« La foi peut parfaitement disparaître sans combat, simplement par ce désintéressement, je veux dire ce manque d’intérêt qu'elle représente. Le Christianisme est une légende ou un tissu de légendes, que l'on ne met pas en question parce qu'on ne s'y intéresse pas. Et, si on passe par les rites religieux, ce qui est encore une hypothèse favorable, on pense que le curé fait son métier et que ce qu'il dit n'a pas plus d'importance que ce qu'un officier d'état civil. »

Extrait de la 4ème conférence « Le mystère de Jésus dont l'humanité a son moi dans l'autre » le 9 février 1964 en France :

« Nous sommes nous-même constamment en butte aux difficultés du langage et l'expression commune du christianisme constitue la ruine du christianisme, parce qu'il devient impensable et, qu'en effet, il nous conduit à l'idolâtrie et il nous enferme dans une impossible mythologie. »

Extrait de la 2ème conférence « au-delà du Dieu "tout puissant" découvrir le Dieu pauvre et intérieur » à Genève le 4 février 1968 :

« Aucune histoire n'a été plus déchirée que celle de Jésus-Christ, mais aussi aucune n'est plus actuelle pour nous puisqu'elle nous ramène à l'essentiel : nous faire homme et nous délivrer de nous-même. L'essentiel est de naître de nouveau, comme Jésus le dit explicitement à Nicodème, et naître de nouveau, c'est naître dans la lumière d'une Présence qui nous invite spontanément au don de nous-même parce qu'elle n'est pas autre chose qu'un don infini et éternel.

En Jésus-Christ enfin, Dieu cesse d'être une limite, une menace. La Création cesse de nous contraindre, elle est en sursis, elle attend, elle est en suspens, elle est dans les « gémissements des douleurs de l'enfantement » (Romains 8:22). Le monde n'est pas encore, il ne sera jamais tant que nous ne serons pas. C'est à nous de le faire, de l'achever et de lui donner en nous des racines spirituelles, comme nous avons en lui des racines charnelles.

Tout cela est bien entendu inintelligible à quiconque n'a pas commencé à percevoir le poids écrasant de notre moi-complice. C'est quand on l'a perçu, aussi peu que ce soit, quand on a senti tout l'artifice, quand on a compris que, pour devenir personne, notre moi-complice est le grand obstacle à la dignité, à la libération, à la grandeur et à la création humaine, c'est à ce moment-là que Jésus-Christ commence à apparaître comme une Présence infiniment éclairante, parce qu'elle se situe précisément dans cette ligne. Elle est au cœur de notre problème. »