illimité, s'il n'y a pas ce trésor, qui se révèle dans cette sorte d'oraison que l'homme fait sur lui-même.

Seul en face de moi-même ? je ne suis pas seul ! Tout le ciel est au-dedans de moi-même, je ne puis m'approcher de moi-même que sur la pointe des pieds, comme disait un poète, précisément parce que je ne suis pas seul ! Tout le sacré est au-dedans de nous, et la charité fraternelle se nourrit précisément de ce sacré : faire oraison sur la vie, faire oraison sur les autres, c'est le plus sûr moyen, sans violer leur secret, de respecter leur vocation divine, et c'est le meilleur moyen, sans rien faire que d'exister en état d'agenouillement intérieur, c'est le meilleur moyen de susciter en eux cette vie divine dont ils sont les porteurs, et qui est leur grandeur et leur joie.

Il faut finalement que la prière aboutisse à ce sanctuaire que nous sommes, pour construire cette église vivante qui a son Centre au plus intime de nous-même. C'est une société-sacrement, c'est une société qui a ses assises dans la solitude de chacun, et c'est dans cette solitude de chacun qui rayonne sur tout l'Univers, car nous avons tous les mêmes racines, que nous nous touchons tous au plus intime de nous-mêmes, nous sommes vraiment uns dans cette Présence de Dieu dont notre vie jaillit et en qui elle demeure.

L'unité du genre humain est rigoureusement personnelle, je veux dire qu'elle est axée précisément sur cette respiration de Dieu, qui fait de nous tous ensemble une seule personne en Jésus. Notre prière donc, notre prière liturgique, notre prière eucharistique, débouche finalement sur cette oraison sur la vie en nous, et dans les autres.

Pour nous rendre sensible l'expérience du sacré au plus intime de l'homme, il faut voir comment Nietzsche a sans cesse vitupéré contre le mépris de la vie qui serait, d'après lui, le propre du christianisme, mais c'est le contraire ! le christianisme identifie le sacré avec la vie ! tout l'au-delà est au-dedans, et toutes ces notions de personnalité, de dignité, d'immortalité, sont reliées par une intime circumincession : il n'y a de personnalité, il n'y a de dignité, il n'y a d1immortalité, que parce que précisément le sacré a finalement son siège au plus intime de nous. Il s'agit donc d'être à l'écoute de ce sacré, dans une prière qui est une continuelle attention d'amour, aux profondeurs divines de la vie.

Les gens parlent, s'expriment, agissent, prennent des décisions, écrivent des livres, organisent des congrès, toutes choses qui ont leur valeur et éventuellement leur nécessité, mais finalement tout cela n'est qu'un moyen, à l'égard de cette fin qui est le règne de Dieu au plus profond de nous-mêmes.

Agis, disait Kant magnifiquement, de telle sorte que tu traites toujours l'humanité, en toi et dans les autres, comme une fin, et jamais comme un moyen." et la fin dernière est ici, la fin dernière est en nous, et le jugement dernier aussi car le jugement dernier, c'est cela : la valeur d'une vie, c'est cette transmutation, cette transformation de l'être en sacré.

Que de paroles, que de discours, que d'entreprises vaines ! toute cette agitation sous couleur de réforme, de rénovation, de retour aux sources, toutes ces contestations, comme tout cela est vain ! si le sacré est vraiment au-dedans de nous, le seul témoignage que nous puissions lui rendre, c'est justement de le vivre, d'établir entre nous-même et nous-même, je veux dire entre nous et le sanctuaire que nous sommes, cette distance infinie de respect et de vénération.

Entrer dans notre âme comme dans le sanctuaire de la divinité, nous traiter nous-mêmes comme l'Eglise vivante, et rendre ce témoignage que toute la vie en Dieu se transfigure, qu'elle rassérène, qu'elle se libère, qu'elle s'immortalise, qu'elle a déjà vaincu la mort, et qu'elle appartient déjà au monde de la résurrection, car il y a une expérience de l'immortalité justement au coeur de la vie spirituelle qui fait que la vie dans l'Esprit, la vie dans l'Esprit est une vie qui se porte elle-même.

Tant que l'homme n'est pas devenu l'origine de lui-même, qu'il n'est pas devenu le créateur de cette dimension infinie qui l'ouvre à Dieu et l'enracine en Dieu, il est porté par des forces aveugles qui sont à l'oeuvre dans l'Univers, il ne se porte pas lui-même ! il est donc livré à la mort, il est déjà mort, ou il est encore mort !

