On peut subir le monde comme un rouleau compresseur, quand on est dans la misère, dans la faim, dans la détresse, où l'être biologique lui-même s'abîme et périt. On peut subir le monde comme une catastrophe ! Mais on peut aussi l'aimer, on peut l'engendrer, on peut le comprendre quand on a renoncé à le prendre et qu'on a commencé à se déprendre de soi.

Tout change selon l'optique, tout change selon la dimension à laquelle on a soi-même atteint, à laquelle on a atteint, soi, le monde et Dieu.

De quel Dieu parlons-nous ? De quel Univers ? De quel homme ? Tant que nous ne sommes pas promus à la nouvelle naissance, tant que nous n'avons pas fait l'expérience augustinienne (du passage du dehors au dedans), tant que nous ne sommes pas « dedans », tant que nous restons dehors>, étrangers à nous-mêmes, nous le sommes dans la même mesure à l'Univers et à Dieu ! Le lien est absolument indissoluble : c'est le niveau auquel nous atteignons qui situe pour nous le niveau de toute réalité.

Dieu devient une idole dès que nous cessons d'être libérés ! Dès que nous revivons dans notre moi biologique, Dieu se défigure et prend notre mesure et notre visage, même si nous prononçons les mots les plus sublimes, et alors le monde se défigure et perd son caractère de symbole et de sacrement, il retombe dans la pesanteur où nous-mêmes nous nous laissons choir.

Il est donc possible que Dieu échoue dans le geste créateur, il est possible qu'Il échoue et que la Création soit une décréation. Et la question qu'il faut nous poser en face du tableau de l'évolution, c'est : « La paléontologie nous représente-t-elle un monde en création ou un monde en décréation ? »