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Homélie de Maurice Zundel.

Il semble bien que la joie soit le critère même de la vie,

la vie ne peut pas défaillir devant la joie

et elle ne peut persister que dans une atmosphère de joie.

La joie tonifie,

la joie est force,

la joie nous illumine,

la joie nourrit la conscience,

cette joie d'être une Présence.

Là où règne la tristesse, là où les visages se ferment, il n'y a bientôt plus personne, on se heurte à un mur, à une indifférence donnant lieu à une absence impossible à combler où sont éteintes les sources mêmes de la vie.

Aussi y a-t-il dans la religion, si elle est vraiment la vie de la vie, une vocation de joie.

Dieu est parfaitement impossible à découvrir et devient odieux lorsque, sous couvert de Son Nom, on accable les autres de nos propres limites, en étant incapables d'évacuer les leurs.

La vérité, c'est qu'une vie authentiquement religieuse, authentiquement spirituelle, c'est-à-dire authentiquement humaine, se mesure au degré de joie qui habite en cette vie !

Et tous les discours, toutes les théories, tous les systèmes du monde et connaissances ne sont rien, et donc demeurent stériles et sans effet, s'ils n'aboutissent pas finalement à la joie des autres.

Il y a des situations impossibles, incroyables et inimaginables, et qui retentissent en écho de mort en ceux qui les vivent, il leur suffirait de rencontrer un être tellement oublieux de soi qu'il porte en lui la joie de vivre pour que la mort recule, l'espérance refleurirait alors comme témoignage d'une Présence au plus intime de l'âme pour garantir finalement l'ordre de l'univers comme un ordre d'Amour.

... Nous savons parfaitement où nous en sommes devant Dieu si nous pouvons nous rendre le témoignage que nous sommes, autant qu'il dépend de nous, une source de joie, mais nous sommes certains aussi d'être en dehors de l'Evangile si notre présence n'est pas un espace de lumière et d'Amour.

" Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. " (Jean, 15, 11). Ce sont les paroles du Christ au seuil de son agonie. C'est donc le testament même du Seigneur, cette joie qu'il nous communique, cette joie qu'il nous confie, cette joie qu'il nous demande de transmettre et de faire vivre dans le cœur des autres.

... Il est donc certain que le témoignage que nous avons à rendre, le seul finalement qui vaille, le seul qui soit le signe infaillible de la Présence de l'éternel Amour, c'est celui de la joie, c'est qu'il n'y ait plus de visage triste autour de nous, dans la mesure où cela dépend de nous, que nous soyons des antennes qui nous permettent à chaque instant de deviner ce qui pourrait blesser, pour l'éviter, et ce qui pourrait réjouir pour le donner et l'accomplir !

Si nous exerçons du matin au soir cette attention d'amour, il n'est pas besoin de nous demander compte d'autre chose, car il est impossible de vivre dans cette vigilance et attention sans être uni par le fond à la Présence divine qui n'a pas d'autre sanctuaire que le cœur de l'homme et qui ne peut vivre qu'en nous avec le consentement de notre amour.

Nous retiendrons donc dans ce contact avec le Dieu de l'Amour et de la Joie que notre mission est une mission de joie : nous n'aurions pas besoin de nous poser d'autre question que celle-là si pour les autres nous nous efforcions d'être une source de joie.

Alors nous serons au cœur de l'Evangile, cet Evangile qui n'est ni un livre, ni un système du monde, mais qui est une Présence et un Cœur, qui est cette Source de la joie immense qui vient de la rencontre avec le Visage imprimé dans nos cœurs, le Visage que, seule, la foi peut nous révéler, cette foi à laquelle nous appelle la divine liturgie dont le premier mot est justement : "J'irai à l'autel de Dieu, du Dieu qui remplit de JOIE ma jeunesse". (Ps.43,4) (c'était au tout début de la prière dans l'ancienne liturgie de la Messe)

(Maurice Zundel, "Ton Visage, ma Lumière" pp. 385..387, Lausanne, 22 août 1965)

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