L'homme qui vit de l'Esprit, l'homme qui vit de Dieu, l'homme qui respire la Présence unique, il échappe à ces déterminismes, toutes les forces cosmiques qui sont en lui, se transfigurent, elles s'ordonnent, elles deviennent musique, de tumulte qu'elles étaient, et cet homme ne dépend plus de l'Univers, davantage : il informe l'Univers ! il le transfigure, il l'ordonne, il concourt à sa libération, il lui communique précisément cet affranchissement intérieur auquel il s'applique, il entre enfin dans le sillage du second Adam qui est l'origine d'une Création nouvelle.

On ne peut parler, ni de personnalité, ni de dignité, ni de responsabilité, ni d'immortalité, d'une manière efficace, si l'on n'est pas entré dans ce sacré au plus intime de soi, si l'on n'en vit pas, si ce sacré ne nous est pas devenu justement un universel ! le seul universel, c'est cela, c'est une personnalité, je veux dire c'est un être humain qui n'est plus limité à ses déterminismes cosmiques, et qui devient pour les autres un ferment de libération.

Et il nous est bon de remarquer que ce retour à la vie intéri­eure, je veux dire cette découverte du sacré au plus intime de nous, tout cela répond à des pressentiments qui sont diffus dans l'humanité, le sens que les hommes ont toujours attaché au cadavre, la vénération pour les morts, le refus d'admettre que tout soit terminé au cadavre, cette attente d'autre chose, ce sens vague de la dignité, cette aspiration vers l'amour, et même ces chants d'amour qui sont parfois si vulgaires, essaient quand même d'évoquer un mystère, essaient d'évoquer quelque chose qui puisse emparadiser tout l'être, qui puisse être un bonheur définitif. » (à suivre)

Début de la 13ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

« C'est un des mots les plus profonds qui ait été dit sur la prière : "Jésus a prié les hommes et n'en a pas été exaucé."

Pascal se réfère évidemment à l'agonie de Notre Seigneur sur laquelle il médite, et en pensant à cette supplication de Jésus à l'adresse de ses apôtres endormis, il résume ce drame dans ces mots admirables : "Jésus a prié les hommes et n'en a pas été exaucé !"

Cette parole nous permet une transposition qui nous est fami­lière : comme c'est toujours Dieu qui fait le premier pas, comme c'est toujours le don de Dieu qui suscite le nôtre, comme Dieu est toujours déjà là et que c'est nous qui sommes absents, la prière est donc l'exaucement de Dieu par l'homme.

L'exaucement de l'homme par Dieu va de soi puisque Dieu est l'exaucement éternel, Il est le OUI sans reprise, sans mélange de NON, car, comme dit saint Paul, en Jésus il n'y a pas de OUI et de NON, il n'y a que le OUI, Dieu est l'exaucement éternel, il n'y a pas besoin de s'adresser à Lui pour solliciter son Amour puisqu'il est l'Amour, il n'y a pas besoin qu'Il vienne à nous puisqu'Il est déjà là, c'est à nous d'aller à Lui, c'est à nous de L'exaucer, c'est-à-dire de nous ouvrir à ce don qu'il est en permanence, afin qu'il se répande dans tout notre être, et, par nous, dans tout l'Univers.

Que veut dire cet exaucement de Dieu, sinon justement de faire de nous le sanctuaire de sa Présence, de fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles, c'est-à-dire de recevoir cette vie divine, de La vivre comme la nôtre, et d'apporter aux autres infiniment plus que nous-mêmes dans ce rayonnement du Dieu qui nous habite. (1)

La prière vous est familière, elle est votre vie, vous êtes la prière de l'Eglise, votre prière est apostolique comme toute votre vie, votre prière est la prière de toute l'humanité, de toute la création, de tout l'Univers, encore est-elle appelée à aboutir à vous mêmes, je veux dire à faire de vous-mêmes cette Eglise vivante qui est la seule Eglise authentique.

Le sacré en effet, le sacré réside finalement au plus intime de nous-mêmes, car tout le sacré qui nous environne, il n'est pas là pour lui-même, les murs de l'Eglise ne sont pas là pour eux-mêmes, le tabernacle n'est pas là pour lui-même, le Christ ne demeure pas dans les parois du tabernacle pour ces parois elles-mêmes, finalement tout le sacré doit s'établir en nous, et c'est à travers nous qu'il doit se révéler et se répandre.

La prière peut prendre des formes innombrables, celle du psautier qui est traditionnelle et fait le fond de la prière liturgique, les oraisons jaculatoires innombrables, la prière de Jésus de la tradition orientale, qui est si efficace et si miraculeuse chez ceux qui la vivent, cette prière informulée finalement qui est la prière de la vie.

Et c'est en effet à cela qu'aboutit, qu'aboutissent toutes les prières, c'est que la vie elle-même devient prière, c'est que la vie n'est plus qu'une respiration de Dieu, un espace où sa vie se répand, une transparence où sa lumière se communique, et dans un sens on peut dire que toute prière authentique aboutit à cette prière sur la vie, en nous et dans les autres. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je vais prendre un exemple tout à fait simple au coeur de la vie.

