Maurice Zundel au Cénacle de Paris en 1964

Le monde est encore infecté de tous ces faux dieux, c'est-à-dire de toutes ces fausses représentations de Dieu qui sont uniquement le fait de l'homme, et alors le monde ne cesse de concevoir la grandeur comme une domination : dominer, écraser, avoir des inférieurs, commander, employer le mode impératif, avoir des courtisans et des thuriféraires, être loué et considéré comme celui qui est en-haut par ceux qui sont en bas, voilà la vision de la grandeur humaine.

Et cette vision est mortelle, absurde, irréalisable, et elle aboutit toujours à l'esclavage du despote et à l'avilissement des esclaves... Jésus nous a introduits dans un nouveau monde qui est un monde de générosité où la seule grandeur est de se donner, le plus grand est celui qui se donne le plus, et Dieu est au sommet de la grandeur parce qu'il est uniquement Celui qui Se donne.

Nous commençons maintenant à être introduits au cœur de cette mystique étrange et bouleversante... Ce monde qui scandalise l'homme scandalise Dieu Lui-même qui n'en est aucunement l'auteur : oui, le monde que Dieu veut n'est pas ce monde de la douleur, des gémissements et de l'enfantement dans la douleur, ce monde soumis à la vanité, comme le dit saint Paul, ce monde qui attend la révélation de la gloire des fils de Dieu ! Le monde voulu par Dieu est un monde qui naîtra de l'amour quand nous aurons fermé l'anneau d'or des fiançailles éternelles, et quand notre vie sera devenue un consentement d'amour, quand nous aurons protégé Dieu contre nous-mêmes au point de devenir le berceau vivant de Sa naissance.

Maurice Zundel au Caire en 1961

Si Dieu était vu et vécu dans la lumière de saint François, si tel était notre Dieu, si Dieu avait été en nous cet accueil, cette ouverture, cette dignité, cette grandeur, cette générosité, il n'y aurait plus de problème ! Pourquoi et contre quoi le monde se serait-il défendu ? Il s'est défendu en fait seulement contre une idole, contre un Mollah, contre un pharaon, un immense despote, un immense propriétaire, et il a bien fait car c'est un faux dieu ! Le malheur, c'est que le monde a cru qu'il n'y avait pas d'autre Dieu ! C'est à nous de comprendre cette passion rectifiée et lumineuse de François pour la divine pauvreté. Si nous y arrivons, alors commencera le vrai témoignage, le seul valable, alors s'inaugurera la seule catholicité qui ait un sens, celle de l'amour, celle de l'universalité du don dans la suppression de toutes les frontières de race, de classe et de confession.

Car le christianisme n'est ni une confession ni un credo parmi d'autres, il est purement et simplement cette pauvreté divine déposée comme un ferment dans la Sainte Humanité de Jésus-Christ pour fermenter en nous et faire lever la moisson des épis mûrs. Nous avons à faire lever cette moisson joyeuse et infinie où tous les peuples pourront trouver leur pain parce que personne ne voudra plus accaparer pour soi le bien des autres, parce que chacun sentira en chacun la dignité de Dieu engagée, exposée et confiée à notre amour.

Date de publication sur le site : 21/01/2006