J'ai rencontré, il y a longtemps, une dame qui était à l'époque dans la soixantaine, et elle était paralysée depuis trente-neuf ans, totalement paralysée, ne pouvant porter ses mains à sa bouche, ne pouvant se retourner dans son lit, étant totalement dépendante des autres, et, de plus, aveugle depuis trente ans. Il n'y avait dans cette personne de vivant que son intelli­gence, le regard intérieur de sa pensée, le rayonnement de ce secret caché au plus profond d'elle-même .

Et je m'émerveillais de voir cette femme, si dépendante de tout, et depuis si longtemps, garder une sérénité parfaite : elle ne se plaignait jamais ! il semblait qu'elle fût totalement accoutumée à ses infirmités, quand un jour elle me raconta sa merveilleuse histoire.

Elle avait été frappée d'une attaque de poliomyélite au moment où elle avait dix-neuf ou vingt ans, elle était presque fiancée à ce moment avec un jeune homme qui allait manifester toute la grandeur de son amour en ne la quittant pas.

Il ne la quitta pas au moment de cette infortune, au contraire ! il se fit son chevalier servant, il acheta une voiture pour la faire porter, il lui rendit tous les services dont il était capable dans cette situation, et, au bout de neuf ans, quand elle devint aveugle, il l'épousa. Il épousa donc ce bloc inerte, pourquoi ? Evidemment parce qu'il avait rencontré son âme, parce qu'il avait deviné le secret le plus profond de son être, parce que cette connaissance profonde suffisait à le combler, parce qu'il pouvait échanger avec elle l'Infini en Personne, et, bien que cet homme dût mourir longtemps avant elle, et subitement, toute sa vie était "emparadisée" par cet immense amour qui lui avait révélé les profondeurs de son âme.

Elle savait désormais que il y avait en elle de quoi remplir l'Univers, qu'il y avait en elle une valeur infinie, qui n'était pas elle, et qu'un homme l'avait aimée, pour cela, qu'un homme, délivré de la chair, totalement libéré de lui-même, avait communié à la Présence divine qui était cachée au fond de son coeur.

Cette révélation l'amena à une sorte de contemplation, de vie intérieure tout à fait spontanée, elle n'avait qu'à entrer dans ce sanctuaire qui lui avait été révélé par cet immense amour pour que sa vie fut un consentement. Tout cela n'était pas dit dans des mots, tout cela n'était pas élaboré en système, mais tout cela était vécu à cette profondeur que révélait précisément sa sérénité qui ne se démentait jamais malgré toutes les dépendances auxquelles la livrait cet organisme si durement frappé. Il y a donc finalement un Univers sacré qui est au plus intime de nous-mêmes, sur lequel nous pouvons faire oraison, comme sur l'Univers sacré qui est contenu dans le cœur des autres. »

(à suivre)

Note (1) (personnel). Qui ne s'est pas demandé parfois : finalement à quoi bon la prière, du moins la prière de demande, puisque Dieu connaît tous nos désirs avant même que nous les exprimions et lui en demandions l'exaucement ? Zundel ici répond à ce questionnement en renversant les perspectives : il s'agit non pas que Dieu exauce l'homme mais que l'homme exauce Dieu. Ce n'est pas immédiatement intelligible. Peut-être faut-il, pour bien le comprendre, avoir présent à l'esprit le projet de Dieu quand il crée (et sauve) l'homme, et ce projet, le projet du Dieu Trinité, c'est de faire de l'intériorité de l'homme le lieu, si l'on peut dire, où le Père va engendrer le Fils, et d'où l'Esprit va jaillir, on a déjà développé cela plusieurs fois sur ce site : Dieu veut, comme le dit d'ailleurs expréssement Zundel ici, faire de l'homme son sanctuaire, il va donc s'agir pour nous de répondre à ce projet divin, et, en y répondant, d'exaucer Dieu. La prière ne modifie aucunement les intentions, les « sentiments » de Dieu à notre égard, Il ne nous aime pas davantage quand nous Le prions puisque de toute éternité Il nous aime infiniment, mais la prière va modifier, va modeler, l'intériorité de l'homme et son coeur, le rendant toujours plus apte à l'inhabitation divine trinitaire, répondant ainsi toujours mieux au projet divin. La prière permet ainsi à Dieu la réalisation toujours plus réelle de Son projet créateur et rédempteur, en Eglise, quant à l'homme et à tout l'Univers.

Suite 2 de la 12ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

« Nous pouvons maintenant envisager le problème de la propriété, le droit de propriété, ce qui nous amènera à une juste appré­ciation de la pauvreté évangélique.

Il est évident que le problème de la propriété dans le monde d'aujourd'hui nous ramène immédiatement aux besoins fondamentaux de l'homme qui ne peut subsister que s'il est assuré de sa nourriture, s'il jouit d'un abri suffisant, s'il peut se vêtir, s'il peut se défendre contre les conditions atmosphériques, enfin les besoins de l'homme, ses besoins élémentaires sont là qui demandent à être satisfaits.

En fait ils ne le sont pas et, comme disait Mgr Helder Camara : « La situation est celle-ci : 85% des hommes vivent dans la misère pour assurer le super-confort de 15% des hommes, et bientôt seulement de 10%. » Comment assainir cette situation ? Comment aboutir à la justice ? Com­ment établir le droit de manière à ce que tous les hommes puissent y participer ? Il faut d'abord, naturellement, commencer par le définir, par le découvrir. Qu'est-ce que c'est que le droit et dans quelles condi­tions se révèle-t-il à nous ?

Je vais prendre l'exemple le plus simple, celui qui m'a le plus éclairé. Une femme pauvre qui a cinq enfants à nourrir, qui n'a rien à mettre dans ses marmites, qui lutte contre le destin, qui a une peine infinie à joindre les deux bouts, qui se tue à un travail à l'aiguille qui ne rapporte rien, me disait : "Bon, je ne demande pas mieux de prier, de méditer, mais oui, ce luxe, mais je suis la première à le désirer ! Mais enfin, je suis devant mes marmites, elles sont vides ! Ma prière, je vais la remettre à plus tard ! ma méditation, à demain ! C'est aujourd'hui que je dois nourrir mes cinq enfants, qu'est-ce que je vais faire devant mes marmites vides ?"

Donc cette femme revendiquait quoi ? Elle revendiquait un espace de sécurité qui lui permît de faire d'elle-même un espace de générosité. Elle ne demandait pas mieux que de faire de son esprit une offrande au Seigneur, elle ne demandait pas mieux que d'avoir des loisirs qui lui permettent de développer son intelligence, mais elle était dans l'impos­sibilité de réaliser cet idéal parce qu'elle n'avait pas de quoi nourrir ses enfants. La faim de ses enfants lui crevait les entrailles, bloquait son esprit et l'empêchait et de méditer et de prier. (1)

Elle m'a donc enseigné ce que c'est que le droit, un espace de sécurité qui permette à chacun de devenir un espace de générosité. L'homme n'est pas un pur animal, l'homme a des besoins semblables à ceux des animaux mais il a en outre la faculté de prévoir, et il suffit qu'il prévoit la misère de demain pour que le pain d'aujourd'hui soit empoisonné. S'il est sûr de ne pas manger demain, le pain d'aujourd'hui lui reste à la gorge ! Il faut qu'il ait un espace de sécurité, il faut que ses besoins matériels soient suffisamment couverts pour qu'il n'ait plus à y penser. Quand on est assuré de pouvoir les satisfaire, alors il peut prier, il peut méditer, il peut enrichir son esprit, il peut aimer l'univers qui ne l'écrase pas, qui ne passe pas sur lui comme un rouleau compresseur ! Il peut l'aimer et nouer des relations d'émerveillement avec cette nature qui n'est pas une marâtre, avec cette nature où il peut puiser avec sécurité de quoi satisfaire ses besoins urgents et légitimes.

Si le droit se borne à cela, s'il se fonde là-dessus, s'il doit assurer à chacun un espace de sécurité qui lui permette de devenir un espace de générosité, nous voyons immédiatement que le droit, tous les droits, et le droit de propriété au premier chef, est fondé sur la pauvreté, la pauvreté selon l'esprit : c'est pour que je puisse faire de ma vie un don, c'est pour que je puisse me libérer intérieurement de moi-même, c'est pour que je puisse faire de ma vie un espace de lumière et d'amour, que je suis fondé à revendiquer cet espace de sécurité qui me mette à l'abri des besoins matériels les plus urgents et les plus légitimes.

Si le droit se définit de cette manière, s'il a cette origine, s'il a ce fondement, s'il est fondé sur la pauvreté selon l'esprit, si il ne peut se légiti­mer qu'en raison du don que je suis appelé à faire de moi-même, ce droit concerne tous les hommes ! tous les hommes sont confrontés avec la même exigence, ils ont tous à se faire homme, tous ont à se libérer d'eux-mêmes, tous ont cette vocation de faire de leur vie une offrande de lumière et d'amour.

Une telle définition exclut donc toute espèce d'accaparement : tous les hommes ont un droit égal à prélever sur les richesses de la terre, y compris les richesses de la technique qui sont devenues maintenant un bien commun, tout homme a le droit de prélever sur ces richesses de quoi faire de lui-même une source et une origine, tout homme a un droit égal à cet espace de sécurité.

Et Saint Thomas d'ailleurs va nous le confirmer d'une manière tout à fait inattendue dans la question de la secunda secundae où il se pose le problème du vol : "Qu'est-ce qui constitue le vol ? Qu'est-ce qui fait de l'homme un voleur ?" Et il se pose en particulier cette question : "Est-ce que, en cas d'extrême nécessité, lorsqu'un homme se trouve en un tel besoin qu'il est menacé de périr, a-t-il le droit, quand personne ne vient à son secours, de prendre du bien d'autrui ce qui lui est néces­saire pour subsister ?" Et Saint Thomas répond : "Oui, il en a le droit."

Pourquoi ? Et c'est là que la réponse de saint Thomas est extraordinairement éclairante : "C'est parce que, dit-il, ce faisant, c'est-à-dire en s'emparant du bien d'autrui dans la mesure où c'est nécessaire pour assurer sa subsistance dans ce moment où il va périr puisque personne ne vient à son secours, ce qu'il prend devient sien ! « efficitur suum », devient sien." (à suivre)

Suite et fin de la 12ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

Le seul fondement à la propriété. Il y a toute une révolution à accomplir.

Reprise du texte : « L'homme, nous dit saint Thomas, qui prend, en cas d'extrême nécessité, ce qui lui est indis­pensable pour survivre, il prend ce qui est sien. »

Suite du texte : « Saint Thomas, d'ailleurs, s'explique plus profondément encore en disant que la répartition de la propriété, la création de la propriété privée en vue d'une meilleure administration du patrimoine commun concerne uniquement la gestion des biens, c'est-à-dire que l'homme qui est le propriétaire légitime a le droit de gérer les biens dont il est le proprié­taire, de les administrer et de les répartir selon le jugement de sa conscience, mais il n'a pas le droit d'user de ses biens d'une manière discrétionnaire. Il a le droit d'user de ses biens pour son usage personnel dans la mesure de ses besoins légitimes. Tout ce qui est au-delà revient en droit naturel aux autres, dit Saint Thomas, revient en droit naturel aux autres ! d'où la conclusion que l'homme qui prend ce qui lui est indis­pensable, en cas d'extrême nécessité prend ce qui est sien.

Saint Thomas confirme donc admirablement que le droit de propriété constitue simplement un espace de sécurité pour permettre à chacun de devenir un espace de générosité. Il s'ensuit que, dés qu'un être a satis­fait ses besoins légitimes, en l'entendant d'une manière intelligente et raisonnable, il est évident qu'un professeur d'université, un chirurgien n'a pas les mêmes besoins, il a besoin d'un crédit plus vaste que l'homme qui a une barque et passe sa vie à pêcher, qui n'a pas besoin de toute une bibliothèque, qui n'a pas besoin de voyages d'exploration pour satis­faire à ses nécessités professionnelles, mais en entendant donc ces besoins, les besoins de chacun, d'une manière raisonnable, tout ce qui est au-delà ne lui appartient plus, revient en droit naturel aux autres dans la mesure où les autres ne peuvent satisfaire à cette exigence fondamentale de se faire homme. Dans la mesure où les autres ne jouissent pas de cet espace de sécurité, tout ce qui est au-delà des besoins légitimes de chacun revient en droit naturel aux autres.

Et cela ne concerne aucune classe. Il ne s'agit pas des prolétaires contre les possédants, ou des possédants contre les prolétaires. C'est une loi universelle. Si l'on admet que tel est le droit, on voit immédiatement l'impossibilité de justifier aucune forme d'accaparement.

Je serais le dernier des hypocrites si, revendiquant ce que je possède sous couleur de faire de ma vie un espace de générosité, j'écrasais les autres, je les laissais périr faute de satisfaire à leurs besoins les plus urgents, alors qu'ils sont appelés comme moi à devenir un espace de générosité, alors que cette dignité en eux, c'est aussi la mienne ! je suis solidaire de leur dignité, comme je suis solidaire du Dieu qui les habite, c'est le même Dieu qui est en eux, c'est la même dignité qu'en moi-même et je piétine ma propre dignité si je ne reconnais pas celle d'autrui, comme je renie mon Dieu si je ne respecte pas le même Dieu qui m'attend dans le coeur des autres.

Si donc nous appliquions ce principe, si le droit se définit de cette manière, il n'y a plus aucune propriété qui soit assurée de sa stabilité, aucune pro­priété privée, aucune propriété collective, aucune propriété nationale même, car comment admettre que quelques douze millions de blancs possèdent un continent comme l'Australie ? Pourquoi ? Quel est le titre de propriété qu'ils puissent invoquer ? D'autant plus qu'il y avait une population autochtone avant eux ! Qu'est-ce qui fonde leur droit ?

Aucune propriété humaine, donc finalement, ne peut revendiquer un fondement éternel et ne peut se défendre contre tout appel au partage et à la commu­nication parce qu'il n'y a d'autre fondement à la propriété, comme d'ailleurs à tous les droits de l'homme, que cette exigence de faire de notre vie un espace de générosité.

Il s'agirait donc d'envisager une refonte complète de la structure de la société, non pas en bouleversant, non pas en cassant la baraque, non pas en faisant du gauchisme à tour de bras, non pas en appelant les hommes à la révolution c'est-à-dire à l'effusion du sang, mais en rappelant simplement que nous sommes tous appelés à nous faire homme et que tous les droits de l'homme sont fondés sur cette vocation essentielle de faire de nous une source et une origine.

On doit donc envisager que le travail, le travail humain, n'a pas pour but d'abord de produire des choses, mais le travail humain a d'abord pour but, de produire des hommes. Il ne s'agit donc pas d'organiser le travail en vue d'un bénéfice de plus en plus grand qui assurera la surabondance de quelques-uns ! il s'agit d'organiser le travail toujours et partout en vue de créer des hommes, donc de ne pas calculer le profit matériel au bénéfice de quelques-uns, mais de vouloir que le travailleur, quel qu'il soit, reçoive de son travail, ou soit assuré par son travail, de cet espace de sécurité qui lui permettra de faire de lui-même un espace de générosité.

C'est pourquoi il est impossible d'envisager le travail autrement que sous la forme d'une république où chacun est responsable. Il est inad­missible finalement que le travail emploie des milliers d'hommes comme des instruments, sans qu'ils sachent pour qui on travaille, sans qu'ils sachent où vont les bénéfices, sans qu'ils connaissent à la fois les avan­tages et les risques de l'entreprise, sans qu'ils soient appelés à partici­per à sa gestion, sans qu'ils aient la possibilité de se reclasser, d'amé­liorer leurs connaissances, de progresser dans la hiérarchie, d'être élus à des fonctions pour lesquelles ils sont qualifiés.

Car aucun homme ne peut se réclamer d'une fortune qu'il apporterait dans une entreprise sous couleur qu'il fournit les capitaux ou qu'il a une compétence technique qui lui donne des droits particuliers, parce que toute fortune demande à être examinée. D'où vient-elle ? Toute fortune, précisément parce qu'elle provient en dernière analyse des richesses de la terre, c'est-à-dire de ce patrimoine commun, toute fortune est débitrice à l'égard de tous les hommes.

Si un homme a une fortune et qu'il fonde une usine, c'est une manière de restitution parce que, tant que tous les hommes n'ont pas la même sécurité, tant que tous les hommes ne sont pas assurés de pouvoir vivre dans la dignité, cette fortune ne peut prétendre demeurer intouchable ! Il faut qu'elle serve au bien commun, et cela ne donne aucun droit à celui qui opère cette restitution de tenir les autres en servitude, il est appelé au contraire à les aider à se libérer, à les associer à son entreprise, à leur confier une responsabilité proportionnelle à leurs compétences, de manière à ce que l'affaire soit l'affaire de tous et de chacun, que chacun donc la vive comme sienne avec enthousiasme et avec amour et que, finalement, les bénéfices soient contrôlés par tous, soient répartis entre tous dans la mesure où c'est légitime, puisque chaque entreprise doit regarder les autres, chaque entreprise est débitrice à l'égard du genre humain tout entier, et que, là où les conditions sont telles qu'un seul homme, sans que ce soit de sa faute, est exposé à périr, tous les autres hommes sont solidaires de cette situation et sont appelés ou sont obligés, en vertu même de l'exigence de leur humanité, sont appelés à lui venir en aide.

Il s'agit donc d'établir le droit sur ce fondement, à savoir l'esprit de pauvreté, l'esprit de dépouillement qui est à la base de notre libération. Si nous sommes appelés à nous libérer, à ne pas nous subir, à nous donner tout entier, il va de soi que nos possessions, ordonnées à ce dépouillement, ne peuvent devenir pour nous l'occasion d'une affirmation de bêtes féroces qui défendent leur bien avec le bec et les ongles comme si ces biens étaient intangibles.

Dès qu'on a défini le droit comme je viens de le faire, plus rien n'est intangible que la dignité de l'homme lui-même. Il ne s'agit donc pas de semer la tempête, il ne s'agit pas de pousser les hommes à une haine de classes, il s'agit de rappeler simplement les exigences fonda­mentales de notre humanité.

Il est impossible d'être homme sans avoir l'esprit de pauvreté, puisque nous sommes appelés à nous dépouiller de nous-même à l'instar de la Trinité divine, puisqu'on est libre que par le don total de soi-même. Impossible d'être homme sans vivre l'esprit de pauvreté, et impossible de vivre l'esprit de pauvreté sans avoir l'esprit de partage, sans s'inquié­ter de ce que deviennent les autres, sans se demander comment ils peuvent subvenir à leurs besoins.

Et, bien entendu, on ne conçoit pas un prêtre qui soit cramponné à son argent, qui prenne des vacances lorsque, j'entends des vacances coû­teuses, lorsqu'il y a de ses paroissiens qui ne sont pas logés. On ne conçoit pas que son argent ne soit pas l'argent des autres. ! Il ne peut pas être le père de sa paroisse, il ne peut pas vouloir passionnément le règne de Dieu si il n'est pas inquiet des conditions matérielles, des conditions de sécurité sans lesquelles ce règne de Dieu est pratiquement irréalisable.

Et on ne conçoit pas davantage la propriété monastique comme une pro­priété intouchable et intangible ! Un monastère est au sein de l'humanité, et sa propriété n'est pas plus intangible qu'aucune propriété humaine. Cette propriété doit naturellement rester ouverte, je veux dire solidaire de tous les besoins humains où qu'ils soient. Une fois les nécessités légitimes satisfaites, toute propriété, qu'elle soit d'Eglise ou non, toute propriété, en droit naturel, revient aux autres.

Il est donc certain qu'il y a toute une révolution à accomplir, non pas en faveur des uns contre les autres, mais en faveur de tous. Il ne s'agit pas d'arracher aux uns ce qu'ils possèdent pour les réduire à l'état de misère dans un esprit de revanche afin qu'ils soient piétinés à leur tour et qu'ils mangent de la vache enragée ! Il s'agit de faire prendre conscience à tous les hommes de leur dignité et de leur solidarité rigoureuse dans cette dignité, et cela n'est pas impossible justement si on va jusqu'au fond du problème, si on met l'homme en face de lui-même, si on lui fait comprendre, en comprenant d'abord soi-même, qu'on a à se faire homme, qu'on ne naît pas homme, c'est l'oeuvre de toute une vie, et qu'il s'agit de se remettre constamment sous la forme divine (la pauvreté) pour faire de soi un espace illimité de lumière et d'amour.

Dans cette vision l'esprit de pauvreté évangélique devient encore infiniment plus précieux. Nous n'avons pas à nous attacher à nos possessions, précisément parce que rien n'est à nous, rien n'est à nous ! Seulement, seule a droit à tous les biens de la terre, cette Valeur infinie qui nous habite et qui est le Dieu Vivant.

C'est pour que ce Dieu puisse s'épanouir, c'est pour que Son Visage transparaisse à travers toutes les nécessités matérielles, c'est pour que l'univers ne soit plus une prison où l'homme se sent écrasé, c'est pour que le règne de l'Amour infini enfin devienne possible, de l'Amour en personne, de l'Amour qui est Dieu, c'est pour que ce Règne soit possible que la justice doit s'établir.

C'est donc de cette manière que nous avons à user nous-mêmes de nos biens, des biens qui sont à notre usage. Nous n'en sommes pas les possesseurs, nous en sommes comptables devant Dieu et devant les hommes, nous avons à respecter tout ce domaine et nous avons à porter dans notre prière et dans notre sollicitude, nous avons à porter toute la douleur et toute la misère du monde.

Demandons au Seigneur que les esprits soient éclairés ! dans la mesure où nous avons la possibilité de le faire, au moins diffusons par l'authen­ticité de notre vie cette vision d'un droit fondé sur l'exigence radicale de dépouillement qui est la condition de notre libération.

Alors je crois que nous puiserons une lumière inépuisable si nous rame­nons toujours le problème des droits de l'homme, et en particulier le problème du droit de propriété à ces termes : un espace de sécurité qu'il faut assurer à tous avec la même plénitude, un espace de sécurité qui permette à chacun de faire de lui-même un espace de générosité. »

(fin de la conférence)

Début de la 12ème conférence donnée au mont des Cats en décembre 1971.

« De quel Dieu parlons-nous et à quel homme ? A quel homme ? De quel homme s'agit-il ? S'agit-il de l'homme pris à partir de sa naissance charnelle, de l'homme qui est une miette d'univers, qui est un produit, qui est tout entier enfermé dans ses déterminismes, qui ne tient rien de soi, qui est porté par les forces qui sont à l'oeuvre dans l'univers et qui ne se porte pas lui-même ? Cet homme entièrement conditionné, cet homme qui ne tient rien de lui-même, est-ce de lui qu'il est question lorsqu'on parle de liberté ?

Les lycéens (en 1971, en 2008 ceux-là ont près de 60 ans !) réclament la liberté, ils refusent toute soumission, au nom de quoi ? Ce qu'ils peuvent demander au nom d'une exigence fondamentale qui est inscrite en chacun de nous, c'est de pouvoir se libérer d'eux-mêmes, la liberté n'ayant de sens que par notre libération. Notre liberté, c'est notre libération ! et cette libération peut avoir besoin d'étais, d'appuis, de directions.

Le lycéen qui refuse la discipline, qui refuse l'aide des maîtres, qui prétend établir lui-même un programme, qui prétend tout savoir sans avoir rien appris, il se coupe l'herbe sous les pieds ! Il renonce précisément à son humanité, il renonce à se libérer de lui-même au nom d'une liberté formelle, d'une liberté chimérique, d'une liberté inexistante, d'une liberté privée de toute signification car, si l'homme ne doit pas être esclave, s'il ne peut pas être la propriété d'un autre, l'instrument d'un autre, l'instrument passif et objet d'un autre, c'est parce qu'il est appelé à se créer lui-même, c'est parce qu'il doit faire de sa vie une source et une origine, parce qu'il a un don de lui-même à consentir qui est indispensable à sa propre existence et à celle d' autrui. C'est en raison de cette dignité, mais qu'il doit conquérir, qu'il doit respecter le premier, c'est au nom de cette dignité qu'il doit revendiquer le respect d'autrui en commençant par se respecter lui-même.

De même, lorsqu'on parle des droits de l'homme, de quoi s'agit-il ? On dit : "Les hommes naissent libres et égaux ..." Ils ne naissent pas libres, ce n'est pas vrai ! Ils doivent conquérir leur liberté, c'est une toute autre affaire ! et toute la vie y suffit à peine puisqu'il y aura toujours des limites à surmonter, des obscurités à éclairer, des impuretés à purifier.

Les hommes ne naissent pas libres, ils doivent conquérir leur liberté, et ils ne sont pas égaux, les dons sont différents ! La seule égalité, c'est que tous se trouvent placés devant la même exigence, à savoir qu'ils ont à se faire homme, tous ont à refuser de se subir pour faire de leur vie un espace illimité de lumière et d'amour où la valeur infinie qui leur est confiée pourra s'exprimer, se révéler et se communiquer.

Tous les débats sur la justice sont empoisonnés par cette équivoque ! et les déclarations des droits de l'homme, que ce soient celles de la révolution française du 26 août 1789 ou de l ‘O.N. U. du 10 décembre 1948, toutes ces déclarations flottent en l'air et sont chimériques parce qu'elles supposent réalisé ce qui ne l'est pas encore ! elles supposent que l'homme existe alors qu'il n'existe pas encore, elles attribuent à l'homme une dignité qu'il n'a pas conquise, elles supposent qu'il va de soi que l'homme reconnaît la dignité de l'autre, qu'il est tout prêt à lui rendre justice, alors que tout cela n'est pas réalisé. Alors naturellement personne ne croit à ces choses, ce sont des slogans qui deviennent la matière d'une surenchère politique.

Finalement, on arrive au pouvoir lorsqu'on a pris le pouvoir au nom de la justice ou au nom du peuple, on constitue une classe privilégiée et tout recommence comme auparavant, c'est-à-dire que les inégalités ont changé de mains, elles sont toujours là ! Et elles peuvent durer avec une férocité incroyable, comme on le voit dans la Russie d'aujourd'hui où l'opposition est considérée comme une maladie psychiatrique, et réduite par des traitements qui aboutissent finalement à la destruction du cerveau.

Il s'agit donc de nous placer en face de l'homme comme en face d'un problème : il s'agit de conférer des droits, ou plutôt de reconnaître des droits, non pas à l'homme animal, mais à l'homme que nous avons à devenir. Ce qui a des droits en nous, c'est la personne, c'est-à-dire l'être qui s'est conquis, l'être qui a une dignité, l'être qui respecte cette dignité en lui-même et dans les autres.

Il y a un certain gauchisme qui tente les bourgeois qui sont les plus prompts à vouloir casser la baraque parce que, finalement, ils ont tous les privi­lèges. Il y a un certain gauchisme qui tente les prêtres : il semble que c'est en allant vers la révolution, en la réclamant à grands cris que l'on accréditera le christianisme ! Les choses ne sont pas aussi simples, et on aidera beaucoup mieux l'humanité à réaliser la justice si on place l'humanité en face de la vérité, et la vérité, c'est précisément que nous avons à nous faire homme.

Nous pouvons d'ailleurs, dans cette perspective, envisager le problème de la propriété, le droit de propriété, qui nous amènera à une juste appré­ciation de la pauvreté évangélique. » (à suivre)